Marcoule : un accident industriel, pas un accident nucléaire

L'explosion d'un four d'incinération de déchets radioactifs à Marcoule est une catastrophe industrielle majeure, mais pas un accident nucléaire.

La ministre de l'Ecologie Nathalie Kosciusko-Morizet est la première à avoir utilisée l'expression : le terrible accident survenu dans un four d'incinération de déchets radioactifs est "un accident industriel, pas un accident nucléaire". Explications.

Pas un site de production nucléaire

Le four d'incinération qui a explosé n'est pas situé sur un site de production nucléaire (centrale nucléaire), mais dans une unité de retraitement de déchets "faiblement et très faiblement radioactifs". En clair, l'usine Centraco de Condolet où s'est produite l'accident est spécialisée dans le retraitement de déchets, principalement métalliques, ayant été en contact avec de faibles doses de radiation.

Centraco est notamment chargé du retraitement des déchets hospitaliers, suite notamment aux radiations des radios médicales. Les risques extérieurs de contamination n'étaient par conséquents pas totalement nuls, mais infimes.

De plus le centre de Marcoule (dont dépend l'usine de retraitement) n'est pas une centrale nucléaire (comme présentée dans un premier temps) mais un centre de recherche nucléaire, notamment dédié sur la gestion des déchets radioactifs. Il n'y avait par conséquent pas de risques "d'accident nucléaire" stricto senso qui ne peut intervenir qu'en cas de perte de contrôle du processus de fission de l'atome pour générer de l'énergie.

Toutefois, le fait que l'accident ne se soit pas produit sur un site de production ne signifie pas qu'un incident nucléaire (voire ci-dessous) eut été impossible et des incidents nucléaires (parfois mortels) ont déjà été déplorés, notamment dans des cadres hospitaliers, suite à une mauvaise gestion des doses de radiation auxquelles patients et professionnels étaient exposés.

Pas de fuite radioactive

De plus, et c'est sans doute le point principal, le fait qu'il n'y ait eu aucune fuite radioactive observée induit que l'accident intervenu à Marcoule ne peut être considéré comme "accident nucléaire" même dans l'acceptation large du terme.

Les autorités de sûreté nucléaire ont très rapidement garanti qu'aucune fuite radioactive n'avait été observée et que les employés de l'usine Centraco n'avaient pas été exposés (y compris pour les victimes de l'explosion).

Il s'agit évidemment de l'explication principale sur laquelle se sont appuyés les responsables politiques et ceux de la filière pour affirmer qu'il ne s'agissait en aucun cas d'un accident nucléaire.

Ecart, anomalie, Incident, accident

Il faut de toute façon être extrêmement prudent avec les termes utilisés en cas "d'évènement" nucléaire et à moins d'une catastrophe de l'ampleur par exemple de Fukushima, il est souvent impropre de parler "d'accident nucléaire".

L'échelle INES (graduée de 0 à 7) qui fait référence au niveau international, fait la distinction entre 4 termes en fonction de la gravité de "l'évènement" : écart, anomalie, incident et accident. L'intérêt de ce découpage très spécifique est de renforcer la sûreté nucléaire en forçant les exploitants à rendre public les moindres écarts de conduite.

Les écarts de niveau 0, les anomalies de niveau 1, voire les incidents de niveau 2 représentent des dysfonctionnements souvent anodins (notamment des procédures mal respectées). Ils doivent toutefois être reportées et rendus publics.

Les "accidents nucléaires" souvent évoqués dans les médias ne représentent en réalité que les évènements nucléaires les plus graves et dangereux.

Un accident industriel dans un contexte spécifique

Malgré tout, l'explosion du four d'incinération à Marcoule est un accident industriel qui intervient dans un contexte spécifique, celui d'une industrie oeuvrant dans un environnement radioactif. Il sera indispensable que dans les semaines à venir, les exploitants prennent pleinement en compte les enseignements de la catastrophe pour limiter à l'avenir les risques (radioactifs, chimiques, mais aussi conventionnels), notamment pour le personnel.

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