La Tunisie au troisième jour de l'après-Ben Ali

Vendredi 14 janvier 2011, l'ex-président Ben Ali a fui vers l'Arabie Saoudite. Depuis, le peuple tunisien poursuit sa marche vers la démocratisation.

Le soulèvement du peuple tunisien désormais connu sous le nom de "Révolution du jasmin", a conduit, vendredi 14 janvier, à la fuite du président Ben Ali, au pouvoir depuis 23 ans. Un gouvernement provisoire vient d'être mis en place.

Au commencement de "la Révolution du jasmin"

Le 17 décembre 2010, Mohamed Bouazizi, marchand ambulant, s'immole dans la rue sous les yeux des passants. L'homme, régulièrement spolié de sa marchandise par la police, avait décidé de rendre compte de cet abus de pouvoir auprès de la Préfecture, mais personne n'a réagi.

Alors acculé au désespoir, Mohamed Bouazizi a décidé de se sacrifier. Une caméra amateur filme la scène, laquelle va ensuite être postée sur internet et susciter l'indignation du peuple tunisien.

Grièvement brûlé, l'homme est transporté à l'hôpital de Ben Anous où il décèdera le 4 janvier 2011. Il devient alors le symbole du désespoir d'un peuple qui, dès lors, descend dans la rue pour exprimer sa colère et son ras-le-bol. En effet, depuis 23 ans, le peuple tunisien subit le régime quasi dictatorial de Zine El-Abidine Ben Ali, président de la Tunisie, pays où le chômage s'élève à 15%.

Curieusement, les informations nationales ne relèvent jamais aucun problème. Les nouvelles se veulent toujours bonnes et à en croire les journalistes, le pays se porte bien et ne connaît aucune difficulté.La réalité est bien entendu un peu différente mais le pouvoir censure les journalistes et ceux qui malgré tout, décident de s'exprimer, prennent de gros risques.

Mais après l'immolation de Mohamed Bouazizi, le peuple tunisien -qui ne vote plus librement depuis 23 ans- se lance dans un mouvement social contre le chômage et la vie chère. Les revendications prennent vite un aspect politique.

Le pouvoir de Ben Ali décrié par un peuple en colère

Diverses manifestations ont alors lieu dans le centre-ouest du pays (Mengel-Bouzazare, Thala, Kasserine...). La police tente de les réfreiner par des jets de bombes lacrimogènes et des tirs à balles réelles, causant la mort de plusieurs jeunes manifestants.

La révolte gagne Tunis et devient la "Révolution du Jasmin", dans laquelle fleurissent des slogans encore inimaginables un mois plus tôt comme :"Ben Ali assassin" ou "Ben Ali dehors".

Le président Ben Ali, sentant le vent tourner, décide de s'exprimer à la télévision le 13 janvier. "Je vous ai compris", déclare-t-il aux Tunisiens. Le chef de l'Etat semble vouloir faire des concessions mais annonce néanmoins qu'il restera au pouvoir jusqu'en 2014.

Le lendemain, une spectaculaire manifestation prend forme dans les rues de Tunis, réunissant cette fois-ci non plus seulement les jeunes mais aussi la population toute entière, tous âges et toutes classes sociales confondues.

La rue a finalement raison et le désormais ex-président de la Tunisie, Zine El-Abidine, Ben Ali prend la fuite en direction de l'Arabie Saoudite, a confirmé un communiqué du palais royal cité par l'agence officielle saoudienne (SPA).

Lors de ces manifestations, l'armée régulière s'est désolidarisée de Ben Ali, à l'inverse de la police du régime, et a refusé de tirer sur les manifestants dont elle a désormais la confiance.

L'histoire s'accélère donc en Tunisie où s'opère une transition démocratique. Le peuple tunisien a fait un pas de géant vers sa démocratisation.

Ben Ali soupçonné d'organiser le chaos

Depuis maintenant trois jours, c'est-à dire-depuis la fuite de Ben Ali, la Tunisie connaît de violents affrontements entre la population soutenue par l'armée et les milices de l'ancien président. De nombreux vols et pillages sont perpétrés.

Le chaos a pris place dans les rues et serait, selon des témoignages d'opposants au régime de Ben Ali, orchestré par l'appareil de sécurité de ce dernier. Ben Ali serait le maître d'oeuvre de cette violente confusion.

Une opinion que partage Mr Haddad, ambassadeur démissionnaire de la Tunisie à l'Unesco, qui accuse, dans un communiqué livré à l'AFP, l'ex-président Ben Ali d'avoir "prémédité l'anarchie avant son départ".

De son côté, la population s'organise en comités de défense pour lutter contre les pillages et les exactions, selon Yvon Corre, l'envoyé spécial de Presse Régionale.fr à Tunis. Cependant, lundi matin 17 janvier, la situation semblait s'être apaisée et certains commerces avaient rouvert leurs portes.

Cette même journée, le Premier ministre Ghannouchi a dévoilé la liste des membres du gouvernement provisoire. Il y a fort à parier qu'il déçoive de nombreuses personnes. Il se compose en effet de plusieurs personnalités connues de l'administration de Ben Ali et de trois dirigeants de l'opposition.

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