S.O.S. abeilles : Que font les pouvoirs publics et les syndicats?

Dans le combat mondial engagé pour la survie de la biodiversité, les abeilles ont un gros handicap. Elles ne votent pas à l'élection présidentielle !

L'hécatombe des abeilles inquiète sérieusement les apiculteurs en Ardèche, dans la Drôme, en France, comme ailleurs. Les parasites et le déclin de la biodiversité sont montrés du doigt. Les insecticides, les pesticides, les OGM aussi !

Comme Suite 101 l'a révélé à de nombreuses reprises, notamment dans abeilles : l'interdiction de la culture du maïs OGM Mon 810 au JO la disparition massive des abeilles menace la production de fruits et de légumes, et, du même coup, la chaîne alimentaire humaine. Dramatique ! Pire: Au niveau de la planète : le génocide des abeilles conduit à un monde sans fruit |

Alors que la mystérieuse disparition des abeilles ( http://lesmielsbio07.onlc.fr/ ) inquiète les responsables de l'ONU, qui ont lancé, jeudi 10 mars 2011, un cri d'alarme et un signal à tous les états (lire Suite 101 du 11 mars 2011 L'ONU préoccupée par la très forte mortalité des abeilles ), les conséquences directes de cette mortalité ont été peu médiatisées. Ce phénomène est principalement observé dans les pays industrialisés de l'hémisphère nord, explique le Programme des Nations unies pour l'environnement (Pnue) dans un rapport publié jeudi 10 mars 2011.

Disparition des abeilles : des causes multiples

Les causes de disparition des abeilles sont vraisemblablement multiples ! Des solutions sont à l'étude. Et certains syndicats semblent déterminés pour sauver les abeilles. C’est le cas de l’Abeille Ardéchoise et Drômoise, même si les efforts des responsables ne sont pas suffisamment relayés par certaines structures nationales.

Des insectes et des hommes

Les espèces : les scientifiques en comptent 20 000 dans le monde. 2 500 d'entre elles sont recensées en Europe, moins d'un millier en France.

Le miel : s elon l'Union nationale de l'apiculture française, la consommation nationale est stable, à 40 000 tonnes par an. La production, en revanche, est en baisse constante : 18 000 tonnes en 2007, contre 32 000 en 1995.

Les apiculteurs : en 1994, la France comptait 84 215 apiculteurs, professionnels et amateurs, pour un total de 1 351 991 ruches. En 2004, ce nombre est tombé à 69 237 personnes pour 1 346 575 ruches. 1 762 de ces apiculteurs étaient professionnels (c'est-à-dire, selon les critères européens, propriétaires de plus de 150 ruches).

Un hiver meurtrier

L'hiver a été meurtrier. En Ardèche, dans la Drôme, dans la Loire, en Rhône-Alpes, en Alsace, dans les Hautes-Alpes, le Morbihan, le Jura... les abeilles disparaissent, laissant un désolant spectacle de ruches vides. Pas de cadavres, ou juste quelques petits corps secs prostrés en grappe... « On compte environ 30 % de pertes chez les apiculteurs professionnels », estime-t-on au Centre national du développement apicole (CNDA), qui n'a pas encore publié de statistiques officielles. Pour Jean-Marie Sirvins, vice-président de l'Union nationale de l'apiculture française. « Il y a beaucoup de causes ; nous ne trouvons pas ce qui cloche ni comment faire face ».

Selon Bernard Vaissière, chargé de recherche au laboratoire Abeille et environnement de l'Institut national de la recherche agronomique d'Avignon, l'hécatombe des dernières années s'explique par « la disparition des habitats et de la nourriture, le développement de maladies et des prédateurs, et l'utilisation de produits phytosanitaires ». Certes, le rôle des pesticides, sujet à polémique depuis des années, demeure central dans la surmortalité actuelle. Mais ces produits ne sont pas les seuls en cause...

Les abeilles attaquées de toute part

Dans le box des accusés figurent ainsi plusieurs parasites. Il y a la loque, spécialiste en pourrissement de tube digestif, ou encore l'acariose des trachées, qui porte bien son nom. Mais surtout Varroa, l'acarien blafard suceur de sang, et Nosema, le champignon tueur. Ces deux-là font la paire : la butineuse, épuisée dans un premier temps par le petit vampire, ne résiste pas, ensuite, aux assauts de Nosema, dont la dernière version, dite ceranae, est active toute l'année. C'est à lui qu'est imputée une part du massacre des ruches de l'est du pays.

Ces pathogènes ont profité du commerce des abeilles, notamment en provenance d'Asie, pour s'introduire en France ces dernières années. Au-delà de ces parasites, un redoutable prédateur a débarqué en douce en Aquitaine en 2003, caché dans des poteries chinoises : le frelon asiatique. Il terrorise les abeilles en claquant des mandibules à l'entrée des ruches. Parti du Sud-Ouest, il remonte à présent vers le nord, le long des cours d'eau.

