Shane dans "The L word" – jouée par Katherine Moennig

Troublante version lesbienne de Don Juan, elle l'un des personnages les plus marquants de la série.

Archétypes

« The L word » raconte les aventures d’un groupe de lesbiennes à Los Angeles. Toutes vivent dans un quartier lumineux, exercent des métiers à en baver (galeriste, présentatrice radio, championne de tennis, gérante de night club, écrivain, productrice de cinéma…). Elles sont toutes plus jolies les unes que les autres. Milieu glamour, milieu de rêve, spectre californien : tout promet l’ennui de la perfection.

Sauf qu’au milieu de ce milieu, il y a Shane. Elle aussi tend vers le stéréotype. La plupart des autres femmes sont très féminines, mais Shane est celle que l’on prend pour un garçon. Petite et maigre, cheveux courts, démarche frondeuse : elle est celle dont on devine, de très loin, qu’elle aime les filles.

Nuances

Le stéréotype étend sa toile dans d’étranges zones. Elle n’a pas les mêmes origines que les autres. Elle a grandi dans un foyer, elle a fait le trottoir, sans jamais se vendre complètement aux hommes. De cette expérience, qu’on ne devine qu’au détour de quelques répliques, lui reste une force étonnante. Et, sentimentalement, une cruciale indépendance. Elle multiplie les conquêtes et tient absolument à finir la nuit seule.

Bien sûr, l’amour vient une fois s’immiscer, et fendiller ses intentions. Shane tombe amoureuse, mais cette fois c’est l’autre qui s’échappe après l’avoir séduite. Shane se durcit de plus en plus, et offre de moins en moins sa confiance. Demeure l’amitié, au milieu, comme une île.

Presque

Soudain, elle est tentée par la relation stable. Une fille belle et bien, Carmen, grignote son indépendance. Voici venue la relation de long terme. Pourtant, au bord de se marier, Shane fuit. Pourquoi ? Parce qu’elle est une « heartbreaker » (« briseuse de cœur », placarde une amante déçue, dans la saison 1) ? Parce qu’elle cherche plus belle, plus douce, plus intelligente ? Non.

Elle n’aime que changer, que séduire, que tenter, que varier. Brûlante, passionnée de la chair et des formes des femmes, donneuse en général plus qu’en particulier, elle est aussi follement capable de rage. Elle butine, parce qu’elle sait que les femmes font mal.

Tentations

Elle plaît aux femmes (lesbiennes ou non), mais elle plaît aussi aux hommes (gays ou non). Dans la saison 2, un homme est troublé de se sentir à ce point attiré par elle. Dans un premier temps, il prétend savoir distinguer les femmes lesbiennes des autres femmes. Sûr de lui, il donne quelques frêles arguments. Mais Shane déroute cette évidence. Elle l’attire.

N’est-ce donc que l’impossible qui tente ? Shane, partante pour tout, demeure pourtant l’impossible. Séductrice et séduisante, elle ne laisse plus aucune place pour être séduite. Elle répète le désir sans jamais se lasser. Sa température monte sans cesse et nul(le) ne saurait, d’un grand sceau de glace, la dompter.

Sur le même sujet