L'histoire du magnétophone et de la bande magnétique

Imaginé dès la fin du 19è siècle, l'enregistrement magnétique prit son envol après la Seconde Guerre mondiale
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De nombreux inventeurs avaient accéléré le processus (lire l'article précédent en cliquant ici ). La bande magnétique s'apprêtait à révolutionner le monde du disque et de la radio...

1931...

Louis Blattner réalise des enregistreurs magnétiques à ruban d’acier, les blattnerphones, qui équiperont les studios de la B.B.C. (fin 1933 l’Allemand Eduard Schuller dépose un brevet pour une tête d’enregistrement magnétique perfectionnée).

La même année, la firme AEG produit une machine baptisée Ferroton à laquelle la société BASF fournit la première bande magnétique commerciale nommée “bande type C”. Présentée cinq ans plus tard (en 1936) aux U.S.A., dans un premier temps, cette nouveauté révolutionnaire ne recueillera pas le moindre intérêt, peut-être tout simplement en raison de son aspect encombrant. Citons, par exemple, le magnétophone de Lorenz dont les dimensions sont malheureusement peu commodes pour que son emploi puisse se généraliser: utilisant un ruban métallique de 3 millimètres de largeur, l’engin permet une durée d’enregistrement de 30 minutes sur une longueur totale de 2 800 mètres avec une vitesse de défilement de 1,5m/seconde... mais la bobine pèse près de 15 kilos, et la machine dix fois plus. Bref, l'Américain boude le magnétophone.

1935…

L'Allemagne, en revanche, se montre enthousiasmée par l'engin, présenté à la “Berlin radio fair”, et, à priori, destiné à l’enregistrement de concerts (Le premier enregistrement sur bande magnétique de musique symphonique recensé date de 1936). Mais, rapidement, les chercheurs allemands améliorent l’engin afin de lui trouver des utilisations militaires.

1945…

Lorsque la guerre s’achève, les troupes alliées investissant l’Allemagne ont l’impression de "découvrir" le magnétophone, couramment utilisé par l'état-major nazi. Or, après avoir expédié cette "étonnante machine" aux Etats-Unis, les Américains réalisent finalement qu’ils s’agissait de la même que celle qu’ils avaient boudée neuf ans auparavant! Inutile de dire que, par la suite, les Américains ne se sont pas fait prier pour utiliser un procédé aussi pratique; durant les années 50 et 60, l’Américain moyen en était friand, tout autant dans sa voiture où il installait un lecteur de cartouches, qu’à domicile où, autant que sur disque, il pouvait retrouver ses artistes préférés sur bande ( reel to reel , ce qui signifie littéralement “de bobine à bobine”).

fin des années 40...

Si l’usage du magnétophone est inappréciable dans le monde du disque, il en va pareillement pour celui de la radio: sans lui, le montage prenait des allures de tour de force! Avec une paire de ciseaux, du ruban adhésif et une bande magnétique, on peut désormais tout se permettre. C’est fascinant... et dangereux: le discours d’un homme politique peut être monté différemment pour lui faire dire son contraire sans que l’auditeur, à priori, ne se rende compte de rien. A tel point qu’un enregistrement n’a pas de valeur juridique.

1950...

Du nouveau pour les professionnels de la radio, jusqu’alors accoutumés à réaliser leurs reportages en extérieur sur du matériel lourd, encombrant et fragile: Stéphane Kudelski construit les premiers Nagra , magnétophones portatifs d’une qualité extrême, à tel point qu’ils deviennent le fidèle compagnon des techniciens qui accompagnaient les reporters de Radio-France.Le Nagra était encore laréférence en matière de magnétophone à bande, notamment pour le cinéma ( Nagra 4 stéréo ) jusqu’à l’apparition de l’enregistrement numérique.

1951...

Après la bande magnétique, voici la bande thermoplastique. Elle permet la mise au point du dictaphone et d’une machine encore plus performante nommée le Tefi ; cet engin utilise un ruban de 45m de long et de 16 mm de large; curieusement, le sillon est gravé et lu par un saphir, comme s’il s’agissait d’un disque.

Années 60 et ensuite...

La bande magnétique voit son nombre de pistes augmenter au fur et à mesure que les studios d'enregistrement se perfectionnent. En 1958, l’enregistrement Ampex sur quatre pistes (nom formé avec les initiales de la société Alexandre Mendelzieff Poniatoff Excellence fondée en 1944) porte déjà les prémices de la quadraphonie qui naîtra en 1970.

En quelques années, du milieu des années 60 à celui des années 70, on passera du studio 4-pistes à celui équipé en 250, voire 500 pistes! Parallèlement, le temps passé en studio pour la réalisation d'un disque augmente de manière considérable... surtout si l'on comptabilise la durée du mixage.

Le magnétophone courant, à la disposition de l’amateur, possède généralement deux vitesses de défilement (9,5cm/seconde et 19cm/s), parfois une troisième (4,75cm/s), dont la musicalité laisse à désirer, et qui reste, généralement, confinée à l'enregistrement de la parole. La qualité d’enregistrement et de reproduction, en effet, augmente avec la vitesse. C’est pourquoi les professionnels utilisent, eux, la vitesse 38cm/s (la minicassette, quant à elle, ne tourne qu’à 4,75cm/s). Pour en savoir plus, cliquer ici .

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