L'artiste Ai Weiwei muselé par les autorités chinoises

Ai Weiwei sorti de prison, oui! Libre, ça se discute. Libéré sous caution et sous conditions: pas d'interviews, pas de twitter! La répression avance.

Emprisonné le 3 avril et maintenant tenu en laisse par la censure, Ai Weiwei est un nom de plus sur la liste noire des autorités chinoises. Depuis février 2011, la Chine connait une vague de répression jamais vue depuis une décennie. Objectif: faire taire, d'une façon ou d'une autre, les activistes et défenseurs des droits humains.

La liberté pieds et poings liés

Libéré le mercredi 22 juin en soirée, l'activiste chinois Ai Weiwei se voit imposer de lourdes restrictions par les autorités: pas de voyage, pas de post sur twitter et pas d'interviews pendant un an.

L'homme de 54 ans dispose d'une entière liberté de mouvements, mais pas au-delà de Pékin. En effet, selon un proche de la famille d'Ai Weiwei, celui-ci devra en référer aux autorités avant tout déplacement en dehors de la capitale.

"Ce comportement est illégal. C'est une violation des conventions des Nations unies", a déclaré Pu Zhiqiang, l'un des principaux avocats chinois des droits civils.

Artiste avant-gardiste, Ai Weiwei est l'un des 350 intellectuels chinois signataires de la Charte 08, manifeste publié le 10 décembre 2008 qui tend à promouvoir la réforme politique et le mouvement démocratique chinois dans la République populaire de Chine.

En désaccord avec le régime communiste depuis des années, Ai Weiwei est l'un des dissidents les plus virulents et les plus connus à l'étranger. Statut pour lequel il paie aujourd'hui un lourd tribut: la liberté partielle.

Et cependant les autorités chinoises justifient l'arrestation de l'artiste par une accusation de "crimes économiques". Accusation qui soulève bien des questions quant à la mise sous silence d'Ai Weiwei.

Morte la bête, mort le venin

3 avril 2011, Ai Weiwei est arrêté à l'aéroport international de Pékin alors qu'il s'apprêtait à prendre un avion pour Hong-kong. Chefs d'accusation: "crimes économiques".

Selon l'Agence Chine Nouvelle (la plus grande des deux agences de presse nationale chinoise), la Beijing fake cultural development ltd -compagnie contrôlée par Ai Weiwei- s'est rendue coupable d'une "évasion fiscale massive et a intentionnellement détruit des documents comptables".

Selon la famille de l'artiste, ces allégations sont une excuse pour réduire au silence les critiques de ce dernier.

Finalement libéré le 22 juin, l'Agence Chine Nouvelle déclare alors que cette libération s'est faite grâce à la "bonne attitude" de l'activiste et au fait qu'il a "confessé ses crimes". Il aurait également assuré à de nombreuses reprises son intention de s'acquitter de sa dette auprès du fisc.

Coïncidence ou fait exprès, toujours est-il que cette libération est survenue la veille de la visite du Premier ministre chinois Wen Jiabao en Hongrie, en Allemagne et en Grande-Bretagne, pays où l'artiste est bien connu et apprécié.

On peut supposer que la libération d'Ai Weiwei est en partie due au tollé de protestations internationale qui ont suivi son arrestation. Tollé auquel l'Allemagne et la Grande-Bretagne ont justement participé.

La Chine s'en va-t-en guerre!

Les dirigeants chinois craignent et refusent la rébellion. A cette dernière, une solution: la répression.

Ainsi, depuis le 16 février les détracteurs du gouvernement sont les cibles des autorités. Bloggers, journalistes, défenseurs des droits humains (etc.), nombreux sont ceux qui se font arrêter, harceler, ou encore sont mis sous surveillance ou poursuivis en justice.

Quand ils ne disparaissent pas tout simplement.

Selon Amnesty International, ce sont plus de 130 activistes qui ont été détenus depuis le mois de février 2011.

Deuxième mesure pour resserrer le contrôle et couper l'herbe sous le pied à d'éventuels dissidents: le "Great firewall of China"; vaste opération de censure et de surveillance mené par le ministère de la Sécurité publique.

Les sites jugés sensibles par le gouvernement chinois sont systématiquement bloqués. Les premières victimes de ce limogeage sont les réseaux sociaux tels que Twitter et Facebook.

On peut présumer que cet effort de répression et de censure est, en partie, une réaction aux vents de révolte qui soufflent sur le Moyen-Orient. Craignant que ces vents porteurs de contestations et de réformes politiques ne viennent souffler sur leurs terres, les dirigeants chinois prennent des mesures drastiques.

Mais à vouloir museler la meute, on risque la révolte...

Sources :

- AFP-TV

- The New-York Times-Edward Wong-" Dissident chinese artist released " (22 juin 2011)

- The Guardian- Tania Branigan- " Artist Ai Weiwei released on bail by chinese police " (22juin 2011)

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