Kerimov s'offre Eto'o

Le feuilleton de l'été touche à sa fin : Eto'o va s'engager avec l'Anzhi Makhatchkala. Il y percevra un salaire record de 20 millions d'euros par an.

Entamées il y’a plusieurs semaines, les négociations entre l’Inter Milan et l’Anzhi Makhatchkala ont finalement abouti au transfert de la star camerounaise, Samuel Eto’o, en Russie, pour trois ans et un montant estimé à environ 29 millions d’euros. L’amateur de sport qui suit tout cela de loin croira à un canular. Celui qui s’intéresse d’un peu plus près au club daghestanais et à son propriétaire, Suleyman Kerimov, sera moins surpris.

A 45 ans, le milliardaire Suleyman Kerimov demeure un personnage assez secret, comme le note le site korrespondent.net . Il n’aime pas s’exprimer, sauf lorsqu’il s’agit de sport, sa passion depuis l’enfance. Né à Derbent au Daghestan, il a fait fortune dans les années 90 en rachetant Nafta-Moskva, une société pétrolière. Il a depuis pris des parts dans différents secteurs de l’économie tels que l’extraction d’or, la construction, les médias, les banques ou l’industrie chimique. Avec un actif estimé à 7,8 milliards de dollars, il serait le 19ème homme le plus riche de Russie, selon le magazine Forbes.

La 19ème fortune russe au service du club de Makhatchkala

Le richissime homme d’affaires, qui est également représentant du Daghestan auprès du Parlement russe, n’a jamais oublié sa passion pour le sport. Depuis 2004, il a sponsorisé de façon conséquente la Fédération russe de lutte. Et depuis cet hiver, il est donc le propriétaire d’Anzhi, le club de Makhatchkala, capitale de son Daghestan natal, qui était jusqu’alors principalement financé par les pouvoirs publics locaux, et venait à peine de remonter en première division russe après 13 années passées à l’étage inférieur.

Anzhi, un projet politique ?

Les motivations de Kerimov ne sont certainement pas financières : on doute que le milliardaire ne récupère un jour les fortunes qu’il a déjà dépensées. L’achat de Roberto Carlos, par exemple, ne ressemble pas à un investissement. Le Brésilien, âgé de 38 ans, a peu de chances d’être revendu un jour. Si Kerimov a repris Anzhi, ce serait plutôt pour des raisons politiques. On sait à quel point succès sportif et pouvoir sont liés. S’il réussissait son pari de faire de Makhatchkala une place forte du football européen, le businessman originaire du Daghestan accroitrait sans contexte son influence sur cette région, gangrénée par la violence et le terrorisme .

Kerimov, mécène du sport daghestanais

D’ailleurs, l’emprise du club de Kerimov sur la république caucasienne se vérifie dès la sortie de l’aéroport : « Le Daghestan, c’est le territoire d’Anzhi ! Bienvenue ! » (voir photo ci-dessous), peut-on lire sur la route qui mène à Makhatchkala. Derrière ce slogan, il y a une volonté réelle chez le nouveau propriétaire du club de construire bien plus qu’une équipe. Kerimov ne se contente pas de faire venir des vedettes. Il compte bien développer de façon durable, à travers le football, sa république natale. En témoignent les 1,4 milliards de dollars, investis au mois de juillet dernier par son entreprise, dans le transport et la construction d’infrastructures sportives.

Des projets pharaoniques

Le projet prévoit notamment la construction d’un stade de 40 000 places, d’un centre d’entrainement et d’un hôtel cinq étoiles à Kaspiisk, près de la capitale daghestanaise. A Makhatchkala même, une académie de football pour les jeunes devrait voir le jour dans les mois à venir, suivie de plusieurs autres dans d’autres villes du Daghestan. Kerimov a également annoncé la construction de pas moins de cent terrains dans toute la république caucasienne. Autant dire que le propriétaire d’Anzhi ne veut pas seulement hisser son club au sommet de la hiérarchie nationale, voire continentale, il veut véritablement transformer le Daghestan en vivier du football national

La venue de tels joueurs crédibilise l’entreprise de Kerimov

Dans ce contexte, la venue d’une “tête d’affiche“ comme Eto’o crédibilise totalement l’entreprise de Kerimov. Encore plus que les transferts précédents de Roberto Carlos, de Boussoufa ou plus récemment de Youri Zhirkov. Le premier est une ancienne gloire du football mondial, le second n’a jamais vraiment explosé au niveau continental, et le troisième, n’ayant pas réussi à s’imposer à Chelsea, a choisi la facilité et l’argent en rentrant au pays, ce qui lui a d’ailleurs valu d’être copieusement sifflé par son propre public lors de sa dernière apparition en sélection nationale. Samuel Eto’o est un joueur d’un autre calibre. Ses trois ligues des champions remportées et ses innombrables titres nationaux auxquels il a très largement contribués en font un des tout meilleurs attaquants d’Europe, qui à 30 ans est encore loin d’avoir dit son dernier mot.

Eto’o fait franchir un pallier à Anzhi…

Son arrivée constitue donc une formidable publicité pour Anzhi, mais aussi pour le championnat russe, qui depuis plusieurs années ne cesse d’accueillir des légionnaires de plus en plus prestigieux. Pour l’instant le club de Makhatchkala se bat pour accrocher la troisième place synonyme de tour préliminaire de Ligue des champions, ce qui n’est pas forcément acquis car plusieurs autres grosses écuries la convoitent (Dynamo, Spartak, Rubin, Lokomotiv). Nul doute que dans cette optique, le renfort d’un attaquant comme Eto’o pourrait s’avérer déterminant. Kerimov le sait, et c’est la raison pour laquelle il n’a pas lésiné sur les moyens.

… et à la folie du marché des transferts

On parle en effet d’un salaire annuel de 20 millions d’euros, ce qui constitue un record absolu dans l’histoire du football. Le joueur le mieux payé actuellement est Cristiano Ronaldo, qui touche 13 millions par an au Real. Eto’o, lui, va pratiquement tripler son salaire puisque l’Inter le payait 7,5 millions annuels. D’autant que, comme le faisait remarquer le journal Kommersant , la “générosité“ de Kerimov ne s’arrêtera certainement pas là. Le richissime propriétaire du club de Makhatchkala avait notamment offert à Roberto Carlos une Bugatti Veyron pour son anniversaire .

Le businessman daghestanais est donc vraiment prêt à tout pour hisser sa république au sommet du football russe. Avec de tels renforts (Eto’o ne sera surement pas le dernier), il pourrait bien réussir dans son entreprise, ce qui ne serait pas sans créer quelques tensions. Car dans le contexte actuel, les supporters des clubs du nord supporteraient sans doute assez mal de se voir rafler leur leadership par des Caucasiens…

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