A la télé le 3-06: Good Morning England, saga des radios pirates

Ce film anglais conte, en deux heures, l'histoire de ces radios de haute-mer qui bouleversèrent l'Angleterre de 1964 à 1967

L'idée de contrecarrer le monopole des ondes a conduit à la naissance de Radio Caroline au printemps 1964 ; l'idée faisait son chemin depuis quelques temps. C'est cette histoire chaotique que conte, de manière romancée, le film "Good Morning England" que diffusera Antenne 2 dimanche soir. "Radio rock" n'a pas existé... mais le film est calqué sur l'histoire de Radio Caroline.

Qui a véritablement "inventé" Radio Caroline ?

La station fut conçue dans la plus pure logique commerciale par un jeune Irlandais d'origine américaine né en 1940, Ronan O'Rahilly. Fougueux et rebelle dès son plus jeune âge, il est maintes fois renvoyé des écoles et collèges où il passe son temps à rêver de devenir cinéaste. Il envisage sérieusement de quitter l'Europe pour s'installer aux U.S.A., seul pays où il pense pouvoir se faire un nom rapidement dans le monde du cinéma (grâce au succès de Radio Caroline, certaines portes s'ouvriront ; il pourra notamment réaliser le film "Girl on a Motorcycle" avec, pour principaux acteurs, Alain Delon et Marianne Faithfull).

Un coup de théâtre!

Au moment où son avion va décoller, Ronan est informé que, de par sa double nationalité, il sera tenu d'effectuer son service militaire dès qu'il posera le pied en Amérique. Du coup, son billet d'avion Irlande-USA se transforme en billet Dublin-Londres. Malheureusement le début des années soixante n'est guère propice à la création cinématographique dans la capitale britannique. Au contraire ! La télévision, en plein essor, porte un coup dur à la profession ; la pop music, en revanche, est incontestablement le domaine où un jeune loup comme lui doit pouvoir faire son trou.

Des amis célèbres

Ronan se lie d'amitié avec les Rolling Stones (qui se produisent dans son club à Yam Yard), les Beatles (dont il a failli devenir le manager) et, plus tard, les Move, à qui il suggère l'idée, pour l'affiche publicitaire d'un 45 tours, d'utiliser une caricature représentant le Premier ministre Harold Wilson dansant nu (inutile de préciser que la célèbre affiche fut interdite).

L'idée de radio pirate est dans l'air, en Angleterre, dès 1962

Des rumeurs circulent : GBOK, radio au format musical proche de celui de la BBC, devait commencer à émettre le 28 février. Un bateau-phare désaffecté ancré dans l'estuaire de la Tamise, juste à la limite des eaux territoriales britanniques, devait permettre aux responsables de la station, dont Arnold Swanson, ancien DJ canadien, d'enfreindre impunément les accords internationaux sur les télécommunications. Le projet, qui devait rapporter à ses promoteurs deux millions de livres sterling chaque année, ne vit jamais le jour. GBOK promettait de l'inédit : des bulletins d'information "purement objectifs" (pour en savoir plus, cliquer ici )

Lorsque l'idée naît en Angleterre, nul n'est encore capable de prédire le succès ou bien l'échec d'une telle entreprise

En 1962, Radio Mercur, station commerciale ancrée au large du Danemark, vient d'être arraisonnée par les autorités, et son équipage arrêté par la police et la marine danoises... Radio Nord (dont le navire connaîtra un destin prestigieux), au large des côtes suédoises, fut pendant quelques mois la station n°1 du pays avant d'être réduite au silence par décision gouvernementale... mais Radio Syd, pourtant elle aussi à quelques kilomètres de la Suède, et Radio Veronica, ancrée à la limite des eaux territoriales hollandaises, se taillent toutes deux un joli succès commercial. Cette dernière, inaugurée en 1960, forte de ses réussites financières grâce à la publicité récoltée auprès des annonceurs néerlandais, a d'ailleurs commencé à poser des jalons auprès du public britannique : chaque jour, quelques heures en langue anglaise, en février et mars 1961, ont prouvé l'existence d'un vaste auditoire potentiel en Grande-Bretagne. Heureusement pour la future Caroline, Radio Veronica n'a pas poussé plus avant l'expérience, faute de moyens, laissant ainsi la voie libre aux plus rapides dans la course au public anglais. Les "plus rapides", en l'occurence, sont Ronan O'Rahilly... et un certain Allan Crawford, Australien de naissance. Et malgré tout le respect dû à Ronan, force est de reconnaître qu'à l'origine Crawford marque un point sur son rival et futur associé.

L'idée d'un bateau ancré non loin des côtes anglaises est à l'origine de Project Atlanta

La fermeture de Radio Nord met à la disposition de l'Australien (et d'un groupe de financiers qui l'assistent dans cette démarche) un bateau-radio déjà tout équipé, le Bon Jour, rebaptisé Magda Maria puis finalement Mi Amigo. De la Baltique, le vaisseau se rend, pour sa remise à neuf, à El Ferrol en Espagne. Il quitte le port ibérique le 14 septembre 1962, direction Douvres, puis s'ancre dans l'estuaire de la Tamise. Il est probable que des test-transmissions sous le nom de Radio London ou Radio-LN aient été effectuées sur 306m ondes moyennes (les archives officielles britanniques ne peuvent cependant en attester). Mais l'on apprend alors la saisie de Radio Mercur et les financiers, qui jusqu'alors appuyaient le projet de Crawford, prennent peur. La première pirate britannique cesse ses tests et reprend la mer. L'année 1963 est consacrée à l'amélioration et à la transformation du navire à Brest, Las Palmas et Galveston : Allan Crawford, alors âgé de 42 ans, n'a pas renoncé au projet, malgré la défection de ses premiers partenaires. Il est maintenant épaulé par l'ex-major Smedley et l'agent artistique Kitty Black (deux noms qui reviendront tragiquement dans l'actualité trois ans plus tard, en raison de leur rôle dans le meurtre qui jeta à jamais le discrédit sur les radios pirates). Crawford a perdu beaucoup de temps à chercher des capitaux puis à légaliser l'entreprise en la faisant enregistrer au Liechtenstein. Autant dire qu'il a perdu l'avance qu'il avait sur O'Rahilly qui, lui, a monté en Suisse sa société Planet Productions (à suivre en cliquant ici ).

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