Medvedev, démocrate ou démagogue?

Le président russe a une fois de plus exprimé sa volonté d'améliorer la situation de la démocratie dans le pays. Ce discours sera-t-il suivi d'effets?

Lorsqu’en mai 2008, Vladimir Poutine cède son siège de président à son favori, Dmitri Medvedev, la Russie est déjà engagée depuis quelques années sur la voie de la "démocratie souveraine". C’est-à-dire un régime assez autoritaire, basé en théorie sur une constitution semblable à celle des pays occidentaux, en pratique sur la seule volonté du Président. La majorité des observateurs se demandent alors si l’élève va manger le maître, ou s’il va sagement poursuivre sur la voie tracée par ce dernier. En d’autres termes, on se demande si le président Medvedev sera plus démocrate et plus réformateur que son prédécesseur, ce que son parcours jusqu’ici pouvait laisser supposer. Dmitri Mededev est en effet spécialisé dans le droit, de tendance plutôt libérale alors que Vladimir Poutine est issu de "l'ancienne école", celle du KGB.

Dmitri Medvedev, réformateur ou beau-parleur ?

Aujourd’hui encore, il est difficile de répondre à cette question. Au regard des discours de Dmitri Medvedev, qui n’a de cesse d’appeler à la modernisation, au développement et à la démocratisation du pays, on peut penser qu’il veut engager la Russie sur la voie des grandes réformes. Mais si l’on se base sur les résultats concrets, comme l’avait fait Oleg Kachine avant d’être agressé , on a tendance à penser que la situation politique du pays n’a pas vraiment changé. La récente sortie du Président vient à nouveau de soulever ce débat.

Allusion révélatrice à la Russie de l’époque brejnévienne

Dans une intervention remarquée , Dmitri Medvedev a alerté cette semaine ses concitoyens sur le fait que la « stabilisation du pays ne devait pas se transformer en stagnation ». En employant le mot "stagnation", il a fait référence à une période historique du même nom, celle correspondant au règne de Leonid Brejnev. Ce dernier, en succédant à Nikita Khrouchtchev en 1964, mettait un terme définitif à une période historique, connue celle-ci sous le nom de "Dégel". Juste après la mort de Staline, un vent de liberté avait soufflé sur l’URSS, où les citoyens, dans un élan d’optimisme, avaient cru en un « socialisme à visage plus humain ». Leur enthousiasme avait de nouveau été gelé sous Brejnev jusqu’à l’arrivée de Mikhaïl Gorbatchev et de sa Perestroïka , en 1985.

Réintroduire la concurrence entre les partis

Le terme de stagnation, employé par Dmitri Medvedev, est donc lourd de sens. Il peut signifier pour certains que le successeur de Vladimir Poutine admet ce que beaucoup pensent depuis quelques années : la Russie a refermé la parenthèse démocratique et s’est transformée en une dictature semblable à celle qui avait cours à l’époque soviétique. Sans aller jusque là, le président Medvedev a tout de même reconnu explicitement que la concurrence entre les partis avait disparu, et qu’il fallait la réintroduire, de façon à ce que le peuple soit mieux représenté. Ce n’est pas une moindre avancée.

Un discours à la fois très apprécié…

Du reste, l’ensemble de la classe politique a salué ce discours . Le communiste Ivan Melnikov s’est ainsi réjoui de ce que le Président ait décrit une situation conforme à la réalité. Nikolaï Levitchev, leader de la fraction libérale Spravedlivaïa Rossija, s’est lui déclaré « heureux que le Président ait souligné une fois de plus la nécessité d’augmenter le niveau de concurrence politique ».

Cependant, chez la majorité des acteurs de la vie politique russe, en particulier ceux qui font partie de l’opposition, cette satisfaction vis-à-vis du discours réaliste du Président s’accompagne d’un certain scepticisme quant à ses effets réels.

… et très critiqué

Sergeï Mitrokhine, leader du parti de droite Yabloko, regrette ainsi que Medvedev en reste toujours au stade du discours, car selon lui « le Président ne doit pas être un politologue mais un homme qui peut réellement changer les choses dans son pays ». Un avis partagé par beaucoup de ses confrères, de quelque parti qu’ils soient. Le communiste Sergeï Obukhov, par exemple, invite Dmitri Medvedev à s’appuyer sur l’expérience de Mikhaïl Gorbatchev, qui, lui, a su déclencher la Perestroïka. Il faudrait selon lui commencer par « laisser les émissions d’analyse et de critique faire leur retour sur les écrans de télévision russe ». Igor Yurgens lui-même, proche du président Medvedev auprès duquel il est conseiller en matière de développement du pays, considère qu’il « n’y a pas besoin de prendre des mesures particulières, il serait suffisant d’observer les normes constitutionnelles en ce qui concerne la liberté d’expression, la liberté d’association, la liberté de réunion ».

Le discours de Dmitri Medvedev sur la nécessité de réintroduire la concurrence en politique est-il donc un nouvel effet d’annonce, ou sera-t-il suivi de résultats ? Pour le politologue Stanislav Belkovski , cela ne fait aucun doute : « Ce n’est pas la peine de s’attendre à des changements, il n’y en aura pas ».

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