Le grandiloquent Dali au Centre Pompidou, jusqu'en mars 2013

L'hommage rendu à l' artiste, mérite quelques explications avant que le public ne s'aventure à travers une œuvre sortie d'une imagination luxuriante
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Pour découvrir l’œuvre du peintre, c’est tout d’abord à Figueras, petite ville près de la frontière Française, au Nord de la Catalogne qu’il faut se rendre. Là en plein centre de la ville espagnole, se trouve le plus grand endroit surréaliste du monde, La Fondation Gala-Savaldor Dali. Ce Théâtre-Musée a été construit sur les ruines de l’ancien théâtre municipal qui fut détruit à la fin de la guerre civile. Des milliers d’objets de toute la période de la vie de Dali et plus de 4000 œuvres usant des techniques les plus variées, y sont installés. Certaines de ces œuvres font partie d’expositions temporaires, sous forme de prêts, comme c’est le cas actuellement au Centre Pompidou à Paris.

Au Centre Pompidou, une exposition forte de 120 peintures et de nombreux films révélant les performances de l’artiste… toutefois à des années lumière du kitch présent à la Fondation de Figueras.

Loin du kitch pompeux présent à la fondation espagnole, les œuvres présentées à Beaubourg, sont plus sobres, exception faite pour le salon « Mae West » prêté justement par Figueras, salon où se côtoient le canapé en forme de lèvres, le nez-cheminée, les yeux ouverts sur des vues parisiennes et les rideaux-chevelure… L’ensemble vu dans un mur miroir reconstitue le visage d’une grande star du muet.

Une installation trop impeccable

Outre le salon Mae West, le reste est d’un classicisme impeccable lové entre une entrée diaphane où est présentée une photographie de Dali, nu, en position fœtale et une salle finale noire, comme le souvenir, censée évoquer le cerveau de l’artiste.

Au milieu, ce sont environ 220 oeuvres, dont 120 peintures qui se confondent à leur aise dans ce vaste espace ouvert, typique de Beaubourg.

Projeté en boucle dans l’exposition « Un chien andalou » de Luis Bunuel, son camarade, contient déjà nombre de ses fantasmes : la hantise de la castration avec la scène de l’œil coupé, ou encore le dilemme entre désir sexuel et menace de mort avec la main de l’homme attaquée par des fourmis ou la scène de l’âne pourrissant.

Décrypter les œuvres

Avant de se projeter dans l’exposition, surtout ne pas oublier sa bouée, celle qui permettra de décrypter les œuvres. Quelques exemples :

  • La récurrence des images doubles ou gémellaires qui ne sont pas sans rappeler ce frère ainé mort neuf mois avant la naissance du peintre, dont le prénom salvador lui a été transmis comme un cadeau empoisonné.
  • La figure paternelle au centre de Guillaume Tell, qui armée d’une paire de ciseaux est une claire allusion à la répudation de Dali par son propre père au moment de sa liaison avec Gala.
  • La physique nucléaire qui rappelle l’intêret du peintre pour les découvertes scientifiques après Hiroshima, avec la célèbre « persistance de la mémoire et son dormeur aux longs cils », les nuées d’atomes en recomposition permanente avec « la tête nucléaire d’un ange », ou encore la très mystique « Assumpta corpuscularia lapislazulina ».
  • Ses errements politiques avec ses déclarations provocantes en faveur de Hitler, et cet « Olé » glaçant lancé après l’exécution de son ami le poète Federico Garcia Lorca. Des tourments qui ont généré la « Prémonition de la guerre civile » avec sa mère patrie en géante écartelée, et le « cannibalisme de l’automne (1936) ».
  • La mollesse inattendue de la montre représente aussi l’aspect psychologique par lequel la vitesse du temps, quoique précise dans sa définition scientifique, peut grandement varier dans sa perception humaine. Dalí a souvent dit, "la matérialisation de la flexibilité du temps et de l’indivisibilité de l’espace… C’est un fluide." L’idée lui vint après un repas alors qu’il contemplait les restes d’un camembert coulant. Il décida alors de peindre sur le paysage qui lui servait de toile de fond deux montres molles dont l’une pendait lamentablement à la branche d’un olivier.
  • Les éléphants daliniens sont habituellement représentés avec les longues pattes du désir invisible, à plusieurs rotules, portant sur leur dos l’obélisque, symbole de puissance et de domination. Le poids supporté par les pattes frêles de l’animal, évoque l’apesanteur.

