Les pays du Sud, cimetière des déchets électroniques

Où vont tous les déchets des téléphones portables et autres ordinateurs ? Dans les pays du Sud où leur traitement anarchique abîme l'homme et la nature.
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Phénomène de mode, obsolescence programmée et surconsommation de nouvelles technologies ont un coût. Celui des ordures qui en découlent: les déchets d'équipements électriques et électroniques, connus sous l'abréviation DEEE. Outils informatiques, électroménager, télévisions et autres appareils photos numériques sont source d'une quantité de DEEE bien embarrassants. Et qui se retrouvent à l'autre bout de la terre et asphyxient populations et environnement.

Agbogbloshie Market, décharge à ciel ouvert ghanéenne

Accra, capitale du Ghana. Agbogbloshie Market , moins un quartier qu'une décharge à ciel ouvert, s'étend sur dix kilomètres. Vieux ordinateurs et imprimantes usagées sont brûlés, au détriment de la santé humaine et de la protection de l'environnement, pour que puissent être récupérés les métaux précieux, cuivre, or ou argent.

Aucune structure fiable n'existe pour le retraitement de tels déchets d'équipements électriques et électroniques, qui renferment pourtant des substances aussi nocives que le plomb, le mercure ou le cadmium, responsables chez l'homme de troubles des systèmes nerveux, sanguin et reproductif et susceptibles d'altérer os et reins.

Sans oublier les vapeurs toxiques libérées par la combustion de PVC. Munis d'aucune protection, jeunes hommes mais aussi femmes et enfants, s'aventurent dans ce dépotoir géant pour récupérer pour un salaire maximal d'un dollar par jour, le cuivre revendu au Nigéria ou en Inde où il est transformé entre autres en bijoux bon marché commercialisés sur le sol européen.

Taizhou, cité chinoise empoisonnée

Par-delà l'Océan Indien. Taizhou, dans la province du Zhejiang, à 400 kilomètres de Shanghai. Le 31 mai 2011, 74 personnes sont arrêtées dans le cadre d'une vaste enquête sur l'intoxication sévère au plomb de 172 habitants, dont 53 enfants. Spécialisée dans le retraitement des déchets électriques et électroniques, la cité chinoise s'est elle aussi lentement empoisonnée.

Cartes mères brûlées dans des woks pour en récupérer les composants, arsenic pour extraire l'or des vieux DEEE ont mené à la pollution des cours d'eau de la ville, des sols et de l'atmosphère, alors que les ouvriers se trouvent exposés, sans masque ni gants. Si le coup de filet des autorités a mis, officiellement, un coup d'arrêt à de telles activités de recyclage, personne ne semble réellement dupe.

" De vieux ordinateurs en provenance de France ? Impossible d'en trouver ces temps-ci, mais essayez de revenir dans quelques mois ", assure ainsi une ouvrière au journal L e Monde daté du 14 Juin 2011. Et le manque de formation des responsables d'entreprises chargées du retraitement des déchets semble constituer un autre obstacle de taille à la mise en place d'un système raisonné et moins polluant de recyclage des DEEE.

Quasi absence de législation dans les pays du Nord

Ces deux exemples, illustrant les difficultés du traitement des déchets électroniques et électriques, sont loin d'être isolés. Ghana et Chine mais aussi Nigeria, Togo, Inde... Tant de pays tout juste industrialisés ou en passe de l'être qui ont compté sur le traitement des déchets informatiques pour s'extirper de la misère, grâce à la récupération des métaux dont certains se font rares.

Avec environ 14 kilos de déchets d'équipements électriques et électroniques par an et par citoyen, l'Europe appartient à ces zones géographiques, avec le Japon, les Etats-Unis ou encore la Chine, qui ne cessent de fournir ces stocks d'e-déchets dans les pays du Sud. Sur cette petite quinzaine de kilos d'ordures produite par un habitant du vieux continent, seuls quatre - minimum imposé par la législation européenne, sont recyclés.

Car malgré l'éco-participation mise en place pour financer une partie du traitement de ces DEEE, le recyclage coûte cher et la nature des composants électroniques le rend particulièrement polluant. Alors, souvent sous couvert de réutilisation dans les états les plus modestes, ou alors totalement clandestinement, les déchets sont envoyés en Afrique ou en Asie.

Que faire des vieux déchets électroniques ?

Alors comment se débarrasser de nos vieux déchets électroniques en Europe? Trois possibilités s'offrent au consommateur. En premier lieu, il peut les déposer directement en déchetterie où les équipements hors d'usage sont valorisés. Ensuite, les distributeurs sont dans l'obligation de reprendre tous les appareils usagés commercialisés depuis août 2005 pour tout achat d'un produit neuf.

Enfin, il reste envisageable de donner ses vieux équipements aux associations, en essayant de privilégier les organismes ayant pignon sur rue, à l'instar d' Emmaüs . Mais la route paraît encore bien longue avant d'atteindre l'objectif d'un recyclage raisonné des biens de nouvelle technologie. En raison notamment d'un manque, cruel, de consensus international.

Ainsi, les Etats-Unis, où seuls 20% des téléviseurs sont recyclés, aucune législation n'existe en matière de traitement des DEEE, et les initiatives locales américaines constituent un bien maigre cache-misère. Une situation qui laisse présager, aux décharges d'Agbogbloshie et Taizhou, encore quelques années devant elles.

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