César du Rhône: une sculpture de l'empereur romain jeune

Après être resté longtemps dissimulé dans le Rhône, le buste de César a fait l'objet d'une exposition à succès à Arles. Pourquoi fascine-t-il tant?

La sculpture ancienne a souvent quelque chose à voir avec l’Histoire. Eh bien, voici un des rendez-vous majeurs de l’histoire et de l’art.

Ce buste a été retrouvé dans le Rhône, au niveau d’Arles, il y a quelques années. Il a d’abord été longuement exposé au musée de la ville. Il ira bientôt dans d'autres musées. Il suffit de le voir pour comprendre qu’il y a de quoi se l’arracher – le jalouser.

A Arles, il fallait parcourir tout le musée avant d’atteindre la salle où se trouvaient les pièces maîtresses. Salle sombre (pour offenser au minimum les œuvres), salle sous très haute surveillance (presque un gardien par œuvre). On attend César, on attend, puis on comprend.

Jeunesse éternelle

Vous vous dîtes peut-être: César a déjà été tellement représenté… Un de plus ou de moins… Sauf que ce buste-ci donne à voir et à toucher le visage jeune de l’empereur romain. Visage jeune, cheveux courts, tête nue et vulnérable, il a pourtant les sourcils fiers, et la bouche déterminée à réussir ses entreprises. La force est saisissante. Il ne s’agit pas du tout du buste d’un éphèbe, ni de quelque adolescent apollinien. Il s’agit bel et bien d’un homme, jeune mais déjà avancé, avançant, plein d’allure, dégageant devant lui l’horizon et l’espace.

Un César sourire aux lèvres

La foule vient le photographier avant même de le regarder, le commenter sans d’abord l’écouter. Les gardiens vous refusent jusqu’à la tentation de le toucher.

Mais patientons. Restons là longtemps, attendons que passe la vague du milieu d’après-midi.

Et César fascine. Son orgueil prend à la gorge. Nous le regardons humblement. Et en même temps, il donne à sourire. Placé sur un socle haut, et ce socle surmontant une estrade, il est juste à hauteur mais paraît au-delà. Il semble sourire à la horde de photographes, autant qu’au lieu si conventionnel qu’est le musée. Avec sa tête légèrement tournée, il invite le spectateur à se montrer complice et rire de tout ça avec lui.

Nous sommes étonnés. Etonnés de le trouver si charnel et si vivant. Au bord de bouger – ne s’enfuit-il donc pas?

Un bel homme

Toute l’histoire, soudain touchable, et comprise dans un seul buste: on imagine que le continent n’a pas eu d’autre solution que de succomber. Ce César nous éclaire sur le pouvoir. Il confirme que le charme électrique est au centre, avec son efficacité du visage («le charme, ça fait vraiment tout», chante Christophe). Ne manque que la parole, mais la parole manque-t-elle vraiment, puisque le seul visage fédère?

Sur le même sujet