Crise post-électorale en Côte d'Ivoire: ces questions qui fâchent

Depuis la certification des résultats du second tour, certaines questions qui devraient favoriser le dénouement rapide de la crise l'enveniment.

La Côte d'Ivoire traverse certainement la plus grave crise de son histoire depuis son accession à l'indépendance en 1960. La proclamation par la Commission électorale indépendante (CEI) des résultats du second tour de la présidentielle a donné naissance à de graves polémiques. La situation actuelle du pays est à donner le tournis, d'autant plus que les questions essentielles que l'on pourrait poser pour dénouer la crise sont devenues taboues.

A qui revenait la responsabilité de proclamer les résultats de l'élection présidentielle en Côte d’Ivoire ?

Cette question pourrait faciliter la compréhension de la crise ivoirienne à n'importe quel observateur en ce sens qu'elle permet de situer les responsabilités de chaque acteur et de chaque structure engagée dans le déroulement du scrutin. Selon l'article 59 du Code électoral ivoirien , "la commission chargée des élections procède au recensement général des votes et à la proclamation provisoire des résultats du scrutin en présence des représentants présents des candidats". Il s'agit en Côte d’Ivoire de la Commission électorale indépendante (CEI). Il revient ensuite au Conseil constitutionnel selon ledit code de proclamer "le résultat définitif de l'élection du président de la République après examen des réclamations éventuelles.".

A quoi avons-nous assisté en Côte d'Ivoire après le vote du 28 novembre 2010 ? La CEI a, en dehors de ses locaux, dans le quartier général de l'un des candidats, et sans la présence des "représentants des candidats", proclamé les résultats provisoires et donné Allassane Ouattara vainqueur. Ces résultats ont automatiquement été validés par le représentant spécial du secrétaire général des Nations unies en Côte d'Ivoire, Yun Gi Choï, prenant ainsi à contre-pied, la constitution ivoirienne. De cette certification précipitée partira la crise. Sans attendre que le Conseil constitutionnel, taxé par le camp Ouattara d'être à la solde de Laurent Gbagbo, statue sur les réclamations de la majorité présidentielle (LMP), Allassane Ouattara est reconnu par l'ONU et une grande partie de la communauté internationale, vainqueur de l'élection présidentielle en Côte d’Ivoire.

Pourquoi Choï a t-il précipitamment certifié des résultats provisoires ?

La réponse si elle doit être donnée, viendra certainement du certificateur lui-même. Cependant, il est utile de souligner qu'au premier tour de l'élection présidentielle, la certification était intervenue seulement après la proclamation des résultats définitifs par le Conseil constitutionnel.

De son coté, le Conseil constitutionnel après avoir tenu compte des requêtes de la LMP, a proclamé les résultats définitifs donnant Laurent Gbagbo, candidat à sa propre succession, vainqueur avec 51,54% des voix. Ces résultats définitifs ont pris en compte les réclamations du camp Gbagbo, ce qui a conduit à l’annulation des résultats de sept départements où de graves irrégularités avaient été constatées par les observateurs de l'Union africaine et plusieurs autres organes accrédités par la Commission électorale de Côte d'Ivoire.

Y a t-il deux présidents en Côte d’Ivoire ?

Selon que l'on soit d'un côté ou de l'autre, cette question fâche énormément. En effet, Allassane Dramane Ouattara a été déclaré président de la République par la Commission électorale indépendante. Il est reconnu par l'ONU et une partie de la communauté internationale.

Cependant, selon la constitution ivoirienne, seul le Conseil constitutionnel a compétence pour déclarer le vainqueur de l'élection présidentielle. La loi fondamentale ivoirienne rejette de ce fait un président déclaré élu par la seule Commission indépendante, fusse-t-il reconnu par l'ONU. "Dura lex, sed lex", avance le président Laurent Gbagbo.

Le Conseil constitutionnel est-il à la solde du Président Laurent Gbagbo ?

C'est le principal argument avancé par le candidat du Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP). Et pourtant sans que la décision de ce même conseil ne pose problème, le candidat du RHDP s'était plié au verdict dudit conseil au premier tour. Par ailleurs, pour rappel, c'est grâce à cet organe que le candidat Alassane Ouattara a pu se présenter à l'élection présidentielle de 2010, lui qui n'avait pu prendre part au scrutin présidentiel en 2000 pour "nationalité douteuse".

Ainsi pour Laurent Gbagbo, c'est faire preuve de mauvaise foi que de dire de Paul Yao Ndré et ses collaborateurs qu’ils sont à sa solde. "Je pourrais en dire autant de la CEI composée à plus de 80% de représentants du RHDP, mais je me garde d'entrer dans ce débat ", avançait le président Laurent Gbagbo lors d’un entretien avec des journalistes internationaux.

Sources :

Constitution ivoirienne

Code électoral ivoirien

Résolution 1765 de l'ONU sur la Côte d'ivoire

www.ivoireforum.com

www.ladepechedabidjan.net

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