Dans les zones polluées, pourquoi tant de gens meurent du cancer

L'Europe compte de nombreuses agglomérations et zones à risques, où les habitants décédent prématurément d'un cancer, comme à Fos sur Mer

Nicolas Sarkozy avait dit, en présentant son plan cancer, qu’il voulait mieux connaître les risques environnementaux. Beaucoup de français, vivant dans des zones exposées, estiment être des cobayes depuis 40 ans, alors que les chercheurs continuent de les observer. Dramatique !

Les pesticides et insecticides démultiplient les cancers

Une revue systématique des études qui se sont penchées sur les liens entre exposition aux pesticides et les tumeurs du cerveau chez les enfants a mis en évidence que 9 études sur 17 ont trouvé une association significative. Les résultats sont significatifs notamment lorsque les pères sont employés en agriculture avec un risque accru d'un facteur allant de 2,0 à 3,3.

Pourtant le gouvernement français et le ministre de l'Agriculture démultiplient les autorisations de commercialisation pour des pesticides et des insecticides qu'il savent extrêmement nocifs. Ainsi, L'institut de veille sanitaire révèle que le sang des Français est trois fois plus contaminé par les pesticides que celui des Américains ou des Allemands.

Comme suite 101 l'a déjà révélé dans une enquête du 15 avril 2011 "L'utilisation massive des pesticides, insecticides et autres produits chimiques s'avère de plus en plus dramatique en France". C'est du moins ce que révèle un rapport de l’Institut national de veille sanitaire (InVS) publié le 14 mars 2011, où les chercheurs indiquent que «le sang des Français contiendrait trois fois plus de certains pesticides que celui des Américains ou des Allemands...»

L’étude a été menée en 2006-2007 dans le cadre du programme national Nutrition-santé (PNNS). Elle entendait «mesurer les concentrations de plusieurs polluants de l’environnement (42 au total) dans le sang, les cheveux et l’urine de 3.100 personnes. Au total, 11 métaux, 6 PCB (polychlorobiphényles), et trois familles chimiques de pesticides (organochlorés, organophosphorés er pyréthrinoïdes) et leurs métabolites ont été dosés. Les pyréthrinoïdes sont des pesticides utilisés contre une grande variété d’insectes en agriculture, en horticulture, dans les hôpitaux, mais aussi pour un usage domestique...»

Les agriculteurs très touchés par les cancers

Vivre dans une ferme est associée à un risque accru de développer des tumeurs du cerveau. En particulier, les tumeurs primitives neuroectodermales sont 3,7 fois plus fréquentes quand l'exposition a été prénatale, et 5 fois si l'exposition a été observée pendant l'enfance.

Le travail des parents dans l'agriculture ou tout autre profession au contact des pesticides est un facteur de risque pour les tumeurs du cerveau chez l'enfant. Un large étude sur des enfants norvégiens a établi que le travail des parents avec des pesticides engendrerait un risque multiplié par 3 pour les enfants de développer certaines tumeurs du cerveau. En France, vivre dans une ferme accroît le risque pour les enfants de développer des tumeurs du cerveau d'un facteur 2,5 . Une autre étude européenne qui a suivi 520 enfants dont la moitié avec un cancer du cerveau ont montré que le risque était accru quand les parents travaillaient dans l'agriculture .

Une étude a caractérisé l'historique professionnel des parents d'enfants et a classifié l'exposition parentale aux insecticides, herbicides et fongicides agricoles en probabilité, intensité et fréquence. Il en ressort un risque plus élevé d'un facteur 1,4 à 1,6 de développer un astrocystome quand le père a été exposé aux différentes catégories de substances étudiées. Un risque plus élevé pour les tumeurs primitives neuroectodermales a seulement été identifié pour l'exposition paternelle aux herbicides (d'un facteur 1,5). En ce qui conecrne l'exposition maternelle, les risques d'astrocystome étaient accru pour les insecticides et les herbicides d'un facteur 1,5

Fos-sur-Mer et sa région constituent un laboratoire vivant de cancers

Cette terre bien connue, située entre Marseille et Camargue, vit depuis quarante ans enserrée parmi les usines. Deux petites communes, Fos-sur-Mer et Port-Saint-Louis-du-Rhône, comptant 25 000 habitants et 17 500 emplois, étouffent plus que les autres.

