Manger des insectes pour protéger la planète

L'entomophagie permettrait de limiter l'insécurité alimentaire tout en préservant l'environnement. Encore faut-il surmonter les barrières psychologiques.

Cuisiner des quiches de vers, préparer des scorpions au chocolat, cuire quelques criquets croquants... Recettes farfelues ou plats d'avenir? Alors que la plupart des occidentaux trancherait pour la première proposition, des scientifiques hollandais prôneraient plutôt la seconde. Les insectes représenteraient, dans les menus du futur, une alternative intéressante à la viande traditionnelle, dont la production sollicite beaucoup de ressources naturelles. Explications.

La demande en viande explose, la planète plus sollicitée

La population mondiale croît de façon exponentielle. Les puissances émergentes, dont le niveau de vie ne cesse de s'élever, voient leur régime alimentaire évoluer : céréales peu onéreuses sont remplacées peu à peu par une nourriture plus variée incorporant produits carnés et laitiers. Lorsque des pays comme l'Inde ou la Chine, dont les habitants se comptent en milliards, amorcent une telle transition alimentaire, les demandes en animaux d'élevage explosent.

L'Organisation onusienne pour l'Alimentation et l'Agriculture l'article (Food and Drug Organization, FAO) estime ainsi que le besoin en bétail mondial devrait plus que doubler d'ici à 2060. Or 70% des terres agricoles sont déjà consacrées à la production animale. Fortement émettrice de gaz à effet de serre, grande consommatrice d'eau, cette activité agricole demande également d'importantes quantités de fourrages, limitant de fait les surfaces dédiées aux cultures vivrières et aboutissant à la déforestation.

La consommation mondiale croissante en protéines couplée à une forte pression environnementale oblige à des alternatives dont l’une serait... la consommation d'insectes. «Le jour viendra où un Big Mac coûtera 120 euros et un Bug Mac 12 euros [bug signifie insecte en anglais], où les gens qui mangent des insectes seront plus nombreux que ceux qui mangent de la viande», prévient Arnold Van Huis dont l'article a été repris dans les colonnes du Monde daté du 20 janvier 2011.

Les avantages de l'entomophagie

Riches en protéines, larves de charançons et autres termites grillées sont, entre autres, déjà consommées par 2,5 milliards de personnes dans le monde, essentiellement dans les pays en développement, d'après la FAO . Les insectes offrent un meilleur rendement en viande après transformation que le bétail traditionnel. Dix kilos de végétaux permettent ainsi de produire six à huit kilos d'insectes, contre un unique kilo de viande...

L'élevage d'insectes émet bien moins de gaz à effet de serre que l'élevage de bétail classique, le méthane émis par les blattes et autres termites n’atteignant pas les quantités rejetées par les vaches et autres bœufs... Les superficies nécessaires, bien moindres, ne se trouvent pas forcément déboisées ni asséchées puisque forêts et plans d'eau peuvent abriter une telle activité.

En Asie , notamment au Vietnam, en Chine au Laos ou encore en Thaïlande où l'élevage de criquets est répandu, la commercialisation d'insectes génère des revenus non négligeables. En Afrique , où ils sont généralement prélevés directement dans la nature, les insectes représentent, en fonction des saisons, 2 à 30% de la consommation en viande annuelle et apportent des nutriments essentiels. Des raisons qui laissent espérer la FAO d’une plus grande sécurité alimentaire dans le souci de l’environnement.

De bonnes qualités nutritionnelles… mais des barrières psychologiques fortes

Aussi riches en protéines , voire plus, que le bœuf, le porc ou le poulet, les insectes - dont les compositions varient en fonction des espèces - apportent également graisse, vitamines (notamment Vitamine B), minéraux (fer, zinc) et acides gras essentiels. Digestibles par l'homme, les insectes, si les espèces consommées sont diversifiées et associées à des produits de base, assurent un régime alimentaire varié et équilibré.

Des qualités, tant sur le plan environnemental qu'individuel, et un petit goût de noisette qui ne suffisent pourtant pas à convaincre totalement les sociétés occidentales, selon le Figaro .

A lire aussi : Manger des insectes, une solution à la faim dans le Monde ? de Maurice Bourdon

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