La folie fragmentée de Yayoi Kusama

Yayoi Kusama est une artiste japonaise, à l'œuvre singulière et fascinante. 150 de ses réalisations ont été présentées en 2011 au Centre Pompidou
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«Ma vie est un pois perdu parmi des milliers d’autre pois». L’œuvre de Yayoi Kusama pourrait être résumée à cette phrase issue de son « Manifeste de l’oblitération » en 1960. Ce serait sans approfondir ses réalisations spectaculaires, changeantes au fil du temps. Des créations qui lui ont sans doute permis d’exorciser ses démons.

Visions hallucinatoires à l’origine de son œuvre

L’artiste est née en 1929 au Japon. Tout a commencé lors de visions hallucinatoires: alors qu’elle regardait les fleurs rouges imprimées sur la nappe de la table familiale, elle les vit se répandre dans toute la pièce. Elle avait tout juste dix ans. Depuis tout son corps, son univers en sont rempli, elle-même ayant déclaré: «Je m'acheminerai vers l'auto anéantissement, vers un retour, vers une réduction, dans l'absolu de l'espace et dans l'infini d'un temps éternel…»

Une psychose créatrice

Ses premières toiles réalisées dans les années 50 représentent des paysages surréalistes où essaient de survivre des plantes carnivores sous une pluie de cendres. Et si, comme l’a indiqué le commissaire de l’exposition du centre Pompidou, Chantal Beret, lors du vernissage: «Jamais Kusama ne rattache explicitement son œuvre au traumatisme d’Hiroshima et Nagasaki, mais elle n’a pu s’empêcher de rajouter des liens formels existants ». A l’image de certaines de ses peintures, d’un astre incandescent dans la nuit, qui enferme une multitude d’atomes, comme un prélude à une explosion nucléaire.

Suivra la rencontre avec un psychiatre qui lui a révélé sa psychose tout en l’encourageant dans sa création. Dès lors, son univers en sera peuplé et ses installations habitées d’une multitude de pois colorés mais aussi de miroirs ou de formes phalliques répétées à l’infini.

Après les corps peints viendront les vêtements puis des espaces entiers couverts de points. Kusama invente à chaque fois une manière d'agencer ces points dans l'espace, variant les couleurs, les tailles, les atmosphères, les matériaux, les éclairages. Des performances, dont elle sera souvent le point central, interviendront dans ses installations.

De 1957 à 2011, quelques dates choisies parmi les plus signifiantes de son parcours artistique

  • 1957, elle quitte le milieu familial et une société japonaise encore féodale pour les Etats Unis.
  • 1959, elle peint alors sur d’immenses toiles des « Infinity Nets »… des boucles blanches finement dessinées sur des fonds sombres. Ces immenses toiles enveloppent les murs de la Brate Gallery de New York, reconstituant un « nid protecteur » à l’exilée.
  • 1963, réalisation du premier environnement artistique total, avec « Aggrégation : One Thoussard Boats Show », une barque, couverte de champignons phalliques trône au centre d’une pièce, autour de laquelle l’image est reproduite 999 fois, semblable à des timbres qui recouvrent plafond, murs et sols. Reconstituée actuellement à Beaubourg. Andy Warhol a copié ce papier peint sérigraphié d’un même motif, dans son Cow Wallpaper en 1966..
  • 1986, les musées français de Calais et de Dole dans le Jura lui ont consacré une exposition-installation où les pois rouges et blancs ont envahi les lieux.
  • 1989, Yayoi Kusama a dû attendre 32 ans après son arrivée à New York, pour bénéficier d’une première exposition dans un musée américain au center for international.
  • 2001, une très belle exposition lui a été offerte à la Maison du Japon à Paris.
  • 2011-2012, rétrospective de son œuvre présentée au Centre Pompidou jusqu’au 9 janvier. Elle a retracé toute sa production artistique de 1949 à nos jours.

Sources :

wikipédia

" Larmes atomiques de Yayoi Kusama " de Sabine Giroux. Journal La Croix du 4 novembre 2011

www.centrepompidou.fr/Pompidou/Manifs.nsf/0/4F8E5815BF637B0CC125782500325246 .

Dossier de presse issu de l'exposition de Dole (Jura) en 1986.

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