Bolivie : le peuple s'empare du pouvoir pour plus de justice

Julia Ramos, ancienne Ministre du développement rural et des terres, Secrétaire nationale des Bartolina Sisa, confédération des femmes paysannes. Entretien.

Quel est votre parcours ?

Je suis née en 1963 dans une petite communauté quechua de paysans. Je me suis engagée très jeune : d’abord comme secrétaire de ma communauté, puis comme sa représentante. A 22 ans, j’étais à la tête de l’organisation départementale. C’est à ce moment-là que j’ai repris des études, en cours du soir, pour mieux servir ma communauté. A 26 ans, je suis devenue bachelière et à 31 ans infirmière. Deux ans plus tard, j’ai été élue à la tête des Bartolina Sisa (1).

Comment le peuple a-t-il renversé le pouvoir traditionnel en Bolivie ?

Dès 1994, les mouvements sociaux, principalement issus des campagnes, se sont rassemblés. Les Bartolina Sisa et Evo Morales étaient au fondement de cette fédération qui a progressivement pris de l’importance dans la vie politique. Nous avons ensuite créé l’Instrument politique pour la souveraineté des peuples (IPSP) pour présenter nos propres candidats aux élections. C’est ainsi qu’Evo Morales a été élu président en 2005. Depuis nous avons remporté toutes les élections avec toujours plus de 50% des voix. La population nous fait confiance.

Qu’est-ce que cette prise de pouvoir a changé pour le peuple ?

La richesse du pays est désormais investie pour améliorer la vie des Boliviens. En divisant par deux le salaire des dirigeants et en nationalisant les richesses naturelles (or, pétrole, minéraux), nous avons récupéré 6,1 millions d’euros. Des programmes de santé, d’éducation et de justice sociale peuvent ainsi être financés :

  • Réduction de la mortalité maternelle et infantile . Après une naissance, les femmes reçoivent pendant deux ans une aide financière et bénéficient, ainsi que leur(s) enfant(s), de soins gratuits ;
  • Soutien à la scolarisation des enfants ;
  • Retraite pour tous . Autrefois réservé aux seul-e-s les salarié-e-s, le droit à la retraite concerne désormais les paysan-ne-s et les personnes non déclarées. De plus, l’âge de la retraite est passé de 66 à 58 ans ; et il est fixé à 55 ans pour les personnes qui exercent des métiers pénibles. Les femmes qui ont eu des enfants, peuvent le faire valoir dans le calcul de leurs années de cotisation.

  • Egalité des droits. La Bolivie compte 36 ethnies dont chacune possède sa langue, ses coutumes et son territoire. Or, jusqu’à notre arrivée, la loi discriminait les indigènes.

  • Propriété communautaire . La terre appartient à celui ou celle qui la cultive. Si un-e paysan-ne ne cultive qu’une partie de ses terres, l’Etat redistribue le reste à d’autres paysan-ne-s de la même communauté.
  • Parité en politique à tous les niveaux. Aujourd’hui, le Gouvernement est composé de 10 femmes et 10 hommes.
Les Bartolina Sisa veulent ouvrir une radio pour les femmes. Pourquoi ?

La défense des droits des femmes est l’une de mes priorités et, dans cette lutte, l’information est capitale. Les Bartolina Sisa disposent déjà d’un créneau de 30 minutes quotidiennes sur une radio publique. Mais, nous voulons nous exprimer 24h/24, témoigner de ce que nous vivons et partager l’information sans qu’elle parvienne biaisée par les médias traditionnels (2).

(1) Bartolina Sisa était la meneuse indigène qui s’opposa à l’invasion espagnole en 1781.

(2) Pour soutenir ce projet, contacter France Amérique Latine au 01 45 88 20 00.

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