">
user_images/271642_fr_daniellesu.jpg

DANIEL LESUEUR

Publié dans : Les articles Culture de Daniel Lesueur

Jimmy Page a-t-il vraiment joué sur "That's Nice" ?

Le guitar hero de Led Zeppelin était bien dans le groupe de Neil Christian en 1962... mais y retourna-t-il en 1966 ?

En 1962 Jimmy Page, sous le nom de Nelson Storm, jouait dans le groupe de Neil Christian, les Crusaders. Mais Jimmy souffrait alors d’une mononucléose infectieuse et était malade comme un chien chaque fois qu’il montait dans le van. Or, sans grand égard pour les contingences géographiques, les tournées, à l’époque, passaient souvent d’une ville à l’autre en dépit du bon sens, donnant à l’occasion deux représentations dans la même journée avant de se mettre en route pour donner un concert le lendemain dans une autre ville parfois fort éloignée.

Ces tournées de bric et de broc, qu’il ne reprendrait qu’à partir d’août 1966 au sein des Yardbirds (il avait refusé cette même proposition en janvier 1965 ; il aurait alors remplacé Eric Clapton), faisaient vraiment partie de la vie de la scène musicale durant les années soixante

Sillonner le pays ou une région en tous sens

Va pour un court trajet, d’un bout à l’autre de Londres, mais pas plus. Page sera donc obligé de quitter les Crusaders. Pour lui, l’aventure dura jusqu’à, semble-t-il, octobre 1962, date de la mise en boîte du premier 45 tours de Neil Christian paru en décembre (Columbia DB 4938) et que l’on considère très certainement à tort comme sa toute première séance d’enregistrement.

S’il était vraiment là, sa présence se fit discrète !

L’étiquette du disque précise que le chanteur est accompagné par l’orchestre d’Ivor Raymonde, qui ne sort pas grandi de l’aventure. Les Crusaders n’étant pas mentionnés, quelle certitude avons-nous quant à la présence de Page ? Quant à entendre un chouette chorus de guitare dans cette infâme bouillie, c’est une autre paire de manches. Aux manettes, le fort peu commode producteur Joe Meek qui, sous le pseudonyme de Crossley P.Lawrence, cosigne la face B, « The Big Beat Drum »; quant au titre principal, « The Road To Love », bien médiocre, il est signé John Barlow. Un disque à oublier. Jimmy, néanmoins, restera en bon termes avec Neil Christian. A tel point qu’il viendra prêter main forte au guitariste Albert Lee lors de l’enregistrement du 45 tours suivant, « A Little Bit Of Someone Else » / « Get A Load Of This » (Columbia DB 7075) paru en juillet 1963. Tout ce petit monde se retrouvera pour le 45 tours suivant, une reprise d’un classique de Joe Turner, « Honey Hush », accompagnée en face B, de « One For The Money » (Columbia DB 7289). Une séance qui débouchera également sur un instrumental, « Crusading », qui restera inédit pendant près de trente ans.

Viendra ensuite une période de marasme

Fin 1965, Neil Christian se produira seul sur scène, abandonnant son groupe… qu’il ressucitera quelques mois plus tard, mais toujours sans Jimmy Page, après sa rencontre avec le producteur Miki Dallon qui le fait signer sur le label Strike. C’est la grande période de Neil Christian (1966) avant qu’il retombe dans l’oubli. Les Crusaders se sépareront définitivement en 1967 après une engueulade dans un restaurant !

Neil Christian and the Crusaders ont publié huit 45 tours mais pas d’album

Au total 16 chansons. Avec les inédits et les maquettes, on grimpe à trente morceaux. Le mensuel Record Collector n’est pas très tendre lorsqu’il se penche sur l’intégralité des enregistrements de cette formation :

- A part le fait que Jimmy Page a fait partie du groupe, Neil Christian and the Crusaders méritent à peine qu’on en parle. Leurs 45 tours sont plaisants mais, sur les 30 morceaux qu’ils ont enregistrés, beaucoup se ressemblent trop. Quand on met le CD en route, on a rapidement l’impression qu’il ne finira jamais ! C’est dû au fait qu’ils ont enregistré trop de chansons composées par leur producteur Mick Dallon, qui, bien qu’obsédé par le style Yaketi yak des Coasters, n’avait pas les talents de Leiber et Stoller ; et rajouter une tonne d’écho sur la voix de Neil Christian ne changeait rien à l’affaire.

Un hit !

Neil Christian and the Crusaders firent néanmoins, au printemps 1966, un excellent score au hit-parade dans de nombreux pays avec le 45 tours « That’s Nice ». Au point qu’il sera même enregistré en français par Neil Christian en personne (« C’Est Bon », SP Riviera 121071) et par Olivier Despax sous un titre différent (« Ca Me Plaît »). Quant à la version originale, on peut la posséder en pressage anglais (« That's Nice » / « She's Got The Action », Strike JH 301) ou français (« That's Nice » / « I like It », SP Riviera 121 061). L’édition la plus rare est la française : « I Like It », qui n’était sorti nulle part ailleurs, est considéré comme le meilleur titre du groupe.

Depuis des lustres, ces solos sont attribués à Page

Mais il n’y a aucun moyen de le prouver : au départ, une rumeur… qui s’est tellement gonflée quelle est passée pour une certitude… certitude ensuite utilisée pour vendre des vinyls puis des CD de rééditions. Laissons nos lecteurs se forger une opinion à la lueur de nos certitudes :

- Au moment de l’enregistrement, Jimmy a quitté les Crusaders depuis déjà trois ans et demi. Certes, mais rien ne lui interdit de venir jouer sur le disque de son vieux complice. Rien ne l’y oblige non plus !

- C’est Ritchie Blackmore qui tient la guitare dans la formation des Crusaders qui va accompagner Neil Christian au cours de la tournée de promotion de « That's Nice » mais on ignore s’il avait rejoint le groupe avant l’enregistrement. Si tel était le cas, aurait-il laissé sa place à Jimmy en studio ?

À propos de l'auteur

user_images/271642_fr_daniellesu.jpg

DANIEL LESUEUR

Daniel Lesueur est un auteur et journaliste français de la presse
  • 1169

    Articles
  • 22

    Séries
  • 4

    Abonnés
  • 0

    Abonnements

Poursuivez la discussion!