L'histoire de Laser 558, célèbre radio pirate des années 80

En 1984, son succès était devenu tel que l'Etat, et même les radios concurrentes, voulaient sa disparition
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Fin 1984, une véritable campagne est menée contre Laser 558. Certains protagonistes envisagent même d'aller saboter le Communicator pour l'obliger à se rendre dans un port pour y être réparé et là, être saisi par les autorités.

Il n'y eut pas besoin de recourir à la violence

Nul n'est à l'abri d'incidents techniques… ou d'une mauvaise tempête, comme celle de janvier 1985 qui rend l'antenne inutilisable en brisant son mât. Les réparations étant à peine achevées, la même situation se reproduit. La radio est silencieuse plus d'une semaine et ne revient sur les ondes qu’avec une puissance d'1 kW au lieu de 100. Le 30 janvier, Laser 558 annonce qu'elle quitte l'antenne pour divers ajustements. Ces interruptions, qui ont eu des conséquences désastreuses sur les finances de la station, compromettent la réussite longue et durable sur laquelle on comptait, au jugé des premiers sondages. Richard Branson, Pdg des disques Virgin, se serait, paraît-il, alors porté acquéreur de la jeune radio en difficulté.

Cette information est à prendre au conditionnel

Virgin est à l'époque trop bien implantée auprès des médias britanniques pour se permettre de soutenir un projet pirate qui a déjà commencé à détourner une grosse part des recettes publicitaires jusqu'alors destinées aux radios indépendantes autorisées, voire aux hebdomadaires musicaux. Ce qui, en revanche, est exact, est le fait que le multimilliardaire Branson souhaite acquérir une station de radio. Ce qu'il fera en avril 1994 avec "Virgin 1215".

Virgin 1215, comme son nom l'indique, émet sur 1215 kHz en OM, fréquence qui correspond à la longueur d'onde longtemps utilisée par BBC Radio One : 247m. En France, à la fin des années 90, Virgin possède 100% du capital de la station FM de région parisienne, "Ouï FM". Et bien sûr Branson a enrichi son empire de boissons sucrées (Virgin cola, Virgin pulp…) et de montgolfières avec lesquelles il fait le tour du monde.

Parmi les possibles repreneurs de Laser 558, on évoque également le nom de Spangles Muldoon, alias Chris Cary, ex-animateur de Radio Caroline et RNI, directeur, à l'époque, de la station irlandaise Radio Nova. Devenu richissime, Maldoon, fut soupçonné d’avoir trempé dans de louches affaires de décodeurs pirates et de cartes de crédit falsifiées. On avait retrouvé à son domicile un émetteur de télévision d'une valeur de £ 10 000 000… passé en fraude en Irlande. Il est mort en février 2008.

Le 10 février, Laser disparaît encore des ondes radiophoniques

L'absence dure quatre jours. L'antenne, une fois de plus, est hors d'usage. Le lendemain, le navire part à la dérive. Heureusement, la tempête se calme quelque peu et l'équipage parvient à sauver la situation grâce à l'ancre de secours. Cet incident est un signe avant-coureur de la catastrophe qui se produira fin 1985. La même cause (la chaîne d'ancre qui casse) provoque des effets dévastateurs : le Communicator dérive de longues heures en mer du Nord. Affolé, l'équipage demande l'aide des autorités britanniques. C'était, certes, l'erreur à ne pas commettre, mais nul ne peut blâmer des gens en danger de mort. Un vaisseau de sa très gracieuse Majesté remorque le bateau-radio et le conduit à quai pour y effectuer des réparations. Mais chaque jour passé à terre ne fait que compliquer les problèmes financiers de Laser 558.

Les autorités mettent la pression...

Entre-temps, Laser 558 ainsi que Radio Caroline avaient fait l'objet d'une surveillance rapprochée connue sous le nom de "Eurosiège 85" : le DTI ( British Department of Trade and Industry ) dispose d'hélicoptères et de croiseurs dont le but est d'espionner les deux radios pirates, photographiant quiconque se rendant à leurs bords. Le porte-parole du DTI explique qu'il veut forcer les deux radios à cesser leurs programmes ; les détracteurs d'une telle action, qui parlent d'un véritable blocus, expliquent que cela coûte chaque mois £ 25 000 aux contribuables ! Simultanément les autorités commencent à inquiéter les sociétés qui prennent de la publicité auprès de l'une ou l'autre station pirate. Cette opération de surveillance cesse le 13 décembre, le DTI indiquant qu'il sait maintenant ce qu'il voulait savoir, notamment qui ravitaille les pirates (à suivre en cliquant ici ).

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