Quatorze CD pour marquer les dix ans de la mort de Gilbert Bécaud

Il disparut le 18 décembre 2001. En attendant une monumentale intégrale, une première livraison est sortie ces jours-ci. Retour sur une fabuleuse carrière

C'est le cadeau de Noël de la dernière minute : Frémeaux et Associés (qui se présentent comme "Le site de référence du patrimoine sonore musical et parlé"... et c'est vrai) propose une première "Anthologie" consacrée à la période 1953-1959. Parallèlement EMI commercialise un coffret de douze CD "d'époque" intitulé "L'Essentiel". Bref, au total, avec les deux achats, plus de 300 chansons dont nous allons évoquer quelques-unes, et plus précisément celles qui ont eu du succès dans le monde entier, souvent en langue anglaise.

Tout a commencé au début des années 50

Bécaud commence à être un peu connu en France mais il est loin de penser que ses chansons vont conquérir la planète… alors que lui restera dans l’ombre car il n’a pas encore enregistré une seule chanson en anglais.

"Le Jour où la pluie viendra"

Cet énorme succès, pour lui, en France, apportera à son créateur un début de renommée à l’étranger. La version anglaise par Jane Morgan, “The Day The Rain Came Down”, sera n°4 en Angleterre et n°21 aux U.S.A.Mais l’anecdote la plus surprenante se rapporte pourtant à Dalida, qui l’enregistra également en allemand sous le titre “Am tag als der regen kam ” : durant l’été 1958, l’Allemagne traversa une période d’extrême sécheresse sur l’ensemble de son territoire. Or, au moment où Dalida interpréta la chanson à la télé allemande, remportant le trophée du Lion d'Or, un orage éclata, et apporta enfin la fraîcheur si longtemps attendue. Le lendemain, le disque de Dalida se vendait par dizaines de milliers. Et dire qu'en France, au contraire, lorsque la chanson était sortie (automne 1957), la capitale et sa banlieue craignait de subir des inondations, suite à de désastreuses intempéries !

Je t'appartiens (Let it be me)

La version originale, enregistrée de magistrale façon en 1957 par Gilbert Bécaud (et, accessoirement, par les Compagnons de la Chanson) était plutôt à connotation mystique, voire religieuse. En traversant l'Atlantique, elle se transforma en chanson d'amour, et fut interprétée, au fil des ans, par les plus grands noms de la chanson américaine : les Everly Brothers, Bob Dylan et Elvis Presley (entre autres)... jusqu'à Françoise Hardy qui la chanta en anglais. En France également puisque Eddy Mitchell l'enregistra en 2009 sur le CD "Grand Ecran" ( http://www.suite101.fr/content/eddy-mitchell-son-hommage-au-grand-ecran-a5415 )

Et maintenant (What Now My Love)

Enorme succès en france pour son créateur, “Et Maintenant” est, à l’étranger, presque aussi populaire que “My Way / Comme D’Habitude”. C’est un standard, repris, en français, entre autres, par Marianne Faithfull et Eddy Mitchell en 1966, en anglais par Petula Clark, Shirley Bassey (n°5 du hit-parade anglais en octobre 1962), Ben E. King, Elvis Presley, Frank Sinatra, Sandie Shaw, Sonny and Chèr, Andy Williams... sans compter d’innombrables versions instrumentales (Herb Alpert, James Last, Mantovani et leurs orchestres etc...). Avant la mise en place de l’euro, un chiffre impressionnant était tombé : « Et maintenant » avait rapporté un milliard de centimes à notre pays. Le plus drôle de l'histoire est qu'un parolier vraiment pas "dans le coup" commit la gaffe de sa vie en faisant les démarches nécessaires afin de pouvoir traduire et adapter en français ce tube américain appelé « What Now My Love » !

Comment cette chanson est-elle née ?

Sur le vol Paris-Nice, Gilbert Bécaud rencontra l'actrice Elga Andersen qui vivait alors un douloureux chagrin d'amour. Toujours galant, Bécaud s'évertue à trouver les mots qu'il faut pour lui "remonter" le moral (qui est pourtant indiscutablement "très haut", au moins en altitude). Malgré ses efforts, la pauvre, ne peut que répéter inlassablement : " Et maintenant, qu'est-ce que je vais faire ? ". La phrase impressionne Bécaud ; de retour à Paris, il s'empresse de demander à son fidèle Pierre Delanoë de broder à partir du thème "Et maintenant, qu'est-ce que je vais faire ?".

Seul sur son étoile

Le titre passa fréquemment sur les radios françaises en 1967, et connut une carrière encore plus fulgurante dans les pays anglo-saxons : la version de Vicky Carr, "It must be him", se retrouva n°2 en Angleterre et n°3 aux USA. De nombreux autres artistes ont interprété Bécaud en langue étrangère, particulièrement l’anglais. L’Américain Neil Diamond, pourtant grand auteur-compositeur lui-même, rendit hommage au Français (« Mama don't know », « Summerlove », « Hey Louise ») et décrocha un joli succès avec la version anglaise de « C'est en septembre » : « September Morn ». Demis Roussos quant à lui aura un joli succès avec “My Emotion”.

Un peu d'amour et d'amitié…

Bécaud, enfin par lui-même, envahira les hit-parades du monde entier (jusqu’au Japon) avec « A Little Love And Understanding » qu’il avait écrite lui-même sous le titre « Un peu d'amour et d'amitié ». une juste reconnaissance !

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