"Radioactif" : les mémoires de Pierre Bouteiller

Ce grand homme de radio a publié, en 2006, un livre passionnant qu'on arrive encore à trouver aujourd'hui. Vite... avant qu'il ne soit totalement épuisé

Pierre Bouteiller fut parfois considéré comme impertinent par le pouvoir, ou plus exactement persifleur. Certes il le paya, mais quels souvenirs à raconter ! Ce qu'il fit, d'ailleurs, dans cet excellent ouvrage sorti aux éditions Robert Laffont et dont le titre est explicite : "Radioactif".

L'après - "Mai 68" de Bouteiller

Coincé entre un éditorial de Jean Grandmougin et une chronique de Michel Droit, Pierre Bouteiller, en 1973, a véritablement l'impression que France Inter est épiée en permanence par le ministre de l'Intérieur Raymond Marcellin. " Le meilleur slogan jamais trouvé pour France Inter, c'est le célèbre Ecoutez la différence , même si les persifleurs s'empressèrent de le transformer en un Ecoutez la déférence que la radio publique de ces années de giscardisme triomphant méritait largement", écrit-il.

La "mauvaise réputation" (!) de Bouteiller avait commencé fin 1971

Un de ses équipiers était parvenu à débusquer la raison du courroux de Maurice Clavel sur le plateau d' Armes égales le 13 décembre. " Messieurs les censeurs, bonsoir "... Tout le monde se souvient de cette joute oratoire qui opposa Clavel à Jean Royer, maire de Tours. En revanche, si le coup de gueule est entré dans l'Histoire, nul n'est capable aujourd'hui de rapporter ce qui déclencha sa fureur (faites le test autour de vous !).

Retour sur les faits

Une interview de Pompidou a été publiée dans le New York Times Magazine . Pompidou n'a pas caché son irritation envers la Résistance. Ses mots ont été forts durs, puisqu'il a utilisé le terme "I hate" ("Je déteste"). Le commentaire de Clavel avait été préenregistré :

- "Le Président de la République confie à un très grand journal américain l'aversion et l'agacement que lui inspire la Résistance française".

Or, au montage, le mot aversion a été gommé, adoucissant ainsi la prise de position de Pompidou telle qu'elle a été ressentie par Clavel. Ulcéré, celui-ci quitte le plateau.

La giscardie imposa à Bouteiller un service minimum

Son heure matinale (9h - 10h) fut réduite de moitié en 1975 et se déplaça en début d'après-midi, et encore de moitié en 1978, de 14h à 14h15. Il ne retrouvera un magazine de durée correcte qu'en 1988. Et puis, finalement, comme il y a quand même une morale à l'histoire, Bouteiller se verra nommer à de très hautes responsabilités à l'extrême fin des années quatre-vingt. Cela valait la peine de s'accrocher !

C'est lui qui donnera sa première chance à l'impertinent Laurent Ruquier qui, lui aussi, risquera son siège dans la Maison ronde pour cause de persiflage, avant de s'engager dans un bras de fer avec la direction de France Inter.

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