La tentation de s’arrêter au cliché d’un artiste purement loufoque

Loufoque, oui, il le fut et pas seulement avec l’image de ce « fou de chocolat », ranimé par un spot publicitaire ou encore sur les nombreux films présentant ses performances où il apparait alors comme un expérimentateur bouffon. Ne serait ce qu’avec « Le cheval joyeux » réalisé en 1980 qui dresse le portrait d’une charogne obscène, un dernier pied de nez au bon goût.

Biographie de Dali

1904 – Naissance à Figueras. Un être marqué par son enfance avec la mort de son frère. Le jeune Salvador est d'ailleurs profondément troublé en apercevant son propre nom sur la sépulture. "Toutes mes excentricités, toutes mes incohérences sont la constante tragique de ma vie [.] Je veux prouver que je ne suis pas le frère mort, mais le vivant", écrira-t-il.

1921-1927 - Alors qu’à Paris le dadaïsme est à son apogée, Dalí est admis à l’Institut San Fernando, l’École des beaux-arts de Madrid. Il y perfectionne sa connaissance de la sculpture, du dessin et de la peinture. Contestant violemment la capacité de ses professeurs, Dalí est expulsé des Beaux-Arts de Madrid. Il en sera exclu en 1922 pour incitation à la rébellion des élèves de l’école. C’est à cette époque qu’il rencontre Lorca et Buñuel, tandis qu’au cours de son premier voyage en 1926 à Paris il fera la connaissance de Picasso.

1928-1937 - À Paris, Dalí fait la connaissance de Breton, Eluard, Magritte et Ernst. Il rejoint officiellement le groupe surréaliste. Durant l’été 1929, le poète Paul Eluard et sa femme Elena (Gala) rendent visite au peintre dans sa maison de Cadaquès. C’est le coup de foudre entre Dalí et cette femme. Elle sera sa « muse surréaliste », l’inspiratrice de sa vie et de son œuvre. Dalí expose à Paris pour la première fois (11 toiles).

1939-1945 - Pendant la Seconde Guerre mondiale, Dalí et Gala s’installent aux Etats-Unis. Ils y resteront jusqu'en 1948. Ces années ont été très importantes pour lui. Le musée d’Art moderne de New York lui a donné sa première exposition rétrospective en 1941. En 1942, Dalí publie son autobiographie : la Vie secrète.

1961-1970 - Dalí est toujours plus prolifique : il écrit et illustre des livres, conçoit décors et costumes pour des opéras, tourne des films, élabore de nouvelles théories, sculpte, dessine, crée des bijoux et des meubles, mélange différentes techniques artistiques, son génie n’a pas de limites dans l’art.

1974-1989 - En 1974, Dalí inaugure le Teatro-Museo Dalí à Figueras en Espagne. Cet événement a été suivi de rétrospectives à Paris et à Londres jusqu'à la fin de la décennie. Après la mort de son épouse, Gala, en 1982, la santé de Dalí commence alors à décliner. À la suite de l’incendie de sa maison en 1984, il fut brûlé et, dès lors, son état de santé se détériore. Deux ans après, on lui implante un stimulateur cardiaque. Durant cette partie de sa vie, Dalí s'est retiré d'abord à Pubol et plus tard dans ses appartements près du Teatro Museo.

Il meurt le 23 janvier 1989.

Exposition Dali : Centre Pompidou – Galerie 1 – Jusqu’au 25 mars 2013. Ouvert tous les jours de 11h à 21h - sauf le mardi.

Ouvertures exceptionnelles uniquement pour l’exposition Dalí :

- Le dimanche dès 10h pour les adhérents du Centre Pompidou et les visiteurs munis de billets.

- En nocturne jusqu’à 23h les vendredis et samedis (Dernière entrée à 22h).

Entrée : 13€, Réduit 10€ / 11€, Réduit 9€ selon période / Forfait donnant accès à toutes les expositions temporaires et aux collections permanentes du musée

Sources : www.centrepompidou.fr/cpv/ressource.action?param.id=FR

https://www.salvador- dali .org/museus/figueres/fr_index.html

Journal La Croix.

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