Entreprenariat et web à Montréal

Montréal: Le web vu par deux entrepreneurs locaux
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La création de richesse grâce à l'Internet s'institutionnalise de plus en plus. De nombreux poids lourds de l'industrie ont commencé en mode garage et pizza. On fait notamment référence à Microsoft, Apple , et plus récemment Google et Facebook qui témoignent de l'aventure d'ingénieux étudiants en informatique transformés en véritable chef de fil. La Sillicon Valley est un creuset où bon nombre de géants de l'industrie des technologies de l'information ont vu le jour. Si Montréal, n'a pas encore atteint ce niveau, la métropole tend à s'inscrire dans cette mouvance. Les entrepreneurs locaux surfent pleinement sur cette vague. Heri Rakotomalala et Bruner Nozière , sont tous deux des entrepreneurs, issus de milieux distincts, l'un vient du secteur bancaire, l'autre ingénieur de celui de la télécommunication. Tous deux, chevronnés, tentent de laisser leur marque sur la toile. Autour d'un speed-dating du web, ils ont fondé Enterprising.ly , un site de services et produits destinés aux professionnels du web et des technologies de l'information. Leur ambition résulte de la volonté de changer les choses, de créer de la richesse et de partager leur expérience dans une communauté où l'entre-aide est de vigueur.

Nous traversons une ère où l'Internet, les médias sociaux, la radio, la tv convergent en un point: le mobile intelligent. Certains le définissent comme un septième média. Montréal est reconnue pour son engouement pour l'industrie du jeu. La métropole montréalaise peut-elle devenir une autorité dans l'industrie du web et des nouvelles technologies ? Le dialogue de ces entrepreneurs nous donne un bref aperçu de la "webosphère" montréalaise.

Quel sont vos parcours respectifs?

Heri: De mon côté, j'ai étudié en France, je suis issu d'une école de télécommunication, puis j'ai opté pour une année à l'étranger et j'ai choisi de faire le DESS en Gestion de Hec Montréal . Finalement, j'ai choisi de rester, et j'ai également commencé en tant que consultant... et de fil en aiguille le virus m'a pris. J'ai créé MontréalTechWatch , qui devient de plus en plus une autorité en web. Par rapport à mon expérience française, je trouve que les choses sont plus simples à Montréal. J'ai eu justement un sentiment de libération en arrivant ici. En France, bien que l’entreprenariat se développe; les choses sont différentes et les professionnels commencent tardivement dans l'entreprenariat. En règle générale, ils font d’abord leurs preuves dans une entreprises et préfèrent être backés pour bien démarrer. C'est une autre manière de faire.

Bruner: J'ai toujours eu l'ambition de faire quelque chose de différent. L'innovation, la création de produits et services destinés aux entreprises ont été la source de ma quête. Dans le milieu bancaire, j'ai trouvé qu'il manquait d'automatisme et que le délai de certaines transactions manuelles, à l'époque, prenait trop de temps et créait un manque à gagner. J'ai commencé en tant que consultant et c'est là que j'ai eu la piqûre comme on dit.

Quel est le poids de la webosphère à Montréal?

Heri: Pour en parler, comme Bruner le dit, il vaut mieux commencer par le mode de financement. Les investisseurs, les fonds d'investissements, les anges financiers, les capitaux risques, le gouvernement, la FTQ et les bourses traditionnelles, comme la Fondation du Maire ou les Cdeq sont de très bonnes ressources. Le réseau est aussi très important : Montreal TechWatch , Next Montréal , CoFounders Lounge, (formule speeddating) m’a permis de rencontrer Bruner.

Le réseau inclut des lieux physiques tels que the Noteman House - un projet très ambitieux- ou McKibbins Irish Pub . Il existe pas mal d’incubateurs type Bolidéa.

Aujourd’hui, je bénéficie d’une certaine notoriété dans cet écosystème.

Bruner: Comme la Sillicon Valley, Montréal investit, et cela depuis des années dans les infrastructures. Malheureusement, certaines technologies comme la fibre optique ne sont pas encore généralisées. Il y a une certaine lenteur dans le progrès. Le Vieux Port de Montréal s'institutionnalise de plus en plus et s'adapte aux entreprises technologiques. De toute évidence, le gaming a plus d’ampleur. Et, justement, autour du gaming d'autres industries connexes gravitent autour de cette effervescence. Le mode de financement influence aussi beaucoup la création de start-up. Montréal détient toutes les ressources mais pas assez de prise de risque car 60 % des entreprises sont subventionnés publiquement, à la différence des États-Unis, qui profitent davantage de capital venture (c apital risque ) . Au Québec, on dispose de la créativité et de l'innovation. D’un point de vue stratégique, moi j'opte pour les résultats et la créativité. Bien entendu on ne peut pas "être créatif pour être créatif".

