En Corée du Nord, mort du dirigeant Kim Jong-IL

Sur les ondes et sur le net, la nouvelle a soufflé à la vitesse du vent, Kim Jong-IL est mort. Son fils Kim Jong-Un lui succédera à la tête du pays
16

Alors que la télévision chinoise diffuse des images de Nord-Coréens en larmes dans les rues de Pyongyang, pleurant la disparition survenue samedi 17 décembre, à l’âge de 69 ans, de leur " Cher dirigeant ", quelques 200 000 hommes, femmes et enfants vivent enfermés dans les camps du pays et cela dans des conditions inhumaines. « Les autorités nient leur existence et de ce fait leurs droits, malgré des témoignages reçus par des contacts et avérés par des photos satellite » indique Amnesty International. Torture, malnutrition, travail forcé y sont la norme.

Quelques 50 000 personnes détenues dans le camp de Yodok

Environ 50 000 hommes, femmes et enfants sont actuellement détenus sans jugement ou à la suite de procès iniques dans le camp de Yodok, l’un des six camps pour prisonniers politiques du pays. Les prisonniers sont torturés et forcés à travailler dans des conditions dangereuses. Manque de nourriture, passages à tabac, soins médicaux inappropriés et conditions de vie insalubres sont à l’origine de nombreux décès en détention.

Parmi les prisonniers on y trouve :

. des personnes critiquant la famille dirigeante, ou s’adonnant à des activités " antigouvernementales ", comme regarder des émissions télévisées sud-coréennes.

. des proches de personnes soupçonnées d’infractions envoyées à Yodok, selon le principe de la " culpabilité par association ".

. des enfants, ceux qui y naissent y sont emprisonnés à vie.

Zone de contrôle total

Dans ce camp se trouve la famille du ressortissant nord-coréen Oh Kil-Man qui a demandé l’asile politique au Danemark en 1986. Comme punition, sa femme et ses deux filles sont envoyées à Yodok en 1987.

Régulièrement Oh Kil-Man reçoit des nouvelles, lettres, photos et constate l’horreur vécue au quotidien par les prisonniers.

Il est l’un des rares à avoir reçu ce type d’information. En 1991, sa femme et ses filles sont transférées dans la zone de contrôle total de Yodok, et depuis les nouvelles ont cessé.

Tous les camps possèdent des zones de contrôle total, d’où les prisonniers ne sont jamais libérés sauf exceptions.

La communauté internationale dans l'expectative

Une dynastie à la tête du pays et une force nucléaire plongent la communauté internationale dans l'expectative.

Kim Jong-II est parvenu au pouvoir en 1994, à la mort de Kim Il-Sung, son père et fondateur du régime. Cet homme fort de Pyongyang, dont la santé était vacillante depuis 2008 suite à un accident vasculaire cérébral, avait ouvert un processus de transfert de pouvoir à son plus jeune fils, Kim Jong-Un, actuellement âgé de 27 ans.

L'agence KCNA désigne donc ce jeune homme, comme " le grand héritier de la cause révolutionnaire du Juche et le chef exceptionnel de notre parti, de notre armée et de notre peuple ".

" Kim Jong-un n'est qu'un pâle reflet de son père et de son grand-père. Il n'a pas disposé de plusieurs dizaines d'années pour préparer et sécuriser une base de pouvoirs comparable à celle dont son père a bénéficiée avant de prendre le contrôle à la suite de son propre père ", note Bruce Klingner, spécialiste de l'Asie à la Fondation Héritage de Washington.

" Il pourrait ressentir la nécessité de précipiter une crise pour prouver ce dont il est capable aux yeux des autres hauts dirigeants ou pour détourner l'attention des échecs du régime ", ajoute Bruce Klingner.

Soutien essentiel de Pékin

Les Etats-Unis et leurs alliés asiatiques considèrent la Corée du Nord comme l'une des principales menaces contre la sécurité régionale.

Le pays a des missiles pointés vers la Corée du Sud et le Japon. En 2010, Pyongyang a dévoilé l'existence d'un programme d'enrichissement d'uranium susceptible de lui fournir une deuxième voie d'acquisition de l'arme atomique en plus de son programme à base de plutonium, le seul connu jusqu'alors.

Et si la plupart des grandes nations ont transmis leurs condoléances à Pyongyang, tous les voisins de la Corée du Nord vont suivre d'un oeil inquiet la période de succession.

Effectivement, l'incertitude plane sur l'emprise réelle de Kim Jong-Un parmi l'élite, notamment militaire, d'un pays qui maîtrise la puissance nucléaire et compterait un million de soldats.

Sources : Amnesty International, Bruce Klingner, spécialiste de l’Asie, de la Fondation Héritage de Washington

Sur le même sujet