Triomphe de la Butterfly de Puccini à l'Opéra Bastille

La Saint Valentin s'acheva avec la représentation de la Madame Butterfly de Giacomo Puccini, à l'affiche de la saison 2010-2011 de l'Opéra Bastille.
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La soirée de la Saint Valentin s'était achevée avec la dernière représentation de la Madame Butterfly de Giacomo Puccini, à l'affiche de la saison 2010-2011 de l'Opéra national de Paris_plus précisément à l'Opéra Bastille, du 16 janvier au 14 février 2011_. L'occasion, pour nous, de revenir sur une œuvre intemporelle, sans doute l'un des plus beaux portraits de femme de l'histoire de l'opéra.

Historique

L'intrigue nous transporte à Nagasaki, en 1904, où un jeune marin Américain de passage, B. F. Pinkerton épouse une geisha de quinze ans, Cio-Cio-San, dite Butterfly. Elle lui est un éphémère épisode sentimental et exotique, mais sera prête à renier ses conventions sociales et sa famille pour déposer son destin et sa vie à ses pieds. Son départ, après lui avoir fait un enfant, la plongera dans une attente contemplative et mélancolique, la poussant à rester farouchement fidèle et à décliner les propositions d'union d'autres prétendants. Pinkerton lui reviendra trois ans plus tard, accompagné de sa nouvelle épouse américaine. Quand Butterfly comprend la situation, elle leur laissera son enfant, avant de se donner la mort en se poignardant.

La première représentation de cet opéra en trois actes, issu d'un livret de Guiseppe Giacosa et Luigui Illica, à la Scala de Milan, le 17 février 1904 fut_malgré le succès fulgurant que récolta Puccini après les créations respectives de La Bohême (1896) et Tosca (1900)_un échec retentissant.

L'histoire de cet amour contrarié, déployant les transports affectant l'âme d'une jeune geisha bafouée par un Américain, ne put, en effet,trouver tout de suite grâce auprès d'un public déplorant la longueur d'une représentation dépourvue de structure. Le constat de Guilio Ricordi_alors à la tête de la Casa Ricordi, une maison d'édition musicale de l'époque, fondée à Milan en 1808_avait été sans appel : « le spectacle donné par la salle semblait aussi bien organisé que celui présenté en scène. Il commença en même temps ».

Ce n'est qu'après avoir été l'objet de modifications scéniques et textuelles et d'un remaniement à l'origine d'une nouvelle version, composée de trois actes équilibrés, que notre Madame Butterfly commença à s'ériger au rang d'oeuvre incontournable du répertoire lyrique italien. Avec une beauté et un souffle qui ne cessèrent d'être célébrés, et ce, par le biais d'airs résonnant comme des tableaux figuratifs supposés dépeindre l'ensemble des sentiments humains : le duo de Pinkerton et Butterfly, intitulé « Viene la sera » , à l'Acte I, ainsi que les airs que profère Butterfly ( « Un bel dì, vedremo », « Che tua madre dovrà » et « Con onor muore »), aux Actes II et III, en sont les principaux témoignages.

Notre Butterfly, mise en scène par Robert Wilson, pour l'Opéra Bastille...

La version de cette opus lyrique par Robert Wilson prévalut, pour la première fois, en novembre 1993, à l'Opéra Bastille. La direction musicale avait alors été confiée à Myung-Whun Chung, avec Diana Soviero, Nicoletta Curiel, Johan Botha et William Stone dans les rôles principaux. C'est cette production qui fut dernièrement proposée, mais avec Maurizio Benini à la tête de l'orchestre national de Paris, Micaela Carosi dans le rôle de Cio-Cio San, ainsi que James Valenti pour interpréter l'officier Pinkerton.

Pour rendre pleinement compte de l’un des portraits de femme les plus touchants de l’histoire de l’opéra, Robert Wilson nous a offert une mise en scène immaculée, épurée jusqu'à l'extrême, dont la simplicité était délibérément destinée à laisser la primauté à l'interprétation des personnages, et plus particulièrement de notre Butterfly . Le jeu des lumières, par une savante alternance entre des diffusions de couleurs primaires et bien plus estompées, résonnait comme la retranscription, en fond de scène, des mouvements de l'âme de la jeune geisha. De même, sa robe à la coupe asymétrique, tantôt immaculée, au premier acte, tantôt noire , dès le deuxième_en vue de figurer que la perte de son innocence fait parfaitement écho à l'éloignement géographique de l'homme de sa vie_, constitue un autre élément qui participe à la logique adoptée par ce metteur en scène, pour qui la directive que suggère un choix précis d'indications scéniques doit tendre à coïncider avec les thèmes contenus dans l'intrigue d'un livret d'opéra ( ce dernier est ici tiré d'une pièce de David Belasco, adaptée d'une nouvelle de John Luther Long).

Le spectateur obtient ainsi le récit d’une humiliation et d’une tromperie qui mènent à la mort, et dont l'esquisse s'incarne dans toute sa véracité grâce à la musique. Micaela Carosi, révélée à Paris dans Andrea Chénier, un opéra en quatre actes d'Umberto Giordano (inspiré de la vie du poète André Chénier), incarne cette jeune femme éperdue avec une diction et un chant habités par la pudeur et la retenue. C'est à une lente, plaintive, timide et poétique complainte de l'âme éplorée d'une jeune amoureuse éconduite que nous avons fait face sans chercher à économiser nos dispositions sensorielles.

« Butterfly reniée » nous apprend-t-elle à la fin du premier acte. Avant d'ajouter « mais Butterfly heureuse » , pour ne pas nous laisser oublier quels rapports n'ont jamais cessé d'entretenir la joie et la douleur, le désespoir et l'exaltation, l'affection et le rejet.

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