Gaz de Schiste, énergie nouvelle ou nouvelle pollution ?

Le gaz de schiste vous connaissez? Sa découverte peut changer la donne énergétique dans le monde. Mais à quel prix?
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Les Etats-Unis ont dépassé la Russie et sont devenus les principaux producteurs de gaz en 2009. Pourquoi? Grâce à la découverte du gaz de schiste, il y a 30 ans, au Texas. On compte aujourd’hui 500.000 puits d’exploitation dans 31 états américains.

Le gaz de schiste un enjeu stratégique

Qu’est-ce que le gaz de schiste? Un gaz extrait, comme son nom l’indique, du schiste où il se trouve. A la différence du gaz naturel, on ne le trouve pas concentré en grandes poches, mais il est réparti dans les fissurations de la roche. Il faut donc beaucoup de roches pour extraire une quantité significative de gaz.

L’exploitation de cette ressource requiert en conséquence des technologies plus complexes que celles utilisées pour le gaz naturel.

Les investissements dans la recherche et dans la production de gaz de schiste n’auraient pas été rentables sans l’augmentation du prix du pétrole et la perspective de raréfaction des énergies fossiles. Aujourd’hui, ils promettent de grands profits financiers.

L’enjeu n’est pas uniquement financier. Il est aussi stratégique.

Certains pays (Etats-Unis, Canada, et maintenant la France…) y voient un moyen d’assurer leur indépendance énergétique.

Il n’est donc pas étonnant que Total et le Texan Shuepbach, son équipier américain, se proposent d’exploiter le gaz de schiste en France.

Quel impact sur l’environnement?

La technique mise en œuvre pour récupérer le gaz de schiste consiste à utiliser l’hydrofracturation. Cela signifie qu’on projette sur les roches entre 7 à 28 millions de litres d’eau par fracturation, mais aussi plus de 500 acides différents. Il est évident dans ces conditions que l’approvisionnement en eau pose un gros problème, mais aussi la récupération et le traitement des eaux utilisées. «Oubliées nos bonnes résolutions en termes d’émissions de CO2. Nous sommes sauvés: voici le gaz de schiste...», comme le dit ironiquement Laurent Carpentier, maître de conférence à l’Université de Reims, dans Le Monde .

Et pour confirmer ses dires, un rapport réalisé l'an dernier par l'EPA (Agence de protection de l'environnement américaine), l'activité du gisement de Barnett Shale, dans le nord du Texas, pollue plus que tout le trafic automobile de cette ville de 725.000 habitants.

Les forages se font à plus de 2000 mètres de profondeur. Ils peuvent traverser des nappes phréatiques. Les habitants de la Barnett Shale au Texas ont connu la contamination des nappes phréatiques par les polluants utilisés pour la fracturation.

Les puits ne sont pas non plus à l’abri de fuites de méthane comme cela se produit actuellement au puits de Leclercville au Québec.

En France, les régions concernées sont déjà désignées: elles vont du sud-est du Larzac à la Drôme en passant par les Cévennes et l’Ardèche, mais aussi la Nièvre… Selon Corinne Lepage, ancienne ministre de l’Environnement, député européenne et fondatrice du mouvement écologiste Cap 21, 1% du territoire français serait concerné.

Les tenants de cette technologie assurent qu’elle est parfaitement contrôlable et sans risque pour l’environnement et la santé de la population.

Les populations déjà soumises à cette exploitation sont moins certaines des avantages de ce procédé. Au Texas, au Canada et plus précisément au Québec, un moratoire est à l’ordre du jour.

L’impact sismologique du gas de schiste

On a observé au nord du Texas une activité sismique anormale, provoquée par la profondeur des forages. Le géologue canadien Jack Century mène croisade contre la sismicité induite par ces forages: « La fracturation provoque non seulement de l’agitation micro-sismique pouvant compromettre l’intégrité des tubages de puits, mais aussi de forts tremblements de terre allant de 5 à 7 sur l’échelle de Richter et causant des décès… »

Ces tremblements de terre mettent naturellement en cause la sécurité des puits. Ils peuvent, en se disloquant, laisser échapper de grandes quantités de gaz et de produits polluants dans la nature.

La recherche du gaz de schiste libère aussi la radioactivité contenue dans le sous sol. On a pu relever des concentrations de radium 226, 267 fois supérieurs à la dose admissible dans les rejets dans la nature, et 1000 fois supérieures à ce qui est admis pour l’eau potable.

On ne parle pas ici des dégâts évidents pour la faune et la flore.

Une opposition s’organise

Total et son partenaire américain ont obtenu des autorisations pour prospecter sans aucun débat préalable avec les élus, les associations ou les populations concernées.

La ministre de l’Ecologie Nathalie Kosciusko-Morizet a déclaré qu’il n’était «pas question d’exploiter le gaz de schiste comme cela se fait dans certains pays et notamment aux Etats-Unis (...) avec des techniques dangereuses pour l’environnement et destructrices.»

Pour autant, elle refuse tout débat public et tout moratoire sur «l’exploration» qui seraient contradictoires au «code minier»… et tous les brevets d’exploitation sont américains.

Des réunions d’information ont lieu partout dans les régions concernées. Des pétitions pour un moratoire circulent sur le net comme celles de l’association pour la protection des espèces. Des rassemblements de protestation sont prévus notamment à Valence.

Dans les années 70, la France a choisi sans aucun débat le tout nucléaire pour produire son électricité. Aujourd’hui, près de 80% de cette énergie est d’origine nucléaire. Un nouveau choix crucial s’offre à nous. Se fera-t-il aussi en catimini?

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