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FRÉDÉRIC HASCOËT

Publié dans : Les articles Culture de Frédéric Hascoët

Elle Fanning au pays des merveilles

Après s'être perdu à Bangkok, le réalisateur danois Nicolas Winding Refn revient à Los Angeles, pour un film pop fascinant sur la beauté et l'artificiel.

Jesse est une jeune fille blonde qui débarque à Los Angeles avec pour ambition de devenir mannequin. En attendant richesse et célébrité, elle loge dans un motel minable tenu par le très peu accueillant Hank. Cette orpheline qui n'a pas l'âge légal, au fil de ses rencontres, progresse et perce dans le métier très rapidement, car son exceptionnelle beauté fascine. Mais dans ce milieu, elle suscite bientôt la jalousie de ses amies, les autres filles ne supportant pas de se faire doubler par la nouvelle venue...

Beauté parfaite

Une femme, ressemblant étrangement aux mannequins de cire que l'on voit dans les vitrines des magasins, alanguie dans un canapé : la première image que le danois Nicolas Winding Refn nous offre de Jesse, l'héroïne de son nouveau superbe film The Neon Demon. Jeunesse, beauté. Les deux mamelles des néo-candidats à la célébrité. Mais aussi une bonne dose de naïveté, voulue ou non. Et Jesse a tout ça. Ainsi qu'une histoire (elle est en effet orpheline). Et un rêve. Percer dans le mannequinat à Los Angeles. Ambition accessible, tant cette blonde à la peau blanche et pure attire la lumière et incarne ce qui se rapproche le plus de la beauté parfaite. Ne lui manque plus que les relations. Une maquilleuse qui répond au petit nom de Ruby et qui s'est prise d'amitié pour elle va se charger de l'aider. En attendant la gloire, le succès et la richesse, le soir, c'est retour au motel où elle loge. Mais là-bas, c'est une toute autre ambiance. 

Le patron du motel un certain Hank, n'est en effet pas des plus sympathiques. Il fait même peur à Jesse. Lorsqu'elle va le cherche pour chasser l'animal qui s'est introduit dans sa chambre, il l'accuse d'avoir laissé sa fenêtre ouverte. Heureusement, elle peut compter sur son amoureux Dean pour la protéger, ainsi que sur les connaissances qu'elle se fait au cours de ses différents castings. Des connaissances ambiguës, car à l'envie va rapidement succéder la jalousie. Dans ce milieu plein de strass et de paillettes, on apprécie les gens tant qu'ils ne nous grillent pas la priorité. Malheureusement pour Jesse, son physique presque christique éblouit les plus grands, évinçant ses concurrentes qui n'avaient qu'à tendre le bras pour atteindre leur rêve, et qui se voient voler leur notoriété qu'elles pensent mériter de droit. La nouvelle oie blanche va alors devenir la fille à abattre, par n'importe quel moyen, même les plus inimaginables. 

Frankenstein customisée

 La fille à abattre, c'est donc Jesse (Elle Fanning), une beauté évanescente et sexuelle, venue un peu de nulle part. Un peu comme une sorte de Frankenstein customisée qui suscite l'envie et sur lequel personne n'a de prise, échappant très vite à ceux qui veulent la façonner. Une fille naïve, qui n'est coupable que de son innocence. Une jeune femme en manque de confiance en elle, craintive, telle un cerf pris dans les phares d'une voiture. Sa rapide progression dans le milieu va changer la donne. Elle va croire en son talent, aux propos que l'on tient sur elle. La chrysalide va très vite devenir papillon. Un magnifique papillon, que les autres mannequins vont vouloir attraper dans leur filet. Mais la chasse se transforme peu à peu en véritable traque. Car Nicolas Winding Refn n'oublie jamais que l'égoïsme, l'individualisme prime avant toute chose, et que l'entraide n'intervient qu'aux moments d'intérêts communs bien entendus. 

Le réalisateur danois filme les tribulations en milieu hostile d'une Elle Fanning aux longs cheveux blonds comme les blés et à la peau d'une blancheur de porcelaine. Une blancheur volontairement accentuée pour montrer la froideur et la solitude de la course au conte de fée que constitue la célébrité. Un milieu qui de prime abord fait envie, mais dont l'envers est peu reluisant. Un blanc qui côtoie un rouge criard annonciateur du drame final. Des couleurs esthétisés à l'extrême qui expriment autant de sensations que les personnages eux-même n'en expriment. De manière identique, les cadres très droits, très froids, très stricts, sans lignes de fuite, et donc très oppressants, montrent qu'il n'y a aucun échappatoire possible, que le piège est en train petit à petit de se refermer sur la proie. Jesse est comme emprisonnée, mais elle ne le sait pas encore. Le contraste entre la jeune femme apparemment libre et une réalisation très étouffante est saisissante. Le jeu n'en est rendu que plus démoniaque. 


En jetant aux enfers une déesse grecque qui ne rêvait que de paradis, Nicolas Winding Refn réalise un grand film sur l'attraction facile de la lumière qui attire chaque jour un peu plus la jeunesse, mais dont beaucoup se brûlent les ailes. Un film à mi-chemin entre le fantastique et le gore élevé au rang de pamphlet qui sonne comme une forme d'avertissement pour tous les candidats à la célébrité qui finissent tôt ou tard par se faire bouffer (ici au sens premier du terme...) par le système. 

À propos de l'auteur

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FRÉDÉRIC HASCOËT

Titulaire d'une Licence de Médiation Culturelle. Plus passionné
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