Prédateurs et virus trouvent en l'abeille une cible de choix. « On suppose que l'effet d'un pathogène est plus grand quand celle-ci est mal nourrie et stressée », précise Axel Decourtye, écotoxicologue spécialiste des abeilles. Naturellement sensibles aux agressions toxiques, les butineuses, domestiques ou sauvages, souffrent d'un habitat dégradé. L'essor des monocultures a peu à peu limité leur choix de pollens. Tant et si bien qu'elles vont désormais faire leurs « courses » en ville, plus riche de diversité florale. Paradoxalement, ni les gaz d'échappement ni la frénésie urbaine ne les rebutent. Les miels urbains connaissent d'ailleurs un beau succès commercial, aucune analyse ne recherchant les métaux lourds (plomb, etc) qui peuvent se trouver dans les miels urbains.

Dans l'attente de la solution miracle, les apiculteurs s'adaptent. Certains cessent de produire du miel, et louent leurs ruchers pour la pollinisation.

Adieu, melons, fraises et kiwis

Moins d'abeilles, donc moins de pollinisation en campagne... Ouvrière indispensable à la reproduction des végétaux, Apis mellifera tient au creux de ses pattes une bonne part de notre régime alimentaire. D'où une crainte grandissante pour les fleurs, mais aussi les légumes et les fruits. Les quelque 20 000 espèces d'abeilles recensées dans le monde contribuent à la survie et à l'évolution de plus de 80 % des espèces végétales. Plus directement, 35 % des calories que nous absorbons chaque jour proviennent de leur travail. Adieu, melons, fraises, amandes, kiwis ? L'heure est déjà aux solutions alternatives. Sauf que l'homme peine à faire l'abeille et que la pollinisation ne s'improvise pas...

Des solutions, rarement heureuses, souvent coûteuses, ont été imaginées : sur les hauts plateaux du Sichuan, les paysans chinois pollinisent les poiriers à la main, armés de plumes de poulet. Aux Etats-Unis, c'est par hélicoptère... Ni les bourdons ni les mouches, un temps considérés comme pollinisateurs de secours, n'ont la polyvalence et l'agilité de leurs cousines en jaune et noir. Dans l'attente de la solution miracle, les apiculteurs s'adaptent. Aux Etats-Unis, certains cessent de produire du miel, et louent leurs ruchers pour la pollinisation. Ils sillonnent ainsi le pays en proposant leurs services. Un business juteux, estimé à 15 milliards de dollars par an. Ce travail nomade, très contraignant, est encore peu développé en France, où plus de 15 000 apiculteurs ont cessé leur activité entre 1994 et 2004.

En Chine ou aux Etats-Unis, la lutte contre les parasites passe par de sévères cocktails d'antibiotiques, dont l'usage est interdit en France. Mais, au dire d'experts et de professionnels, certains apiculteurs les utilisent illégalement. Pour éviter ces dérives, les centres de recherche, appuyés par des aides européennes, tentent donc de percer les mystères du déclin. Mais là aussi, entre les pesticides et les virus, les objectifs font débat... « La moitié des fonds européens est destinée à la recherche sur le phytosanitaire, regrette Philippe Lecompte, président du réseau Biodiversité pour les abeilles, les parasites sont les grands oubliés. On se trompe de combat ! » En attendant, le scénario d'un monde sans abeilles est de moins en moins incongru. Les apiculteurs britanniques l'ont déjà prédit (sur leur île)... pour 2018. Un catastrophisme sans doute exagéré, mais qui traduit l'urgence d'une réponse adaptée.

Alerte aux pesticides

Les laboratoires de l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) ont décelé des résidus de clothianidine sur les cadavres d'abeilles d'un rucher du Bas-Rhin, situé à 1 kilomètre de la frontière allemande. La clothianidine est la molécule de base de l'insecticide Poncho, interdit de vente en France mais utilisé dans les champs de maïs allemands. « Il s'agit vraisemblablement d'un passage de poussières du côté français. Sûrement à cause d'un enrobage défectueux des semences », estime Jean-Paul Faucon, chef de l'unité pathologie de l'abeille de l'Afssa. La teneur de clothianidine observée correspondrait à la dose maximale retrouvée dans certaines ruches en Allemagne, un pays où le Poncho a déjà été accusé de nuire aux abeilles.

Les laboratoires de l'Afssa ont pu faire cette découverte grâce à une nouvelle méthode d'analyse toxicologique mise au point au printemps. Selon Jean-Paul Faucon, des expertises sont également en cours sur des cadavres d'abeilles suspectés de contenir des traces de thiaméthoxam, la matière active du Cruiser, fabriqué par Syngenta et utilisé en France sur certaines parcelles.

L'hécatombe des abeilles inquiète sérieusement les apiculteurs en France, comme ailleurs. Les parasites et le déclin de la biodiversité sont montrés du doigt. Des solutions sont à l'étude. Mais les abeilles ont un gros handicap : elles ne votent pas à l'élection présidentielle !

Lire aussi sur Suite 101 :

le Ministre de l'agriculture a décidé de publier l'interdiction de la culture du maïs OGM MON810 au JO du dimanche18 mars 2012. Victoire des apiculteurs. abeilles : l'interdiction de la culture du maïs OGM Mon 810 au JO

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