Les indicateurs de l'école française pour l'année 2010

Le ministère de l'Education nationale a publié en novembre la 20e édition d'un bilan du système éducatif français. Il s'intitule "L'état de l'Ecole".

Le rapport officiel indique selon quelques critères précis un état inquiétant de l’école primaire.

Les résultats en lecture

Si on se penche sur les résultats en lecture, matière essentielle pour accéder à toutes les autres, les constats sont dérangeants:

«De 1997 à 2007, la proportion d’élèves en difficulté de lecture à l’entrée en sixième est passée de 14,9 % à 19 %. La dégradation ne concerne pas les mécanismes de base de la lecture mais les compétences langagières, en particulier le vocabulaire et l’orthographe. Cette baisse est générale et importante dans le secteur de l’éducation prioritaire».

Les quartiers les plus en difficulté sont les moins bien lotis.

Si les performances des élèves de CM1 en lecture restent stables depuis 2001, elles sont malgré tout inférieures à la moyenne des 21 pays membres de l’Union européenne ou des 18 pays membres de l’OCDE qui ont participé à l’étude. (Enquête faite par les chercheurs du PIRLS, le programme international de recherche en lecture scolaire, dont l’association est basée à Hambourg et à laquelle participent 45 pays et provinces).

Est-ce mieux en mathématiques ?

En mathématiques autre clé pour la compréhension du monde, «près de trois élèves sur cinq maîtrisent avec plus ou moins d’aisance les connaissances et les compétences attendues par le programme en fin d’école élémentaire. Les autres peinent à mobiliser leurs compétences et ont des connaissances limitées. Parmi eux, 15 % sont en difficulté, 3,2% en très grande difficulté»

Echec scolaire signifie chômage et bas salaires

On ne peut ignorer ces résultats quand on sait que le chômage touche d’abord et beaucoup plus fortement les jeunes qui sortent sans diplôme du système scolaire.

On ne peut les ignorer quand on sait que les jeunes diplômés sont embauchés à un niveau de salaire bien supérieur aux jeunes qui ne le sont pas.

Et pourtant 12% des jeunes de 18 à 24 ans sortent sans diplôme réellement qualifiant du système scolaire !

C'est donc une nécessité vitale pour tout gouvernement d'améliorer l'efficacité du système scolaire puisqu'il y a un lien direct et constaté entre l'échec scolaire et l'échec social.

Quelles réformes ? Quelles pistes pour améliorer l’efficacité de notre système scolaire ? C'est là tout l'enjeu. Certaines mesures ont déjà été engagées.

L'aide personnalisée

A l’école primaire et au collège, le gouvernement a mis en place l’ Aide Personnalisée aux élèves en difficulté. Des enseignants, en dehors des heures scolaires ou même pendant les vacances, prennent des élèves en petits groupes de cinq ou six pour les aider à se remettre au niveau.

L'EPEP, qu'est-ce que c'est ?

Des projets existent également pour réorganiser l’école primaire (maternelle et élémentaire) afin de lui donner plus d’autonomie.

Un projet d'Etablissement Public d'Enseignements Primaires (EPEP) vise à doter les écoles d'un chef d'établissement désigné au sein d'un Conseil d'Administration où siègent les élus locaux, et des usagers de l'école. Mais il est toujours en cours d'élaboration...

M. Frédéric Reiss, Inspecteur général, y revient dans un rapport de septembre 2010 au Premier ministre et au ministre de l'Education nationale sur la direction d'école .

Ecoles maternelles ou jardins d'enfants ?

Un autre projet a pour objectif de transformer les écoles maternelles en jardins d'enfants afin de dégager des postes d' enseignants pour renforcer l'école élémentaire.

Quel rôle pour l'informatique à l'école ?

Des expériences se développent autour de l’utilisation des moyens informatiques (TICE) comme aide à l’enseignement. De nombreuses classes sont équipées de tableaux numériques qui remplacent le vieux tableau, qu'il soit noir ou blanc.

A Strasbourg ou dans la Creuse des élèves sont dotés d'un cartable électronique. L'accès de tous les élèves à l'informatique dans de bonnes conditions, la formation des enseignants dans ce domaine sont à l'ordre du jour.

Toujours les rythmes scolaires

On parle d'une énième réforme des horaires et du calendrier scolaire. M. Darcos, l'ancien ministre de l'Education nationale, avait supprimé les heures de classe du samedi matin en 2008.

Aujourd'hui, les partenaires de l'Education nationale sont à nouveau consultés par M. Châtel pour présenter des propositions nouvelles jusqu'au 15 décembre 2010.

On s'aperçoit, d'un seul coup, que les rythmes actuels ne respectent pas le rythme des élèves analysés depuis longtemps par les chronobiologistes.

Des idées nouvelles ?

Elles existent, mais pour l'instant elles ne sont pas prises en compte par le gouvernement.

Certains, comme Luc Ferry l’ancien ministre de l’Education nationale ou certains chercheurs, proposent la prise en charge des classes par deux enseignants au lieu d’un actuellement.

Cette idée ne nécessiterait pas beaucoup d'emplois supplémentaires si chaque école disposait d'un ou deux enseignants supplémentaires par rapport au nombre de classes, et si on rognait sur les décharges d'enseignement. En 2005 la Cour des Comptes relevait que 97 000 postes d'enseignants à temps complet ne correspondaient pas à des postes d'enseignement effectif.

La crise économique est-elle compatible avec la réforme scolaire ?

L'école ne peut ignorer la crise économique, mais les projets mis en oeuvre ne doivent pas laisser penser qu'ils n'existent que pour réaliser des réductions budgétaires.

16 000 suppressions d'emplois dans l'enseignement sont prévues pour 2011. Le même chiffre de suppressions a été réalisé en 2010. Cela occasionne naturellement une polémique récurrente sur le nombre d’enseignants nécessaires entre le gouvernement, les organisations syndicales et l’opposition. Il ne faudrait pas que cela empoisonne le débat sur les réformes.

La plupart des changements envisageables ne nécessite pas de dépenses supplémentaires mais se heurtent malgré tout à toutes sortes de blocages.

Par exemple les enseignants des écoles maternelles refusent un changement de statut de cette école pour conserver leurs postes actuels. Une classe avec deux enseignants remet en cause la prééminence du maître dans sa classe. Une remise en cause des décharges obligerait à enseigner des enseignants qui n'en ont plus envie ...

Le slogan officiel de l’Education nationale «Agir pour la réussite de tous les élèves» a encore bien du mal à devenir réalité.

Pour plus de détails:

Voir le site du Ministère de l’Education nationale (publications) : www.education.gouv.fr

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