Andrée Putman, retrospective sur la reine du design

La ville de Paris présente une grande ambassadrice du style, sa notoriété dépasse largement l'hexagone pour devenir une icône parisienne jusqu'à New York.

Andrée Putman, de ses premiers pas dans le stylisme à sa première agence de design et d’architecture d’intérieur, cette icône new-yorkaise reste l’une des figures majeures du style, reconnue internationalement pour sa signature originale et unique, l’art de l’épure et de la retenue, avec parfois une pointe de fantaisie. La Ville de Paris met à l’honneur cette grande créatrice parisienne.

L’enfance de l’art

Née en 1925 à Paris, elle passe tous ses étés à l’abbaye cistercienne de Fontenay en Bourgogne dont la sobriété des lignes influencera le style Putman, un style épuré qui la caractérise bien. Destinée à la musique sous l’influence de sa mère, elle préfère se tourner vers les arts visuels.

Rapidement Andrée Putman passe de la musique au journalisme et au stylisme, devient directrice artistique puis collabore avec l’agence Mafia, avant de se rapprocher de la mode et des industriels.

En 1978, elle crée l’agence Ecart international, pour rééditer des meubles conçus par des créateurs, puis collabore avec des grands noms de la mode, comme par exemple Mugler, Saint Laurent ou Castelbajac, pour y concevoir des boutiques, avant de s’envoler vers New-York.

Elle deviendra ainsi la représentante d’un design français moderne, et crée l’hôtel Morgans à Manhattan. Auréolée par son succès, elle triomphe ensuite à Paris dans de nombreux réaménagements dont celui du Concorde, puis continue de multiplier ses activités autour de marques prestigieuses.

En 1998, l’agence Andrée Putman, de design et d’architecture intérieur, succède à Ecart.

Design et reconnaissance

Figure de la vie nocturne dans les années 1980 et amie des artistes d’avant-garde, elle reste fidèle à son exigence personnelle d’harmonie, épouse les attentes secrètes d’une époque prise dans le tourbillon des formes et l’abondance des objets.

« Mes lieux sont simples, mais dépersonnalisés, sereins mais pas froids, séduisants mais pas opulents, doux mais pas nostalgiques, épurés mais pas restrictif ». A.Putman

Sa célèbre salle de bains en damier noir et blanc et son piano Pleyel deviennent le symbole de son style. L’emploi des lavabos industriels fait aussi fureur aux Etats-Unis.

Elle a su concevoir à son image, un style fait de retenue et de fantaisie, d’austérité et de douceur, pour l’aménagement d’espaces publics, des hôtels, des magasins, des musées et quelques bureaux ministériels, en même temps qu’elle réalisait de nombreuses résidences privées.

Avec son œil infaillible elle édite des sièges et des luminaires empruntés à l’idée de certains créateurs oubliés des années 20 ou 30. Une ambiance originale et raffinée avec des matériaux plutôt modestes sublimés par sa signature, avec des formes géométriques rigoureuses qui ne recherchent pas le confort avant tout, mais l’idée du beau qui tend à magnifier l’objet en question.

Guerlain, Lagerfeld, Christofle et bien d’autres font appel à elle au cours de sa carrière. Cette voyageuse infatigable exerce son art à l’international et devient une icône du design.

L’exposition, une rétrospective de l’ensemble de sa carrière.

C’est à travers son portrait et des photographies que l’on découvre ce personnage, avant de progresser vers la reconstitution d’espaces intérieurs et la présentation d’éléments de mobilier. Fauteuils du Concorde, Baignoire Boule, fauteuils, piano, tables, chaises,mobilier design… une sélection qui retrace bien la vie si créative de cette ambassadrice du style. Noir, blanc, gris, beiges, des couleurs récurrentes chez cette designer qui aime à s’amuser avec les milliers de déclinaisons d’une même teinte. Diaporama et réalisations filmiques achève de présenter cette exposition comme une réussite, dans une proposition assez complète de l’artiste.

A la fois éclatante et mystérieuse, cette grande dame du style admirée par ses amis artistes et photographiés par de grands portraitistes jusqu’à Pierre et Gilles, apparaît toujours droite et sculpturale à l’image de son œuvre. Un style porté par un regard visionnaire sur le monde des choses et des objets, une conception originale qui sait transcender le classique dans une certaine idée de la modernité. Quelque chose qui relève de l’intemporel à travers une esthétique épurée qui prime à chaque instant dans la pureté des lignes, quelque chose de simple et pénétrant, c’est Andrée Putman.

A voir absolument.

Une exposition gratuite à l’Hôtel de Ville de Paris, proposée par le département des expositions, jusqu’au 26 février 2011.

Au 5 rue Lobau dans le 4ème de 10h à 19h tous les jours sauf le dimanche.

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