Quels sont les pour et les contre de ce mode d'activité?

Heri: Le contre est simple: le sacrifice. Avoir une famille, c'est compliqué. On atteint facilement 70h par semaine et plus. L'argent est aussi un paramètre. On peut passer six mois à un an sans revenu. Il faut s'y préparer. Globalement, le manque de sécurité effraie. Dans les pour, je dirais let's go. Une année d'entreprenariat équivaut à 7 ans de travail pour un poste de 9 à 5. En tant qu'entrepreneur, tu es ton propre chef, donc tu gères ton temps. La résolution de problème est aussi beaucoup plus courte. Un dossier prend très peu de temps pour être résolu. Une entreprise, c'est comme un bébé, il faut en prendre soin. Cela exige la passion, l'idée de créer de la valeur, le marketing, le service à la clientèle malgré les obstacles. Tout le monde n'est pas prêt à tout sacrifier. Je suis très impressionné par le modèle d’entreprises comme Heroku vendu à Rackspace ou Airbnb , une entreprise de location d'espace chez les particuliers. Ils ont réussi à créer de la valeur là où il y en avait pas. C’est aussi ce que l’on cherche à faire avec Enterprising.ly .

Bruner: Une membre de mes réseaux, Kim Auclair posait la question clairement, est-ce qu'on devient entrepreneur ou est-ce que l'on naît entrepreneur? Je crois que l' on peut aussi se découvrir la fibre. Le goût du risque est le coeur de ce métier. Ce sont des heures de travail qui impliquent de savoir gérer son temps, bien souvent trouver l'équilibre est très difficile. Le point positif du web, c'est qu'il permet facilement de travailler de n'importe quel coin du monde.

C'est aussi un style de vie, tu dois réseauter, vendre ton produit, créer ta place et il te faut une certaine visibilité. J'ai gagné quelques prix d'entreprenariat. Cela indique qu'on est en bonne voie mais aussi qu' il y a encore un bout de chemin à faire. Ces reconnaissances motivantes ne sont pas la finalité.

Quels sont les changements notoires d'un point de vue technique?

Heri: De toute évidence, l'outil pour lequel tu développes est à prendre en considération. Par exemple Apple propose un modèle d’affaires où tu peux vendre ton application et peut assurer des revenus. Le Cloud computing te permet d'avancer ultra rapidement. C'est très facile à réaliser en comparaison d'une application i-Phone . Rubi facilite le travail. Les changements se font rapidement. Sur notre site, nous utilisons, le chat live . Les commentaires en temps réel nous permettent de faire les modifications instantanément dès qu’un client rapporte un bug ou autres commentaires. Certains langages facilitent la réactivité. On préserve ainsi la proximité avec notre clientèle. Le site Lean star-up est une très bonne référence en la matière.

Bruner: La tendance est aux plateformes ouvertes. On crée des api (application programming interface) libres. Le Marketplace de Facebook illustre ce phénomène. Cette application n'est pas developpée par Facebook. La compatibilité est aussi capitale, il y avait une grosse tendance P h p , mais aujourd'hui Python prend de la marge, Ruby également...

Perso, j'ai un peu de résistance avec le C++. De toute façon, il vaut mieux privilégier un langage de programme multiplateforme. Ce sont des choix technologiques liés aux disponibilités des ressouces humaines .

Quelles sont les conférences à noter dans nos agendas?

Heri: Au niveau international, depuis près de cinq ans , le SXSW arrive en tête; comme disait Bruner, le Start-up Festival a aussi été un franc succès cette année et génèrera davantage pour 2012. Au niveau corporatif, Webcom , est un événement reconnu.

J’ai aussi un message pour les plus jeunes. Tentez l’aventure, vous ne serez pas déçus !

Bruner: Je dirais le Start-Up festival, la première édition a eu lieu en juillet dernier. C'est un festival destiné aux professionnels et aux internationaux ; il y aussi le Blitzweekend qui est une communauté où les entrepreneurs présentent leurs idées à d'autres spécialistes. Ce n'est pas toujours ouvert à tout le monde. Il y a aussi Confoo . Bon c'est sûr, il y en a d'autres.

Montréal tente d'inscrire son empreinte; les idées et la créativité sont là. Vous l'aurez bien compris, les infrastructures sont en cours de développement. Mais comme on dit, il vaut mieux tard que jamais. Être entrepreneur c’est bien, mais les risques sont bien réels, les succès sont fort possibles mais nécessitent de vrais sacrifices. Si vous vous installez à Montréal voici une brève qui vous donne le ton et la résonnance de Montréal dans le web.

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