« Unfaithful », de Rihanna : le clip transforme la chanson

Chanter, composer, interpréter : est-ce tromper ? C'est la question suscitée, entre paroles et images, par ce clip.
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Que nous dit, en elle-même, la chanson de Rihanna ? Contentons-nous du refrain : « I don’t want to do this anymore / I don’ want to be the reason why / Evertytime I walk at the door / I see him die a little more inside / I don’t want to hurt him anymore / I don’t want to take away his life / I don’t want to be / A murderer’ (je ne veux plus faire cela/ Je ne veux pas être la raison pour laquelle / Chaque fois que passe la porte / Je le vois s’éteindre un peu plus / Je ne veux plus le blesser / Je ne veux pas détruire sa vie/ Je ne veux plus être / Une meurtrière)

Il est donc question d’une infidélité tentante mais refusée parce que trop dangereuse.

Or, le clip subvertit ces tentations. Il noue intimement la musique à l’instinct. Il confond ce qui, dans la vie de tous les jours, est fantasme irréalisé, et ce qui, par le chant et la partition, se réalise hors de tout soupçon.

Deux Rihanna

Deux Rihanna apparaissent dans le clip. L’une est la Rihanna "quotidienne", discrète, tendre avec son compagnon. L’autre est la vamp se préparant en coulisses : belle robe de soirée, décolleté plongeant, lèvres sombres et brillantes, talons hauts. Seule la seconde chante. Elle longe les couloirs jusqu’à la scène. La première boit un verre en terrasse et en plein jour. Son compagnon s’absente un instant : on vient lui apporter un numéro de téléphone. Elle tourne la tête vers l’expéditeur, mais déjà le fiancé vient intercepter sa vue. Qu’importe, le cœur s’invente d’autres directions.

Et bien sûr, la vamp arrive peu à peu sur scène. La salle est vide, cette Rihanna est seule avec un piano et un pianiste. Pendant ce temps, la discrète croit voir, sur son chemin, un homme qui l’attire. C’est le pianiste. Lors d’un court plan hallucinatoire, on la voit même monter dans sa voiture.

Stop

Mais l’infidélité s’arrête là. La musique prend le relai. La vamp et le pianiste flirtent, sous les projecteurs mais devant la salle toujours vide. La tromperie est entendue (« Unfaithful ») mais demeure étrangement confidentielle. Bien qu’ils se rapprochent le temps d’une image, Rihanna demeure seule. Elle chante à tue-tête allongée sur un banc, cela prend son sens : tout a lieu à l’intérieur. La musique est l’alibi, tout est permis. Le fiancé conserve sa confiance naïve, et Rihanna y joue.

On pourrait détailler toutes les subtilités de la réalisation, et notamment du montage, qui contribuent pour une immense part à la qualité de ce clip. Mais il faudrait également souligner le talent de Rihanna qui sait si bien se livrer aux contraires. On pense au clip du « California », de Mylène Farmer, réalisé par Abel Ferrara, dans lequel deux Mylène Farmer se croisent : l’une femme mariée, l’autre prostituée. On remarque volontiers les qualités de ce clip, parce que Ferrara est reconnu. Et pourtant, « Unfaithful » est presque plus épatant : il joue certes un peu trop de la corde de la culpabilité mais, malgré les très fortes contraintes commerciales, il ose déployer d’étonnantes puissances de l’archétype.

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