épandages aériens: le Maire organise l'extermination des abeilles

Le ministre de l'Agriculture organise, via les préfets des départements, le massacre des abeilles, en violation des lois "Grenelle de l'environnement".

Pourquoi Bruno Lemaire , ministre de l'Agriculture et "rédacteur" du programme présidentiel de Nicolas Sarkozy, s'acharne-t-il à détruire les abeilles encore vivantes en France ? Beaucoup d'apiculteurs s'interrogent à la veille de l'élection présidentielle. Surtout depuis le 23 mars 2012, jour où Le Monde a publié un article sur une lettre confidentielle du Ministère de l’Agriculture aux Préfets concernant les épandages aériens .

Cette lettre indique aux représentants de l’Etat comment délivrer des dérogations à l’interdiction de ces traitements toxiques pour les abeilles par épandages aériens, sans attendre les évaluations de l’ANSES sur l’impact environnemental et sanitaire de l’application par les airs de certains produits. In fine , les épandages ne pourront avoir lieu sans cette évaluation, mais le procédé est révélateur.

Ce procédé d'extermination des abeilles, par épandage aérien, révélé par le plus grand quotidien Français, montre bien que l’esprit de Bruno Lemaire et du Ministère ne sont pas celui de la loi Grenelle, qui ne tolère que des dérogations exceptionnelles au principe d’interdiction de ce type d’épandage. Ici, l’idée est plutôt d’éviter les pertes de temps aux agriculteurs intéressés par ce mode de traitement… : http://www.lemonde.fr/planete/article/2012/03/23/retour-de-l-epandage-aerien-des-pesticides_1674789_3244.html

Dans le combat mondial engagé pour la survie de la biodiversité, les abeilles ont un gros handicap. Elles ne votent pas à l'élection présidentielle ! (lire S.O.S. abeilles : Que font les pouvoirs publics et les syndicats? ).

La lettre confidentielle du ministère de l'Agriculture a fuité alors que la date limite de dépôt des demandes de dérogations approche

Pour Anne Furet, chargée de projet "Suivi des dossiers syndicaux" à Union Nationale de l'Apiculture Française, "Cette lettre confidentielle a fuité alors que la date limite de dépôt des demandes de dérogations approche (31 mars 2012). En 2011, des épandages aériens de pesticides ont eu lieu dans certains de vos départements (Loiret, Landes, Lot-et-Garonne, Haute-Garonne, etc.). Cet été, l’UNAF avait fait un point informatif sur le nouveau dispositif d’encadrement. Il nous apparait nécessaire d'alerter tous les apiculteurs sur cette problématique et de fournir les informations sur ce dossier. D’autant que le dépôt d’une demande est suivi d’une phase de consultation, au cours de laquelle les apiculteurs peuvent s’exprimer...."

Comme Suite 101 l'a révélé à de nombreuses reprises, notamment dans abeilles : l'interdiction de la culture du maïs OGM Mon 810 au JO la disparition massive des abeilles menace la production de fruits et de légumes, et, du même coup, la chaîne alimentaire humaine. Dramatique ! Pire: Au niveau de la planète : le génocide des abeilles conduit à un monde sans fruit |

Alors que la mystérieuse disparition des abeilles ( http://lesmielsbio07.onlc.fr/ ) inquiète les responsables de l'ONU, qui ont lancé, jeudi 10 mars 2011, un cri d'alarme et un signal à tous les états (lire Suite 101 du 11 mars 2011 L'ONU préoccupée par la très forte mortalité des abeilles ), les conséquences directes de cette mortalité ont été peu médiatisées. Ce phénomène est principalement observé dans les pays industrialisés de l'hémisphère nord, explique le Programme des Nations unies pour l'environnement (Pnue) dans un rapport publié jeudi 10 mars 2011.

Avec la loi Grenelle, l'épandage aérien est l'exception très encadrée

Il semble important de se reporter à la la réglementation des épandages aériens de pesticides. La directive 2009/128 du 21 octobre 2009 impose une interdiction de l’épandage aérien des produits phytopharmaceutiques sauf dérogation.

Anne Furet, chargée de projet "Suivi des dossiers syndicaux" à Union Nationale de l'Apiculture Française, insiste surle contenu de la loi, contournée aujourd'hui par le ministère de l'Agriculture :"Suite à la loi « Grenelle II », le principe de l’interdiction de l’épandage aérien de pesticides a été intégré dans le code rural. Ainsi, on peut y lire : « La pulvérisation aérienne des produits phytopharmaceutiques est interdite. Par dérogation, lorsqu'un danger menaçant les végétaux, les animaux ou la santé publique ne peut être maîtrisé par d'autres moyens ou si ce type d'épandage présente des avantages manifestes pour la santé et l'environnement par rapport à une application terrestre, la pulvérisation aérienne des produits phytopharmaceutiques peut être autorisée par l'autorité administrative pour une durée limitée, conformément aux conditions fixées par voie réglementaire après avis du comité visé à l'article L. 251-3 »1.

"L’arrêté du 31 mai 2011 a été publié en juin dernier pour préciser les conditions des dérogations, et sa lecture fait apparaitre qu’on est bien loin du principe légal d’interdiction, et du caractère exceptionnel des dérogations. Le nouveau dispositif prévoit trois types de dérogations :

"- des dérogations annuelles applicables à certaines maladies de la vigne, du maïs, du riz et de la banane. Elles sont délivrées pour une durée et une localisation précises, et peuvent concerner plusieurs communes. Par la suite, le donneur d’ordre (par exemple, l’Association Générale des Producteurs de Maïs) devra déclarer au Préfet chaque épandage ;

"- des dérogations ponctuelles dans les autres cas et dans des conditions particulières relevant de l’urgence ou de situations dans lesquelles le danger ne peut être maîtrisé par d’autres moyens ;

"- lorsqu’il s’agit de prévenir « la propagation des organismes nuisibles », le Ministre de l’agriculture (ou le préfet en cas d’urgence) peut autoriser le recours à l’épandage aérien, dans des conditions beaucoup plus souples.

"En ce qui concerne la protection des abeilles, l’arrêté impose une simple information des apiculteurs au plus tard 48h avant tout traitement, délai manifestement trop court pour permettre de protéger nos ruches. Par ailleurs, les conditions exactes d’information des syndicats apicoles sont définies au niveau départemental. A cet égard, nous vous invitons à demander à votre préfecture quelles règles ont été définies pour les informations des apiculteurs (quel syndicat est informé ? par quel moyen ? etc.)...."

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