Le travail : plaisir, bien-être et accomplissement pour qui ?

L'histoire du travail montre que le bien-être au travail n'est pas donné mais acquis par la lutte et l'affrontement entre des intérêts divergents
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Le stress au travail, le harcèlement, les suicides et toute la litanie de manifestations de mal-être et de souffrance au travail vont dans le même sens que l'étymologie du mot travail . Le travail est source de peine, de souffrance et est lié à la servitude . Que raconte l'histoire ?

L'amélioration des conditions de travail est le résultat de luttes collectives

Le travail est dès l'origine lié à la souffrance, l'esclavage et le manque de liberté. Ce travail est lié à la terre, l'agriculture et le travail artisanal essentiellement. Au XIXe siècle, à partir de la révolution industrielle, le travail change et devient encore plus collectif. Une nouvelle catégorie de travailleurs, celle des ouvriers apparaît. La lutte des classes, les luttes ouvrières, les mouvements syndicaux et les révoltes auront en général pour but et pour résultat d'humaniser le travail. Des concessions sont faites aux travailleurs : droit du travail, fin et régulation du travail des enfants, inspection du travail, reconnaissance du droit de grève, etc.

En 1936 les congés payés, les accords de Grenelle en 1968 et les lois Auroux, entre autres, semblent marquer de nouvelles étapes dans l'amélioration des conditions de travail. Les luttes collectives paraissent oubliées. Le travail qui devient une valeur positive se tourne vers une approche plus moderne et apaisée. Mais est-ce vraiment le cas ?

La Seconde Guerre mondiale vers une vision positive du travail ?

Parallèlement, la maxime "Arbeit macht frei" : le travail rend libre, reprise par les nazis et apposée à l'entrée de nombreux camps de concentration dont Auschwitz, interroge les valeurs véhiculées par le travail et la possibilité de lui donner une valeur positive. En effet, certains camps de concentration avaient pour mission d'exterminer les internés par le travail, en les faisant travailler jusqu'à la mort. Et, de façon plus prosaïque, les camps de concentration étaient simplement le lieu de travail de certains.

On constate donc que, derrière une maxime a priori positive, peut se cacher une réalité sordide sur le travail et sur les hommes. Le travail des uns peut servir à tuer d'autres. Plus proche encore, les délocalisations du travail des pays occidentaux vers des pays, où la régulation du travail est moindre, nous montre un même fonctionnement à l'oeuvre. Des personnes travaillent et en exploitent d'autres qui exercent leur métier dans des conditions qui donnerait lieu à des sanctions pénales et des condamnations sociales si elles étaient appliquées aux premiers. Le seul critère légitime étant le lieu : le camp de concentration ou le pays.

Le malheur des uns fait le bonheur des autres

Même si les camps de concentration, lieux de travail utilisés aussi pour l'extermination par le travail, la colonisation et les délocalisations montrent que derrière les discours de "la valeur travail" peut se trouver une réalité sordide d'exploitation, de destruction et d'élimination d'autres personnes par le travail, on ne peut pas nier qu'au cours d'une vie de travail, il y a des moments ou des périodes agréables, des moments de bien-être et de plaisir. Peut-on en faire la norme et l'objectif du travail ?

Si oui qu'est-ce qui est plus important : la personne au travail ou ce pourquoi elle travaille : le travail ?

Si la personne est le plus important, on peut imaginer que dès lors qu'une personne souffre au travail, il y a quelque part, une autre personne au travail qui trouve son intérêt dans cette situation et s'en porte bien.

Demander au travail de favoriser le bien-être et la réalisation de soi, est donc une façon de demander au travail de favoriser certains travailleurs au détriment d'autres. Est-ce la meilleure façon de se construire psychiquement que de se construire sur le malheur d'autrui ? N'est-ce pas aussi la meilleure façon de créer sa propre souffrance puisque l'on est forcément l'autrui des autres ?

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