La thérapie génique: explications, applications et difficultés

L'introduction de gène-médicament dans les cellules humaines malades semble simple en théorie mais compliquée en pratique. Et éthiquement délicate.
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Myopathies, mucoviscidose, bêta-thalassémie, mais aussi cancers ou maladies cardio-vasculaires... Les avancées médicales dans le domaine de la génétique, dont la thérapie génique, laissent entrevoir de merveilleuses perspectives dans le traitement de nombreuses pathologies invalidantes et létales. Mais la guérison de ces affections se heurte à de multiples difficultés médicales et soulève des questions éthiques.

Principe de la thérapie génique

Comme l'explique le site Généthique , la thérapie génique repose sur un principe en théorie simple. Lorsqu'un gène d'importance est défectueux, introduire un gène sain rétablit la production de protéines normales et donc fait disparaître les symptômes associés à la pathologie génétique. Cela nécessite d'introduire le petit morceau d'acide désoxyribonucléique (ADN) dans les cellules. Cette étape peut s'effectuer par l'intermédiaire de deux types de vecteurs:

  • des vecteurs viraux (rétrovirus comme le VIH ou adénovirus) privés de leur pouvoir infectieux; doués de la capacité d'intégrer le patrimoine génétique des cellules, les vecteurs viraux augmentent l'efficacité de voir le gène traduit en protéine;
  • des vecteurs non viraux à l'instar des liposomes (vésicules composées de lipides) qui vont déposer le gène à l'intérieur des cellules, dont on espère qu'il atteindra le noyau. Ces molécules inertes diminuent les risques liés aux vecteur viraux mais montrent une efficacité moindre.
in vivo ex vivo

Dans quel contexte peut-on utiliser la thérapie génique?

Comme le rappelle le site de l'Institut national de la recherche médicale (Inserm), il existe deux grands types de maladies génétiques: d'abord celles dites "monogéniques", résultant de la mutation d'un seul gène à l'instar de la mucoviscidose ou des myopathies; puis les pathologies dites "multifactorielles", qui résultent de plusieurs gènes défectueux et de facteurs environnementaux.

Contrairement à ce que l'on pourrait croire, les thérapies géniques ne concernent pas les uniques maladies monogéniques. Selon les chiffres de l'Inserm , 65% des essais de thérapie génique réalisés à travers le monde concernent les cancers, pathologies multifactorielles par excellence. Viennent ensuite les maladies cardiovasculaires (9,3%) et après seulement les affections monogéniques (8,2%). En queue de peloton se trouvent les maladies infectieuses et neurologiques.

Les maladies monogéniques sont cependant les premières concernées par les avancées actuelles en matière de thérapie génique. Ainsi, en septembre 2010, le magazine Pour la Science rapportait le succès de la thérapie génique mise en œuvre chez un homme atteint de bêta-thalassémie, maladie du sang. Cependant, l'introduction du gène-médicament a modifié l'expression d'un autre gène. Bien qu'il n'y ait aucun "dommage apparent", cela laisse présager "que la sécurité de l'intervention n'est pas complètement assurée".

Les difficultés liées à la thérapie génique

L'insertion du gène médicament dans les cellules constitue le problème majeur de la thérapie génique. Ainsi, le Figaro revenait, en juillet 2010, sur le cas de ces bébés-bulles, privés de lymphocytes et, par extension, d'un système immunitaire efficace. Parmi les neuf enfants traités par thérapie génique entre 1999 et 2002, quatre développent une leucémie et un y succombe.

Cela peut s'expliquer par l'insertion du gène qui s'effectue de manière aléatoire dans le patrimoine génétique cellulaire. Le gène-médicament peut ainsi interrompre n'importe quel gène, qui jusque là fonctionnait normalement, et en empêcher la traduction en protéine. Dans certains cas, sans provoquer de pathologie, la thérapie génique se solde par un échec notamment lorsque l'ADN introduit n'est pas assez exprimé pour contrebalancer les symptômes liés à la maladie.

Comme toutes les manipulations génétiques, la thérapie génique soulève des questions éthiques posées par le site Généthique . Actuellement, les thérapies géniques concernent exclusivement les cellules somatiques, c'est-à-dire non sexuelles. Une thérapie génique dite germinale appliquée aux gamètes (ovules et spermatozoïdes) ou à l'embryon à un stade précoce modifierait le patrimoine génétique dans sa totalité qui serait dès lors transmis à la descendance... De quoi redouter des dérives.

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