L'enseignement à domicile: une expérience éducative enrichissante

Suivez l'itinéraire des familles qui ont opté pour une école flexible, alternative, adaptée et axée sur l'épanouissement de l'enfant.
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Au programme : lecture, grammaire, mathématiques. Pendant la récréation, il jouera seul dans la neige, car tous ses petits camarades sont en classe. Le dimanche, après le cours de natation, il s'amuse souvent avec les deux garçons qui font l'école à la maison comme lui.

Recrudescence d'une pratique traditionnelle

Depuis le début de l'humanité, les familles, les clans, les communautés religieuses éduquaient leurs rejetons à la maison. La pratique de la scolarisation massive telle que connue aujourd'hui remonte à une centaine d'années, et depuis 1943, le gouvernement québécois a établi des lois obligeant les enfants à fréquenter l'école jusqu'à l'âge de 16 ans. Mais, la Loi sur l'instruction publique prévoit la légalité de cette option éducative : l'enseignement à domicile.

L'école à la maison : phénomène marginal qui gagne de l'ampleur

Selon le The Ontario Federation of Teaching Parents (Ray, 2001) 95 000 jeunes reçoivent un enseignement à domicile au Canada. Au Québec, selon l'Association québécoise pour l'éducation à domicile (AQED), ils seraient 5000 scolarisés à la maison, peut-être plus, car plusieurs familles (40%) le font dans l'anonymat et ne demandent pas de dispense à leur Commission scolaire.

Une école flexible

L'après-midi, Samuel regarde une émission en anglais et la journée se termine par une dictée, un cours d'histoire et du dessin. Plus loin, à la campagne, un père enseigne à ses deux filles : Geneviève, six ans et Nathalie, huit ans. C'est leur première expérience de scolarisation à la maison et elles adorent ça. Elles suivent un programme personnalisé qu'on utilise dans les écoles privées et travaillent de façon autonome pendant que leur père vaque à ses occupations professionnelles.

"Ces enfants passent inaperçus en société, mais brillent lors des examens d'entrée au Collège ou à l'Université", affirme le père des deux filles. Les études du Dr. Ray (1994) du National Home Research Institute (NHERI) concluent que les enfants scolarisés à la maison ont un rang centile de 80% dans toutes les matières.

Plusieurs grandes institutions universitaires retiennent les candidatures de cette clientèle en raison "de sa maturité, de sa capacité de réflexion personnelle, de sa créativité et de sa solide formation scolaire" déclare Inge Cannon, directeur général d'Éducation Plus.

Les motivations des parents

Déçus du système scolaire actuel, les parents choisissent d'enseigner à la maison pour diverses raisons : programme enrichi, maintien de la vie familiale, pour le souci de protéger l'enfant et de renforcer les liens socio-affectifs. Ils désirent aussi que l'enfant soit au centre du projet éducatif.

Un programme adapté à l'enfant

Le projet éducatif varie d'une famille à l'autre : enseignement traditionnel, pédagogie par projets d'après les modèles Freinet, Montessori, Steiner, Decroly ou les cours par correspondance offerts par le Centre National d'Enseignement à Distance (CNED).

Sans oublier le "unschooling", qui consiste à laisser l'enfant découvrir son environnement et à gérer librement son apprentissage à travers ces incontournables laboratoires de vie que sont les cuisines, les magasins, les bibliothèques, les centres sportifs, les voyages culturels.

Les parents peuvent, en effet, adapter le programme selon les besoins réels de l'enfant: douance, dyslexie, difficultés d'apprentissage, risque de décrochage scolaire, maladie.

Et la socialisation ?

La population se questionne quant à la capacité de ces enfants à s'adapter socialement. Les études de Larry Shynes (1992) démontrent que de tels enfants font généralement preuve de coopération, d'entraide et de maturité dans des activités de groupe. Les psychologues abordent le terme de "socialisation verticale" qui débute dans le nid familial et d'où l'emphase est mise sur la qualité des échanges générationnels. Tandis que dans la "socialisation horizontale", leurs pairs servent de modèles qui les infantilisent.

L'appartenance à un groupe de soutien qui organise des rencontres informelles, des visites guidées au musée, des concerts de fin d'année, la participation à la vie communautaire à travers les scouts, les camps d'été favorisent l'intégration des jeunes scolarisés à la maison en société.

Pour en savoir plus: www.aqed.qc.ca et le www.cned.fr

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