Yoko Tsuno héroïne fantastique de la BD des années 70

Bien avant la vague manga, la bande dessinées a eu son héroïne japonaise, Yoko Tsuno poursuit son insolent succès.
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C’est en 1969 que le dessinateur belge Roger Leloup reçut la commande d’un personnage féminin de la part des éditions Dupuis. L’idée était que cette femme soit un personnage secondaire pour une série qui débuterait conjointement dans Le Journal de Spirou et le magazine allemand Eltern. Leloup imagina donc une jeune japonaise vivant en France, une ingénieure en électronique qui viendrait s’associer à deux jeunes employés d’une chaîne de télévision Vic Vidéo et Pol Pitron. Leur rencontre, fruit du plus grand des hasards, serait le début de leurs aventures. Il était alors difficile d’imaginer qu’un personnage féminin puisse prendre la tête d’un groupe et plus encore d’une série d’aventures. Néanmoins, sous la plume de Leloup, le premier récit intitulé « Hold up en hi-fi », Yoko Tsuno prit très vite les rennes du trio, à tel point que Dupuis fut convaincu et donna son feu vert pour la réalisation d’un album qui placerait Yoko Tsuno comme héroïne.

Un caractère bien trempé, le goût de l’aventure.

Très vite, Roger Leloup définit les grands traits physiques et psychologiques de Yoko : elle est attachée à ses racines orientales puisque respecte toute vie, même celle de ses ennemis, est douée en arts martiaux et en nouvelles technologies mais elle est aussi ouverte à toutes les cultures, a un grand cœur et une soif pour l’aventure. Ses capacités d’adaptation à toutes les situations et sa curiosité aigue la placent donc dans différents pays, voire différentes planètes et toujours en tête de péripéties incroyables. La passion de Leloup pour la technologie promène Yoko et ses acolytes dans le temps (« La spirale du temps », « Le matin du monde »), dans d’autres mondes (« Le trio de l’étrange », « Vinéa en péril », « Les exilés de Kifa ») ou au cœur de complots qui mêlent habilement cadre historique et science (« L’orgue du Diable », « La frontière de la vie », « La proie et l’ombre », « L’astrologue de Bruges »). Le lecteur est ainsi transporté au cœur de décors plus soignés et oniriques les uns que les autres.

Un soin graphique minutieux, presque maniaque

Roger Leloup se documente beaucoup afin de créer un cadre plausible à ses histoires : il a visité, photographié et croqué des villes allemandes au charme médiéval, la campagne et les châteaux écossais, des recoins du Japon, de la Chine et de Bali, a reproduit la ville de Bruges du temps de la Renaissance d’après des archives, a créé un univers et une technologie crédibles pour les aventures extra-terrestres et extra-temporelles de Yoko… Ce qui fait le charme de chaque nouvel opus demeure la qualité graphique minutieuse, mise en couleurs par la patte des Studios Léonardo. Ce que Leloup a lui-même décrit comme le plus gros défaut hérité d’Hergé, la maniaquerie, donne vie et réalisme au cadre et aux personnages, de telle sorte qu’ils possèdent le lecteur. Et la recette fonctionne toujours puisque le dernier album sorti en 2010, « La servante de Lucifer » a ravi les fans de la première heure comme les nouveaux.

Un autre point fort assure la pérennité de la saga Yoko Ysuno : la récurrence de personnages secondaires. Yoko Tsuno est l’héroïne autour de laquelle tout converge mais ses acolytes de toujours, Vic Vidéo et Pol Pitron ont vu leur statut évoluer et grandir. Il en est de même pour les protagonistes rencontrés au fil des albums, essentiellement des jeunes femmes devenues amies de Yoko, et quelques ennemis tels qu’Ito Kazuki (« La fille du vent », « L’or du Rhin »).

On apprécie enfin que Roger Leloup ne se contente pas de figer son héroïne dans son temps. Elle prend de l’âge et un peu de sagesse, nous révèle son passé, son enfance, change d’allure, adopte une petite fille, voit naître de nouveaux sentiments pour Vic Vidéo… Elle mûrit avec son époque et en devient plus forte encore.

Rares sont les héroïnes qui ont connu une telle longévité, au point d’être rééditée en versions intégrales. Yoko Tsuno est de celles-ci. Nul doute qu’elle continuera de nous inviter dans ses périples encore longtemps.

Sources : site des éditions Dupuis , Wikipédia.

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