Egypte : le général Omar Souleimane prend les commandes

Depuis plusieurs années, le général Souleimane fait figure de numéro 2 du régime. Il passe aussi pour l'homme des Anglais et des Américains.
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Officier supérieur très proche d'Hosni Moubarak, Omar Souleimane prend rang et date dans la succession du raïs, en accédant, ce 29 janvier, au poste de vice-président de l'Egypte. Depuis longtemps, l'homme est considéré comme le véritable numéro deux du régime. Sa particularité ? Il a, depuis plusieurs années, chaperonné Gamal Moubarak pour le préparer à succéder à son père en 2011. À moins qu’il ne change d’avis sous les conseils avisés des nombreux officiers de l'armée qui lui doivent leur carrière.

Omar Souleimane est, selon les observateurs des ambassades occidentales et les conseillers militaires présents en Egypte, le plus fidèle ami d'Hosni Moubarak. Ainsi, en 2007, lorsque le fils du Raïs, Gamal Moubarak a épousé Khadija el-Gamal à Charm el-Cheikh, son témoin – rôle traditionnellement dévolu à l’« oncle » préféré – est Omar Souleimane. Ce qui confirme que l'homme, qui détient le poste stratégique de patron des services de renseignement égyptiens, a accédé au rang de mentor du fils du Président.

Si l'homme dispose d'une solide assise au sein de l'armée égyptienne et auprès d'un certain nombre d'interlocuteurs étrangers, il est honni par une partie du peuple égyptien et par les manifestants anti-Moubarak. Pour deux raisons principales : son soutien inconditionnel au président sortant depuis de nombreuses années, et son rôle en tant que patron des services de renseignements.

Un homme agréable et amical, qui écoute son interlocuteur

Il y a quelques années, à l'occasion de son anniversaire célébré à Genève et à Divonne-les-Bains, le roi Zayed Bin, président des Emirats arabes unis, avait invité le général Souleimane, à l'issue d'une course de chameaux, où le gratin des chefs d'état du monde musulman était convié.

Le physique sec, le front dégarni, son regard vif de cet homme qui connaissait presque tous les invités attirent l'attention. Mais, de taille moyenne, le général Souleimane n’intrigue pas particulièrement les médias ce jour-là. En se présentant, et en évoquant ses activités égyptiennes, il se fait modeste et humble.

Outre ses yeux qui laissent penser à ceux d'un rapace, Omar Souleimane fait presque penser au général Glup Pacha, qui dirigeait la Légion jordanienne en 1948. il y a d'abord sa moustache taillée « à la britannique », un costume des plus élégants, un maintien digne, imposant et fier. Pendant cinquante minutes, tout en dégustant des spécialités, le dialogue est possible avec ce dignitaire, délaissé en ce jour de juillet par tous les journalistes suisses, français et arabes. L'homme interroge ses interlocuteurs sur l'influence de la presse en France, sur les chances de réélection de Jacques Chirac, sur les effectifs de l'armée française.

A ses interlocuteurs, Omar Souleimane raconte, comme s"il les connaissait depuis 20 ans, ses discussions avec l’ancien président américain Jimmy Carter, ou encore ses rencontres avec le ministre israélien de gauche, Yossi Sarid. Son ton est calme. A certains moments en français, mais plus régulièrement en anglais, il parle avec assurance, sans chercher ses mots.

Son discours suit un enchaînement logique. Aussi impénétrable qu’imperturbable, Omar Souleimanne affiche un côté agréable et amical. En fin d'entretien, il assure à ses interlocuteurs qu'il les a appréciés comme partenaires de discussion.

Il dispose de la confiance des nombreux chefs de tribu présents et issus des Emirats arabes unis.

« On peut compter sur lui, il tient ses engagements et ses promesses », dit de lui un officier supérieur d'Abu Dabi.

Sa nomination ce 29 janvier pourrait être directement liée à son réseau d'influence dans les pays qui soutiennent encore le raïs, à l'image de l'Arabie saoudite et des Emirats arables unis. Depuis de nombreuses années, il a aussi la totale confiance des Américains et des Anglais, et il dispose de solides amitiés auprès des puissants dans ces deux pays.

Un homme fort qui émerge

La semaine suivante, dans la résidence d'été haut-savoyarde de Zayed Bin à Monnetier-Mornex, sur le Mont Gosse, la première épouse du roi décrit Omar Souleimane comme un homme d'avenir.

Ce jour-là, elle voit en lui « l’homme fort », « le confident du président Moubarak», « le maître-espion le plus puissant du Moyen-Orient », « l’homme qu’il faut pour succéder au raïs »… Et voilà que l'évènement se produit plus de dix ans après cette prédiction surréaliste, dans une demeure transformée en palais des mille et une Nuits, sur un site classé de Haute-Savoie.

De cet entretien avec différents interlocuteurs, on retient les débuts modestes de l'homme, qui a combattu les Israëliens pendant la guerre des Six Jours, puis lors de celle d’octobre 1973. Omar Souleimane a ensuite poursuivi des études universitaires à Aïn Shams et au Caire. Il a décroché un diplôme de droit et une maîtrise de sciences politiques au milieu des années 1980.

Formé dans les meilleures écoles militaires américaines

Très peu de journalistes et de politiques occidentaux savent qu’il a reçu, par la suite, une formation réservée à l’élite de l’armée américaine, à la US Army John F. Kennedy Special Warfare ­School and Center, à Fort Bragg. C’est de cette époque que datent ses rapports professionnels privilégiés avec les services de renseignements et les militaires américains.

C'est en 1991 que Moubarak le nomme à la tête des renseignements militaires, à la veille de la première guerre du Golfe contre l’Irak après l’occupation du Koweït par les troupes de Saddam Hussein. Cette nomination coïncide avec l'engagement du Caire aux côtés de Washington et de Riyad.

Omar Souleimane a participé au déploiement, en coordination avec l’armée américaine et il s'était dit impressionné par la réactivité des chefs du Pentagone.

Nouvelle promotion en 1993, lorsque Moubarak le nomme patron du Jihaz al-moukhabarat al-amma (service des renseignements généraux, GIS), avec rang de ministre sans portefeuille dépendant directement du chef de l’État et de lui seul. Cet organisme est alors le plus puissant du pays, avec des pouvoirs qui coiffent tout ce qui relève de la sécurité nationale. Organisme ultra-secret, le GIS est installé dans une véritable forteresse au milieu du quartier de Kobri el-Kobba, au Caire. Une sorte de Shin Bet et de Mossad réunis.

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