UNION EUROPÉENNE: Le ver est dans le fruit

Selon la théorie des systèmes, une partie affectée contamine fatalement ses autres membres. Tel est le ca de l'Union européenne, ensemble fortement intégré.

Hormis aux époques des deux Grandes Guerres, jamais l’Europe n’aura autant défrayée la chronique. Et ce n’est guère à cause d’une conflagration résultant d’un conflit armé entre ses États membres. La "vieille Europe", dans sa partie occidentale du moins, a su se débarrasser de ses vieux démons depuis plus de cinquante ans. Pour se poser en modèle de stabilité politique et économique. Au point que de nombreux pays de l’Est se sont bousculés au portillon, après s’être affranchis de la pesante tutelle de l’Urss, afin d’adhérer à l’Union européenne(UE). Poussant l’Europe, dans son élargissement, a ratissé si large que plusieurs experts s’interrogent aujourd’hui sur ses motivations d’alors. Es-ce flattée dans le sens du poil, ou pour satisfaire à une réelle stratégie de géopolitique, que l’UE s’est amorcée en dépit du bon sens ? D’autant que les différences aux niveaux économique, politique, idéologique, culturelle etc., affleurent à vue d’œil entre ses membres. Car qu’ont en commun l’Allemagne et l’Irlande ; la France et la Hongrie ? Une filiation moyenâgeuse qui aujourd’hui sépare plus qu’elle ne lie les États européens. Certains se sont hissé au panthéon de la modernité cependant que d’autres en sont encore à en rassembler les conditions. Au petit bonheur la chance. Tout ce beau monde se retrouve vaille que vaille dans un même ensemble, coincé dans la promiscuité plus que dans l’unité des visions. Et des critères d’un projet commun.

C’est ce à quoi répugne l’Allemagne.

Ceux qui se ressemblent…

Berlin a toujours été réfractaire à une Europe fourre-tout, où les divergences culturelles ne constituent que le moindre de ce qui est acceptable pour vivre ensemble. Les exigences des Allemands renvoient au strict respect des "Critères de convergence de Maastricht de 1992"(1). Car le géant européen a toujours craint le nivellement vers le bas : que les faiblesses d’un tiers puissent devenir celles des autres. Ou de tous. Pour le reste il y a toujours place pour l’accommodation, tant que les vues évoluent en s’harmonisant.

Or donc face au marasme socio-économique qui frappe aujourd’hui l’Union économique et monétaire(UEM) de l’Europe, force est d’admettre que les inquiétudes de l’Allemagne étaient prémonitoires. D’autant que c’est le pire scénario appréhendé qui est à l’œuvre aujourd’hui : à savoir le renflouement d’un pays en cessation de paiement par ses partenaires ; et la répudiation de la dette de ce pays. Une situation qui oblige les autres pays partis de la zone euro à une solidarité qu’avait toujours voulue éviter Berlin. C’est avec le sentiment d’avoir été flouée que La chancelière Angela Merkel constate que tous n’avaient effectivement pas satisfaits aux critères d’adhésion à l’UEM. Un sentiment partagé a posteriori par Nicolas Sarkozy. Au point que le président français en fustigea publiquement la Grèce lors du dernier sommet du G20 tenu à Cannes. En dépit de toute tenue diplomatique. Ce qui démontre le niveau de frustration qui prévaut au sein de l’Union européenne. Pis, certains de ses membres, tels la Slovaquie, se font tirer l’oreille pour participer au Fonds européen de stabilité financière (FESF). Au motif que cette jeune république n’a pas les moyens de verser à ce fonds qui requiert 440 milliards d’euros pour son renflouement. Selon un principe décidé le 21 juillet 2011 et destiné à éviter la banqueroute aux pays en difficulté.

Un remède de cheval contre une contagion généralisée, car le ver est dans le fruit. Le FESF constitue donc désormais le dernier rempart avant l’inéluctable, avant que la zone euro ne sombrât dans l’éclatement redouté de tous. Sauf des anti-Européens qui jubilent et se présentent en prophètes.

La loi du marché

Les marchés, ainsi que de véritables démiurges des temps présents, ont semblé insuffler une irrésistible lame de fond sur l’Europe. Emportant sur son passage plusieurs chefs de gouvernement que tous cependant croyaient solidement harnachés (3). Et ceci en si peu de temps que la panique a rapidement gagné les place-fortes politico-financières de l’Europe. Or donc le dernier, et non le moindre de ces malheureux dirigeants, l’Italien Silvio Berlusconi n’a pas tout à fait démérité. Troisième puissance économique européenne, l’Italie accuse une croissance soutenue tout en maitrisant l’équilibre budgétaire et le taux de chômage (environ 8%). Sur la base de ces indicateurs économiques, l’Italie de Berlusconi satisfait pleinement aux critères de convergence à l’UEM. Bien mieux d’ailleurs que la France de Nicolas Sarkozy avec un taux de chômage de plus de 9%. De plus Paris, selon Matignon, n’atteindra à l’équilibre budgétaire qu’en 2016 !

Le problème actuel de Rome, c’est une dette extérieure exorbitante (1 900 milliards d'euros), au demeurant héritée des administrations précédentes. En d’autres termes le "Cavalière" n’a rien à y avoir. Il a seulement péché à considérer que la chose n’était pas importante. Au point que, pour juguler cette souveraine, il aura négligé à faire adopter des mesures d’austérité et des réformes économiques réclamées par l’Union européenne. Il n’en fallait pas plus pour affoler des marchés d’ordinaire réputés frileux ; et qui sont sceptiques quant à la capacité de l’Italie de rembourser sa dette galopante.

Dans le contextuel actuel de panique généralisée dans l’UE la désinvolture de Berlusconi faisait désordre. L’homme aura ainsi signé son propre arrêt de mort. Lâchés par tous, aussi bien par ses pairs européens que sa coalition au parlement, Silvio Bersluconi n’a eu d’autre choix que de démissionner.

Lui qui a résisté dans son pays à tous les scandales juridico-moral (corruption, collusion, détournement de mineure, faveurs sexuels rémunérés…) a perdu face à l’implacable "loi du marché" !

Car l’Union européenne- à sa tête l’Allemagne et la France- ne font pas dans la dentelle pour juguler la crise de l’euro. Et pour tuer dans le fruit ce ver qui a tendance à devenir tentaculaire.

EMERY UHINDU-GINGALA GINGANJ

(1) http://www.vie-publique.fr/decouverte-institutions/finances-publiques/approfondissements/budget-contraintes-europeennes.html#

(2) http://lapresseaffaires.cyberpresse.ca/dossiers/la-crise-europeenne/201110/12/01-4456350-la-slovaquie-sous-pression-lue-se-penche-sur-les-banques.php

(3) Directement ou non, c’est à cause de leur performance jugée non satisfaisante sur le plan économico-financier que 9 chefs de gouvernement européens ont perdu leur poste : en Slovaquie, Hongrie, Irlande, Danemark, Grande-Bretagne, Portugal, Espagne, Grèce et Italie…

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