Retarder la maladie d'Alzheimer par le jeu d'échecs

Quelles sont les pistes et les clés du «bien vieillir»? La pratique des échecs peut-elle aider à améliorer et à prévenir la maladie d'Alzheimer?
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Maladie neurodégénérative du tissu cérébral, la maladie d'Alzheimer entraîne la perte progressive et irrémédiable des fonctions mentales et notamment de la mémoire.

Le vieillissement de la population est une préoccupation en France et les maladies dégénératives, dont celle d'Alzheimer, sont devenues une priorité d’accompagnement. Il n’existe pas de traitement curatif de cette maladie, c’est pourquoi la prévention est très importante ainsi que toute possibilité de stimulation intellectuelle et sociale. Selon un rapport récent de l’association Alzheimer’s Disease International, en vingt ans le nombre de malades d’Alzheimer et des démences apparentées devrait doubler dans le monde et passer de 35 millions environ aujourd’hui à près de 66 millions en 2030.

Peut-on montrer que la pratique des échecs aide à retarder et à lutter contre la maladie d'Alzheimer? Des joueurs d'échecs russes et français, de plus de 60 ans, ont accepté de contribuer à avancer sur cette question et se sont affrontés en décembre 2010 via un système de communication à distance. Les données scientifiques sur les plans émotionnels et physiologiques ont été recueillies auprès des joueurs par d’éminents professeurs de l’université d'État de médecine de Moscou et du CHU de Nice, qui ont utilisé notamment la technologie de capteurs sensoriels.

Les mécanismes du cerveau

Les capacités d’attention et de mémoire, c’est-à-dire l’activité cognitive des participants, est pratiquement la même que celle de joueurs plus jeunes. Les capteurs sensoriels ont permis de mesurer le niveau de stress des participants. Lorsqu’une personne joue aux échecs, son cerveau perçoit d’abord l’information, la reconnaît et la traite pour en extraire le sens et élaborer la réponse la plus pertinente.

Des études ont montré que, pour bien jouer aux échecs, une personne doit donc non seulement faire travailler son cortex frontal, mais aussi maîtriser les émotions qui pourraient contrarier sa performance. Le contrôle des émotions est plus difficile pour un sujet âgé atteint d’une pathologie cérébrale comme la maladie d’Alzheimer. Les personnes âgées sont aussi sujettes à des modifications affectives ou des dépressions, qui peuvent survenir à l’occasion d’événements vécus comme traumatisants (départ à la retraite, décès…).

L’augmentation de l’espérance de vie incite à réfléchir à l’amélioration des conditions du vieillissement et à lutter contre le déclin des capacités intellectuelles en maintenant les capacités cognitives. Le cerveau se travaillant comme un muscle, il peut tirer un grand bénéfice de la pratique d’exercices qui le stimulent et le maintiennent en forme.

En ce sens, le jeu d’échecs se révèle être excellent et peut constituer une piste intéressante d’un facteur ralentissant de pathologies comme la maladie d’Alzheimer. On insiste souvent sur les bienfaits de ce sport cérébral chez les plus jeunes pour leur progrès scolaires (mathématiques, calcul mental, visions dans l’espace, etc.), mais aussi chez les moins jeunes (travail de mémorisation, conservation des liens sociaux et du sens de la réalité par une activité ludique).

Favoriser le maintien des capacités cognitives

De plus en plus, l’utilité de ce jeu sur les principales fonctions du cerveau et l’ouverture sur l’extérieur qu’il peut apporter à une population âgée ont alimenté une réflexion et une expérimentation de l’apprentissage du jeu d’échecs dans certaines maisons de retraite.

Au cours du vieillissement, des déficits s’observent pour la mémoire immédiate et la mémoire à court terme. Ils s’accompagnent également d’une diminution générale des ressources attentionnelles. En lien avec des activités procurant du plaisir, tel le jeu d’échecs, c’est l’ensemble du processus de la cognition qui est stimulé.

De nombreuses études ont démontré qu’une activité intellectuelle permettait un vieillissement cérébral satisfaisant et normal.

Espérons donc que l’expérience menée trouvera un prolongement dans les mois à venir, peut être dans le cadre d’une publication scientifique fondée sur les résultats des tests neuropsychologiques.

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