"Esprits Criminels" : Prentiss n'est pas morte mais mise en scène

L'épisode 18 de la saison 6 ("Lauren") témoigne visuellement de la complicité de l'ensemble des personnages. Le spectateur est-il inclus ou trompé?
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Les séquences de la série Esprits Criminels sont la plupart du temps intelligemment pensées, derrière leur discours de façade parfois grossier (les ficelles du profilage). Certes, les personnages ne sont pas aussi séduisants que dans Mentalist ou Dr House . Mais c’est la mise en scène, la réalisation proprement visuelle, qui porte l’enquête. Et cette fois, c’est l'une des membres de l’équipe, Prentiss, qui en devient l’objet.

Comme tous les autres personnages d’Esprits Criminels , Emily Prentiss a le physique stéréotypé (belle brune déterminée), le visage stable et les gestes prévisibles. On a vu d’autres personnages buter contre quelque chose qui les sortait de leurs gonds. Mais Emily Prentiss avait jusque là été relativement épargnée. Elle semblait quasi inébranlable, lisse, reine de la maîtrise. La saison 6, diffusée sur TF1, essaie enfin de lui arracher quelques uns de ses secrets.

Secrète

Avant d’intégrer l’équipe de profilers, Prentiss a été une infiltrée. Mais nous découvrons qu’elle est allée jusqu’à jouer l’amoureuse de celui qu’elle devait espionner. Etait-elle réellement amoureuse de lui ? N’a-t-elle jamais fait que jouer ? Premier secret. En revanche, Yan Doyle, qu’elle espionna, ne l’a pas oubliée. Il est bien décidé à se venger de celle qui le fit aller en prison. Elle s’appelait Lauren, fut déclarée morte, mais il sait qu’elle est devenue Emily. Et il compte s’en prendre à l’ensemble de son équipe.

Morte

Doyle la retrouve, ils se battent, il lui enfonce un pieu dans le ventre. Le FBI arrive, Prentiss, au sol, ferme les yeux tout en serrant la main d’un de ses plus fidèles équipiers. Puis c’est la salle d’attente de l’hôpital, on annonce que Prentiss n’a pas survécu à l’opération. JJ, un des personnages de la série, freine ceux qui voudraient voir le corps. Seul le patron passe outre ce frein, on le voit discuter avec JJ, qui le rejoint, derrière une vitre. Nous n’entendons rien. Nous ne voyons rien d’Emily.

Corps invisible

Puis c’est l’enterrement. Peu d’effondrement, et nous n’avons toujours rien vu de la dépouille de Prentiss. Après l’enterrement, un autre plan, unique, nous montre une rue de Paris, de nuit, et JJ assise, en lumière, à un bar. Face à elle, et nous tournant le dos, une femme brune à la voix de Prentiss. JJ lui offre plusieurs passeports pour une supposée nouvelle vie.

Immédiatement, le spectateur est choqué, presque outré de s’être fait manipulé. Mais en réalité, il n’y a pas eu de trahison. Le réalisateur n’a pas menti : jamais nous ne l’avons vue morte. Emily a précisément filé dans l’interstice entre ce que nous voyons et ce que nous croyons, même si on nous a offert des signes pour y croire. JJ, pleurant en annonçant la mort d’Emily, n’était jamais qu’une complice de cette vaste mise en scène.

Malices

Yan a eu le temps de filer. Mais Emily invente mieux. Elle sait qu’il n’y a que par la ruse qu’on se sauve. Le dernier plan de l’épisode rend tout à fait hommage à sa fuite en nous cachant son visage, en acceptant son caractère secret, et en ne nous montrant que le visage d’une JJ pleine d’admiration envers la cavale de son amie.

Prentiss s’en va donc, et le plus bel hommage de ses équipiers consiste à accepter de jouer son jeu en jouant leur rôle. La preuve : Matthew Gray Gubler, qui a réalisé cet épisode, n’est autre que l’interprète d’un des équipiers d’Emily. Il a su épouser l’esprit de la série (retenue voire austérité de façade, confiance mutuelle, infimes et bouleversants petits signaux de malaise). Mais aussi, il a suivi dans ses méandres la décision troublante d’une des héroïnes : disparaître. Et il a introduit une touche joueuse et complice dans la succession des images qu’il nous adresse.

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