L'Eglise et l'antisémitisme

La levée des excommunications infligées aux évêques intégristes a fait craindre une résurgence de l'antisémitisme dans l'Eglise. Qu'en est-il aujourd'hui ?

Le 21 janvier 2009, un décret pour la congrégation des évêques signé par le cardinal Giovanni Battista Re levait l'excommunication qui frappait quatre évêques consacrés par monseigneur Lefebvre appartenant à la Fraternité Saint Pie X. Cette réhabilitation suscita un tollé général.

Elle concernait des personnages comme Richard Williamson qui niait la réalité de la Shoah et mettait en cause la validité des positions prises par Vatican II, notamment dans les relations entre l'Eglise et le judaïsme.

Cette décision a provoqué des critiques au plus haut niveau. Fait exceptionnel, un chef de gouvernement, Angela Merkel, chancelière de l'Allemagne, en a demandé compte au Vatican. Ce geste est d'autant plus fort que l'Allemagne est le pays de l'actuel pape Benoît XVI.

Cela signifie-t-il que les démons antisémites de l'Eglise ont à nouveau frappé ? Pour le comprendre, il faut revenir sur le passé.

Rejet du judaïsme

Toute l'histoire de l'Eglise (voir l'article Le christianisme triomphant et l'antijudaïsme ) a été marquée par un rejet du judaïsme. Les premières prises de positions de certains Pères de l'Eglise, en passant par les Croisades, le Concile de Latran IV en 1215, l'expulsion des juifs des pays catholiques vers la fin du Moyen-Age, en sont des exemples.

Le silence controversé du pape Pie XII sur le sort des juifs durant la Seconde Guerre Mondiale a marqué l'histoire de l'Eglise, même s'il est vrai qu'il y eut des prêtres et des évêques pour sauver des juifs de l'extermination.

D'ailleurs, les discussions actuelles au sein de l'Eglise pour la béatification de ce pape renforce encore le doute sur l'orientation actuelle de l'Eglise sur ses relations avec le judaïsme.

Vatican II, une réflexion nouvelle de l'Eglise sur le judaïsme

L'Eglise catholique a commencé à réfléchir officiellement sur ses rapports avec le judaïsme en 1959. Tout de même 20 ans après la Shoah ! Le pape Jean XXIII choisit ce moment pour retirer l'expression « prions pour les juifs perfides » de la prière du Vendredi Saint.

Cette réflexion déboucha sur le célèbre concile Vatican II qui adopta le document « Nostra Aetate » promulgué par le pape Paul VI.

Ce texte rejette clairement l'accusation de déicide portée jusque là par l'Eglise contre le peuple juif dans son ensemble.

On peut y lire : « Encore que des autorités juives, avec leurs partisans, aient poussé à la mort du Christ, ce qui a été commis durant sa passion ne peut être imputé ni indistinctement à tous les Juifs vivant alors, ni aux Juifs de notre temps. S'il est vrai que l'Église est le nouveau peuple de Dieu, les Juifs ne doivent pas, pour autant, être présentés comme réprouvés par Dieu ni maudits, comme si cela découlait de la Sainte Écriture. Que tous donc aient soin, dans la catéchèse et la prédication de la parole de Dieu, de n'enseigner quoi que ce soit qui ne soit conforme à la vérité de l'Évangile et à l'esprit du Christ. »

Ce texte très important poursuit ainsi : « En outre, l'Église qui réprouve toutes les persécutions contre tous les hommes, quels qu'ils soient, ne pouvant oublier le patrimoine qu'elle a en commun avec les Juifs, et poussée, non pas par des motifs politiques, mais par la charité religieuse de l'Évangile, déplore les haines, les persécutions et toutes les manifestations d'antisémitisme, qui, quels que soient leur époque et leurs auteurs, ont été dirigées contre les Juifs. »

Cette conclusion met au moins théoriquement un terme, 20 ans après la Shoah, à une accusation qui a justifié des siècles et des siècles de persécutions contre les juifs.

Le pape Jean Paul II est allé encore plus loin. Dans un discours resté célèbre du 13 avril 1986, il a considéré « les juifs comme les frères aînés de l'Eglise ». Et il ajoutait: « Sans eux rien n'aurait été possible » .

Un acquis remis en cause?

Le journal La Croix , qui exprime bien la parole officielle du catholicisme ( La Croix du 7 mars 2011) revient sur le sujet. Un article publié le 4 février 2009 s'efforce de montrer qu'il n'y a aucune revirement dans la politique du pape Benoît XVI : "La secrétairerie d'Etat du Vatican précise que «les intégristes doivent reconnaître, non seulement le Concile, mais le magistère des papes qui l'ont interprété, notamment Paul VI et Jean-Paul II »

Le pape Benoît XVI a multiplié les gestes pour rassurer de son refus de l'antisémitisme notamment par son discours du 11 mai 2009 au mémorial de la Shoah à Yad Vashem.

L'évêque par qui le scandale est arrivé, Richard Williamson, a exprimé ses regrets, à la demande du souverain pontife.

Tous ces remous indiquent bien que ces questions sont en débat entre des influences très contradictoires. Ils sont relancés par le processus de béatification en cours concernant le pape Pie XII.

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