Les biens de 110 membres du clan Ben Ali saisis en Tunisie

Le gouvernement transitoire tunisien a annoncé la saisie des biens de 110 membres du Clan Ben Ali Trabelsi.
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Le Conseil des ministres du gouvernement transitoire tunisien a approuvé ce vendredi 25 janvier le décret-loi portant sur la saisie des biens mobiliers et immobiliers et des avoirs, sous forme d'expropriation ou de confiscation, de 110 membres du clan Ben Ali/Trabelsi.

Ces 110 personnes appartiennent aux cercles rapprochés des familles Ben Ali et Trabelsi, incluant leurs familles et leurs associés.

Une copie de la liste a été envoyée à l'agence Tunis Afrique Presse (TAP).

Les membres ont été regroupés par cercles :

  • Les filles et les fils de Ben Ali et les familles alliées
  • Les familles des frères et des soeurs de Zine Abidine Ben Ali
  • Les familles des frères et des soeurs de Leila Ben Ali

Une liste qui suscite la polémique

Cette liste des 110 suscite déjà la polémique au sein de la presse tunisienne.

Nizar Bahloul, journaliste à Businessnews, site d'information tunisien, s'interroge : d'abord, pourquoi Zine El Abidine Ben Ali et son épouse, Leila Ben Ali, née Trabelsi, ne figurent pas sur la liste des 110 ? N'ont-ils pas de biens ou d'avoirs en Tunisie ?

Ensuite, Nizar Bahloul se demande pourquoi certains personnes figurent sur la liste alors qu'elles n'ont pas fui, qu'elles se sont présentées à la Commission chargée de lutter contre la corruption, en produisant tous les documents requis ? Il s'étonne que le gouvernement de transition décide tout seul qui est innocent et qui est coupable, alors que ce rôle devrait être l'apanage des magistrats.

Autre question : pourquoi le gouvernement, s'il a décidé unilatéralement de remplacer les magistrats, n'a-t-il pas intégré les noms de plusieurs anciens ministres et hauts responsables d'organismes divers (banques, syndicats, associations) dont la culpabilité ne fait aucun doute ? Très souvent, les preuves de leur corruption circulent sur Facebook et sur Internet.

Si le gouvernement transitoire a publié cette liste pour calmer la vindicte populaire qui demande son renvoi, le résultat n'a pas toutes les chances d'aboutir. Soit les citoyens peuvent le taxer de grave ingérence dans des affaires pénales qui ne devraient être traitées que par la magistrature, soit il sera taxé de favoritisme en n'ayant pas inclus dans leurs listes des corrompus notoires.

Que vont devenir les biens confisqués ?

Autre interrogation pour African Manager: est-ce que l'état deviendra propriétaire des biens confisqués ? Si oui, va-t-il gérer lui-même ces actifs comme Tunisiana, Ennakl ou Zitouna, ou va-t-il les revendre ? Le choix de la confiscation est important, remarque African Manager, car elle se fait sans aucune contrepartie financière au contraire de la nationalisation.

Le décret-loi s'appliquera pour les biens acquis après la date du 7 novembre 1987, date de la prise de pouvoir de Ben Ali. Les biens des deux familles Ben Ali et Trabelsi et de leurs alliés sont concernés, notamment par le mariage, mais aussi après le mariage.

Les internautes tunisiens commentent le contenu de la liste des 110

Les internautes tunisiens, dans les sites ouverts aux commentaires, ne se gênent pas pour rajouter des noms sur des listes jugées incomplètes. Ils demandent, par exemple, pourquoi le fils de Slim Chiboub (gendre de Ben Ali) ne figure pas sur la liste ? Même question pour Sami El Fehry, producteur tv proche des Trabelsi, les directeurs de banque limogés, les anciens patrons du RCD (parti de Ben Ali), les représentants de grandes familles du Sahel, très privilégiées par Ben Ali originaire de cette région.

Le reproche général fait au gouvernement transitoire est le manque de communication et d'information autour de cette liste. La presse tunisienne aurait préféré que cette liste soit révélée au cours d'une conférence de presse où questions, interrogations et demandes d'explications auraient pu être traitées d'une manière beaucoup plus transparente.

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