Les "Commentaires sur la guerre des Gaules" de Jules César

Justifiant la conquête et mettant en évidence les qualités de l'ìmperator, cet exposé chronologique limpide est aussi un document historique précieux.
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Le récit est organisé en huit livres correspondant chacun à une année de campagne. Les historiens discutent pour savoir si l'ouvrage a été rédigé progressivement, ou a posteriori, à partir des notes de terrain, des rapports envoyés au Sénat et de divers autres documents. Le nombre assez important d'incohérences que l'on trouve dans l'ouvrage (chiffres démographiques par exemple) plaiderait en faveur d'une rédaction tardive.

Le livre I est consacré à l'année 58 avant J.-C. Il débute par la célèbre description de la géographie de la Gaule. César explique que le conflit a été déclenché par le projet des Helvètes de quitter leur territoire pour en occuper un autre appartenant aux Héduens. Le généralissime souhaite défendre les Héduens (et leurs voisins) contre ce qu’il présente comme une invasion. Il expulse également le Germain Arioviste du territoire des Séquanes.

Le livre II a pour sujet l'année 57, c'est-à-dire la campagne contre les Belges qui contestent la présence de légions et l'autorité romaine en Gaule. C'est le début d'une guerre de conquête.

Le livre III raconte la fin de l’année 57 et l’année 56: le soulèvement des Vénètes et de leurs voisins.

Le IVe livre est consacré à l’année 55 et aux problèmes à la frontière rhénane: Usipètes et Tenchtères, peuples celtes d’outre-Rhin, chassés de leurs terres par des Germains et des Suèves, cherchent refuge de l’autre côté du fleuve. César les considère comme des Germains et les force à se retirer après de sanglantes batailles et une incursion outre-Rhin.

Le livre V traite de l’année 54 et de l’expédition en Grande-Bretagne.

Le VI s'intéresse à l'année 53: César, craignant un soulèvement de la Gaule, renforce son armée. Les Gaulois se lancent effectivement dans des préparatifs de guerre. César analyse leurs mœurs et celles des Germains.

Dans le livre VII (52) sont exposées la conjuration générale des Gaules, le siège d'Avaricum et les célèbres batailles de Gergovie (défaite romaine) et d’Alésia (défaite et reddition des Gaulois).

Quant au livre VIII (51-50), écrit par Hirtius, il résume l'achèvement de la conquête et le début de la guerre civile entre César et le Sénat, allié à Pompée.

Simple journal de bord?

Ce livre, dont le titre, sans prétention, Commentarii de Bello Gallico annonce un document brut ( commentarii signifie à peu près aide-mémoire) se lit très facilement. Le monde y est clairement expliqué et organisé – du point de vue de la géographie comme de la politique.

Les peuples et les nations y sont nommés, caractérisés, comparés, classés par groupes qui s'allient ou s'opposent en vue d'objectifs bien définis. Ce n'est pas sans raison que les contemporains de César y on vu un chef-d'œuvre littéraire.

Seul le dernier livre, rédigé par le secrétaire du dictateur après l'assassinat de celui-ci, est moins captivant: style moins alerte, événements moins saisissants. On y sent une admiration sans borne pour l'homme de guerre comme pour l'homme de lettres.

Un ouvrage de propagande

Au lecteur de César, l’expansion romaine paraît naturelle. La fluidité du style et l'adoption du présent de narration donnent l’impression d’assister à l’action, tout en bénéficiant d'une leçon de guerre et de politique. Un livre, en somme, plus rempli d’idées et de valeurs que de faits.

Dans cette argumentation permanente, on reconnaît la formation oratoire de l’auteur. Ce brillant démagogue manipule constamment le lecteur, que ce soit en faussant des réalités ou en les taisant.

Il ne donne aucune raison valable à la conquête. Lorsque celle-ci survient, c'est comme une évidence, car les Belges se révoltent contre la présence des Romains. L’imperator affirme alors qu’ils attaquent. L’hypocrisie des premières opérations saute aux yeux.

De même, dans son portrait terrifiant des Celtes d'outre-Rhin, appelés à tort Germains, ou encore dans l'emploi de l'euphémisme "pacification" pour parler de conquête et de soumission, l'auteur est loin d'être un historien objectif...

Autoportrait de César

César, c'est bien connu, ne parle pas de lui à la première, mais à la troisième personne. Son objectivité feinte le met en valeur: efficace, pragmatique, droit, impitoyable en campagne.

La conquête de l'immense et riche territoire des Gaules, dont les habitants ont la réputation d'être des barbares d'autant plus redoutables qu'ils sont presque civilisés, est le moyen que César a choisi pour se faire un nom, gagner une renommée de général et l'appui des électeurs. Il ne cherchera pas à dénigrer la valeur de ses ennemis – Gaulois surtout, mais il concède aussi du courage aux Germains et aux Bretons – puisque celle-ci ne fait qu'ajouter à sa propre gloire.

Cette guerre ambitieuse fait l'objet d'une justification tout au long de l'ouvrage. Ce n'est pas par hasard s'il cherche à publier, dès 55 avant J.-C., une partie des Commentaires afin de rappeler son souvenir à ses concitoyens et de préparer les futures élections au consulat.

Document historique

La Guerre des Gaules est le principal témoignage et document qui nous permette aujourd'hui d'appréhender ces événements, ces circonstances, ces données culturelles. Malgré leur douteuse fiabilité, l'exitence de la civilisation celtique n'y est pas ignorée – César parle de leur administration, de leur langue, de leur religion.

La guerre y apparaît féroce et longue. Les massacres y sont nombreux, de même que les captures d'esclaves. Chaque engagement verbal s’appuie sur des échanges d’otages, dont on ne peut que se demander ce qu’ils deviennent.

Dans les deux camps, la valeur et le courage étonnent. En Bretagne, César montre une incroyable opiniâtreté face à la difficulté d'un combat naval dans les tumultes de l'Atlantique. Du côté gaulois, la mise en place de la coalition est impressionnante. De plus, les Celtes paraissent extrêmement lucides sur les conséquences de la conquête et leur résistance est, pour cette raison, farouche.

L’organisation des armées suscite également l'admiration, ainsi que les moyens de communication (malgré les distances), les techniques sophistiquées d’espionnage et d’information, sans parler de l’ingéniosité dans la façon de combattre.

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