Lors d'une récente enquête, rue 89 révèle que cette région abrite pas moins de douze sites Seveso (présentant un risque d’explosion, d’émission de gaz toxiques ou d’incendie). De plus, à Fos, quelque 62 sites industriels sont recensés à proximité des habitations à l’ouest de l’étang de Berre.

Les journalistes de rue 89 écrivent : "Industries chimique, pétrochimique, métallurgique, gazière... émettent des polluants surveillés en permanence ( NOx , ozone, CO2, dioxyde de soufre notamment) et d’autres mesurés occasionnellement (dioxines, benzène, métaux, hydrocarbures aromatiques, composés organiques volatils...). L’ensemble forme un cocktail aux impacts certains sur la santé des riverains, mais d’une gravité ignorée.

"En l’absence de surveillance fine de ces populations, difficile d’accéder à une vérité chiffrée. L’Agence Régionale de Santé PACA reconnaît « manquer de données précises »... les associations en réclament pourtant depuis huit ans. Ce n’est pas une terre d’écolos : là-bas on est bien content de trouver du travail dans l’industrie, et on ne devient anti-usines que quand leurs fumées deviennent trop gênantes.

"Particularité locale, le maire et ses administrés n’ont aucun pouvoir sur le territoire de leur commune (50% de Port-Saint-Louis et 80% de Fos), les permis de construire industriels sont délivrés par le port de Marseille. C’est lui et donc l’Etat (son directeur est nommé par décret en conseil des ministres) qui sont souverains..... Il faut un terminal méthanier supplémentaire pour accueillir le gaz importé de l’autre coté de la Méditerranée ? On rase un bout de la dernière plage naturelle de Fos.

Fos sur Mer aurait-elle vocation à accueilir toutes les pollutions du monde ?

Lorsque Marseille n’arrive pas à imposer un nouvel incinérateur dans ses frontières, sa communauté urbaine l’implante à Fos. C'est bien connu. Tant pis si le maire de la ville concernée est contre ... Sur ces terrains, le local ne fait pas le poids face à Marseille et son port.

Aucune concertation avec les habitants qui vont subir les pollutions, les risques de cancer. Même pas de débat public alors que le plafond est dépassé ! Daniel Moutet est employé du port autonome et n’a eu l’idée de défendre son environnement que lorsqu’on a voulu toucher à « sa » plage. Depuis quelques temps, il préside l’Association de défense et de protection du littoral du

golfe de Fos et enrage de son impuissance à empêcher la mise en service de l’incinérateur début 2010 , malgré huit ans d’opposition :

Inerrogé par téléphone, il explique : "On était peut-être 4 000 à se battre sur 92 000 habitants de la communauté de commune Ouest-Provence , le combat était inégal face à Gaudin .... Je garde en travers de la gorge le "déni de démocratie" qu’a constitué l’absence de commission particulière du débat public sur ce projet d’incinérateur. Normalement, ces débats sont déclenchés automatiquement à partir de 300 millions d’euros d’investissement. Là, le projet initialement présenté se chiffrait à 290 millions ! Au final, l’incinérateur aura coûté plus de 500 millions... "

Et le scandale du Bisphenol A ?

Canettes, boîtes de conserve, plastiques et tous les revêtements alimentaires contenant du bisphénol A sont dangereux pour la santé. Interdiction tardive ?

Des millions de consommateurs ont-ils été intoxiqués, depuis 50 ans, en consommant les canettes et les boîtes de conserve ? La question est désormais posée, puisque Le bisphénol A (BPA), une substance chimique potentiellement dangereuse , sera interdit en France dans les conditionnements alimentaires, à partir du 1er janvier 2014.

Après l'interdiction en juin 2011 des biberons contenant du bisphénol A, composé chimique controversé utilisé dans la fabrication de plastiques alimentaires, qui ne peuvent plus être ni importés, ni commercialisés , les députés français ont adopté à l'unanimité jeudi 6 octobre 2011 une proposition de loi socialiste interdisant l'utilisation du bisphénol A. Le Sénat, désormais majoritairement à gauche, a adopté ce texte en novembre 2011

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