La triste et lente extinction du kakapo

Ce perroquet non volant, uniquement retrouvé en Nouvelle-Zélande, est menacé de disparition. La faute principalement aux espèces introduites par les colons.

La Réunion, Madagascar, les Galápagos... Les îles offrent, outre une destination de rêve, une biodiversité hors du commun mais aussi terriblement fragile. Isolées du continent, la faune et la flore ont évolué de manière autonome, s'adaptant à leur environnement si particulier. Dès qu'un élément vient troubler la fragile harmonie qui lie les espèces, tout l'écosystème qui s'en trouve menacé. Illustration avec l'exemple du kakapo.

Les colons débarquent... avec leurs animaux

Lorsque les colons arrivent en Nouvelle-Zélande au début du XIXe siècle, ils amènent des moutons pour y pratiquer l'élevage. Mais pas seulement. Chats, lapins, belettes les accompagnent dans l'aventure. Sans oublier les rats qui débarquent également des navires. Or ces espèces exogènes, jusque-là inconnues sur l'île océanienne, perturbent très vite celles en place depuis des siècles

Le kakapo ( Strigops habroptila ), perroquet au plumage vert et aux mœurs nocturnes, s'est adapté à ses prédateurs naturels, qui tous, peuplent le ciel. Au gré de l'évolution, le plus lourd perroquet du monde y a perdu...ses ailes! Ou plutôt sa capacité à les utiliser. Un avantage jusqu'à ce que les espèces venues d'Occident changent la donne.

Les lapins, dont on connaît la prolifération massive, ont, pour se nourrir, commencé à ravager les pâturages destinés aux moutons. Pour remédier au problème, les colons, pensant bien faire, ont introduit en Nouvelle-Zélande l'hermine, cousine de la belette et redoutable chasseuse. Mais les hermines ont commencé à poursuivre les kakapos, proies beaucoup plus faciles à attraper que les lapins.

Un remède pire que le mal

La population de kakapos, alors la troisième d'oiseaux en Nouvelle-Zélande, décline très rapidement. Leur habitat, qui couvrait tout le territoire néo-zélandais, se réduit à quelques enclaves disséminées sur l'île. A l'heure actuelle, selon les chiffres du gouvernement, 129 spécimens vivants sont recensés, dont 11 petits nés cette année.

Des programmes ont pourtant été mis en place pour tenter d'endiguer ce phénomène inquiétant. Dans les années 1890, Richard Henry, chasseur et naturaliste autodidacte inquiet du sort des kakapos, est chargé, par les autorités néo-zélandaises, de faire de Resolution Island le nouveau refuge des kakapos.

Henry parvient à attraper environ 500 volatiles qu'il relâche dans leur nouveau havre de paix. Mais après dix ans de dur labeur, Henry découvre sur Resolution Island une hermine. L'abri des kakapos n'était pas assez éloigné de la Nouvelle-Zélande pour décourager les hermines, excellents nageuses. La mission se solde par un échec.

Les actions reprennent au milieu du XXe siècle

L'idée est abandonnée, les efforts se relâchent. Les kakapos ne font plus l'objet que d'observations lointaines... Au milieu du XXe siècle, le gouvernement néo-zélandais renouvelle sa bonne volonté pour sauver cet oiseau emblématique de l'île. Le temps n'a rien arrangé à la situation: les anciens repaires des oiseaux sont vides, seuls quelques kakapos sont localisés.

Au milieu des années 70, la chance sourit enfin aux scientifiques. Ils découvrent près de 200 oiseaux, aussitôt protégés au sein de sanctuaires. Mais les pièges destinés aux prédateurs n'arrêtent pas les chats domestiques. En urgence, tous les kakapos sont transférés sur Codfish Island, préalablement débarrassée de tous les prédateurs de kakapos. Ces derniers y sont surveillés 24 heures sur 24, sept jours sur sept... Et bénéficient même de rangers qui leur sont entièrement dédiés!

En 1990, le gouvernement néo-zélandais a conclu un accord avec Rio Tinto pour la sauvegarde du kakapo. Le géant minier a financé le programme, depuis vingt ans, à hauteur de trois millions de dollars néo-zélandais. Un partenariat qui peut faire grincer des dents alors que Rio Tinto n'est pas connu pour ses efforts en matière environnementale.

Les reproches faits au gouvernement néo-zélandais

L'histoire du kakapo vaut au gouvernement néo-zélandais d'autres critiques. Les autorités sont aussi accusées -comme tant d'autres au demeurant- d'attendre l'extrême limite pour agir. 35% des espèces néo-zélandaises sont menacées et le kakapo est sur la l iste rouge de l'Union internationale de conservation de la nature (UICN). Les stades plus critiques que celui, actuel, du kakapo sont l'extinction à l'état sauvage puis l'extinction définitive.

Certains, comme le chercheur universitaire Mike Joy, estiment qu'alors que l'Etat concentre tous ses efforts pour tenter de sauver les espèces emblématiques que sont le kakapo et le kiwi, d'autres espèces mériteraient aussi que l'on s'en préoccupe maintenant, avant que le seuil critique ne soit atteint.

Sources:

La biodiversité menacée d'extinction de masse , Green & Vert , 6 juillet 2011 (tradution d'un article de Stuff, quotidien néo-zélandais)

Département de la conservation de la nature , gouvernement de Nouvelle-Zélande

Isolation proves dangerous on Rat Island , Station de radio npr , 30 juin 2011

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