Le Christianisme face à ses origines

L'histoire du christianisme a été longtemps marquée par un violent rejet du judaïsme. Pourquoi tant de haine ? Elle tient en une accusation : déicide !

Cette terrible accusation de déicide justifia toutes les autres, inspirées des intellectuels antiques et païens. Pourtant presque personne ne conteste aujourd'hui les origines judaïques du christianisme : la Bible hébraïque est partie intégrante des textes sacrés reconnus par l'Eglise sous le nom d'Ancien Testament. Il est clair pour tous les spécialistes que les premiers Chrétiens se considéraient eux-mêmes comme Juifs, à commencer par Jésus lui-même.

Juifs et chrétiens, une même culture originelle

Au tout début de notre ère, il n'y avait aucune contradiction à reconnaître Jésus comme le Messie et à pratiquer le Judaïsme. Même la croyance en la résurrection ne posait aucun problème.

Le fameux texte prophétique Juif appelé le Deutero Isaïe annonce d'ailleurs un monde renouvelé par Dieu grâce à la venue d'un enfant, un "fils pour le trône de Dieu". Le Second Isaïe annonce aussi la venue d'un Serviteur Souffrant.

Isaïe lui fait dire : « j'ai tendu le dos à ceux qui me frappaient […] je n'ai pas soustrait ma face aux outrages et aux crachats [...] Il a été transpercé à cause de nos pêchés, à cause de nos crimes […] le châtiment qui nous rend la paix est sur lui, c'est grâce à ses plaies que nous sommes guéris » ( Livre d'Isaïe, chap. 40 à 55).

Ce texte a été écrit selon les historiens entre 550 et 539 avant J.-C. ! Il marque la date des débuts du monothéisme juif exclusif. La résurrection elle-même n'était pas une idée neuve. On la trouve déjà dans les livres bibliques attribués à Osée, Ezequiel, ou Daniel... Parmi les Juifs, seuls les Sadducéens ne partageaient pas cette perspective.

Les premiers Chrétiens étaient donc tous des Juifs. Jésus lui-même disait : « n'allez pas croire que je suis venu pour abolir la Loi ou les prophètes : je ne suis pas venu abolir mais accomplir » (Mathieu 5 :17).

Les disciples de Jésus formaient un courant du judaïsme comme les Pharisiens, les Esseniens, les Zélotes ou les Sadducéens…

Les partisans juifs de Jésus étaient persuadés qu'il était le Messie envoyé par Dieu pour sauver le monde. Ils en voyaient la preuve par les nombreux miracles qui lui étaient attribués. Cela non plus, n'avait rien de nouveau dans la tradition hébraïque.

Simplement, certains Juifs croyaient à la résurrection de Jésus, d'autres non. Cela seul faisait différence.

Les païens, dans un premier temps, ne différenciaient pas non plus les Chrétiens des Juifs. Puis, ils les considérèrent comme des Juifs encore plus extrémistes que les Juifs habituels car ils s'opposaient radicalement à la domination romaine.

La rupture de Paul de Tarse ou les débuts du rejet des Juifs

Paul de Tarse, Juif pourfendeur de chrétiens, se convertit à Jésus sur le chemin de Damas. Le Christ lui apparut selon ses dires et cela changea sa vie. Dès lors, il fit preuve d'un grand dévouement à sa nouvelle cause. A un point tel qu'il inaugura une révolution culturelle.

Les rituels sacrés du Judaïsme tels que la circoncision, les interdits alimentaires ou le sabbath devenaient pour lui facultatifs. Il parla de la « circoncision du coeur » (dans l'Epître aux romains ) et permit ainsi aux chrétiens de s'ouvrir plus largement aux païens qui redoutaient la circoncision de la chair. Beaucoup d'entre eux étaient attirés par le Judaïsme, mais la dureté des lois Juives les faisait hésiter à se convertir.

L'ouverture prônée par Paul et ses disciples provoqua une première rupture nette avec le Judaïsme, à une époque où les fidèles pouvaient fréquenter indifféremment la synagogue et l'église.

Bien entendu, les Juifs, y compris des Juifs chrétiens et même des apôtres étaient en désaccord avec Paul. C'est pourquoi, Paul prononcera les premières déclarations contre les Juifs. Il dira dans la première Epître aux Corinthiens :

« Ceux-ci (les Juifs) ont mis à mort le Seigneur Jésus et les prophètes, et ils nous ont persécutés. Ils déplaisent à Dieu et sont ennemis de tous les hommes. » Ce n'était malheureusement qu'un début.

Sources :

Gérard Mordillat et Jérôme Prieur, J ésus après Jésus , Editions du Seuil, mars 2004.

Elie Wiesel, les célébrations prophétiques Editions du Seuil, 1998.

Mircéa Eliade, Histoire des croyances et des idées religieuses, Bibliothèque historique Payot, 1978.

Léon Poliakov, Histoire de l'antisémitisme , Tome 1, Calmann Lévy, 1981.

Sur le même sujet