user_images/133977_fr_cinma.jpg

GÉRARD VICTOR

Publié dans : Les articles Culture de Gérard Victor

Coffret DVD PARADJANOV

Avec ce coffret contenant ses quatre derniers films entièrement restaurés, il nous est permis de revisiter l'œuvre de ce cinéaste hors du commun

Jean-Luc Godard disait de lui : « Dans le temple du cinéma il y a des images, de la lumière, et de la réalité. Paradjanov était le maître de ce temple. » D’origine arménienne, il est né à Tbilissi, la capitale de la Géorgie, dans un pays aux confins des cultures chrétiennes, musulmanes et asiatiques du fait de sa situation dans le Caucase. Cet environnement a, d’évidence, influer sur la manière de voir le monde de ce cinéaste. Il se voulait novateur, à la recherche d’une nouvelle esthétique et il réussit à l’être. Mais son univers, chargé de symboles, marqué par les mythes religieux de la région caucasienne ou de l’Ukraine, n’a pas été apprécié des autorités soviétiques de l’époque.

Sergueï Paradjanov connut le goulag et plusieurs autres séjours en prison entre 1974 et 1982, à chaque fois pour des motifs tout aussi ridicules et de mauvaise foi qu’ils pouvaient être sordides. Ces films furent censurés quand ils ne furent pas détruits. Revenu malade de ces multiples épreuves, avec le soutien d’intellectuels géorgiens, il réussit à tourner ses deux films qui figurent dans ce coffret.

Ce « clown triste de la perestroïka », comme il se définissait lui-même, a su créer toute une œuvre à l’écoute de l’Orient de son enfance, ludique et sensuel, résonnant des mythes et autres contes qui se racontent des rives de la Mer Noire aux frontières de la Chine. Cinématographiquement parlant, pour Paradjanov l’essentiel n’était pas l’histoire, la narration, mais l’image, la vision que pouvait inspirer tel ou tel sujet. Il disait d’inspirer de ses rêves et s’amusait à ne pas vouloir faire de distinction entre un tableau et un film. Filmé le plus souvent en plans fixes, les images qu’il a créées sont très influencées par l’esthétique du Moyen-âge, rompant avec toute idée de perspective, mais peuvent également être associées pour beaucoup d’entre elles au surréalisme. Ses films peu à peu s’affranchirent du style réaliste-socialiste que lui avait inculqué notamment Alexandre Dovjenko, qui fut un de ses professeurs, à partir de 1945, dans la première école de cinéma au monde : le VGIK*, créée en 1919 à Moscou.

Les Chevaux de Feu

Daté de 1964, ce film marque une véritable rupture dans l’œuvre de Paradjanov qui affirme alors son nouveau style. Les Ombres des Ancêtres Oubliés, qui en est le sous-titre, est « un drame poétique relatant d’histoire d’amour d’Ivan et Maritchka. Inspiré des légendes populaires des Carpates. » La richesse des images et des couleurs rend ce film incomparable. À contre-courant du cinéma soviétique de l’époque, Paradjanov signe ici un film qui stupéfie par sa modernité même s’il se réfère à l’époque médiévale. Il y mêle des scènes naturalistes, pour ne pas dire documentaires, à des scènes totalement oniriques. Un film qui reste étonnamment moderne et qui dépasse parfois les fulgurances, les truculences, de Federico Fellini.

Film (91’) – Bonus : Eros et Thanatos de Levon Grigorian (30’)

Film ♥♥♥♥

Bonus ♥♥♥1/2

Sayat Nova

Sous-titré La Couleur de la Grenade, ce film date de 1969. Censuré par le régime soviétique pendant quarante ans, Sayat Nova relate l’histoire du poète arménien du même nom mais ne se veut pas être un récit biographique. Paradjanov a cherché avant tout à recréer les images que la poésie de cet auteur évoquait pour lui. De nombreuses scènes sont étonnantes de beauté et très proches d’un certain surréalisme. Même si on ne connaît pas les poèmes, ni même leurs références, on reste sous le charme d’une telle œuvre dont les effets visuels, faute de moyens, sont plus que bricolés. Ce film fut censuré, massacré par un montage voulu par les autorités d’alors. Les Bonus nous offrent des images complémentaires et surtout les explications et éclaircissements de celui qui fut l’assistant de Paradjanov sur ce film.

Film (70’) – Bonus : Souvenirs de Sayat Nova de Levon Grigorian (30’)

Film ♥♥♥♥

Bonus ♥♥♥1/2

La Légende de la Forteresse de Souran

« Dédié à la mémoire des guerriers géorgiens de tous les temps qui donnèrent leur vie pour la liberté de la patrie », ce film est le premier que Paradjanov réalise, en 1984, après sa sortie du goulag et sept années de silence. Tiré d’une vieille légende qui inspira de nombreux écrivains, ce film permet à Paradjanov de démontrer son sens de la fresque épique et son goût pour la tradition orale des contes. Dans des temps anciens, les Géorgiens craignant de voir leur pays envahi, voulurent bâtir une forteresse pour se défendre. Dès qu’ils arrivaient à l’ériger jusqu’au niveau de ce qui devait être le toit, elle s’effondrait. Pour que la structure perdure, la légende dit qu’un jeune et beau garçon doit y être emmuré vivant... On y retrouve toujours la même magnificence des couleurs et sa prédilection pour les plans fixes, dans un univers qui mêle cultures chrétiennes et musulmanes. Les Bonus nous révèlent la profonde amitié qui liait Paradjanov à cet autre grand cinéaste, maudit par les autorités soviétiques, qu’était Andreï Tarkovski. Malgré leurs caractères opposés, l’extraverti Paradjanov et l’introverti Tarkovski, ils tissèrent des liens profonds. Ce dernier disait de lui : « Artistiquement, il y a peu d’artistes dans le monde entier qui pourraient remplacer Paradjanov. » Il ajoutait : « Il a un mode de pensée paradoxal et poétique. »

Film (82’) – Bonus : Andreï et Sergueï de Levon Grigorian (35’)?; Orphée descend aux Enfers de Levon Grigorian (30’)

Film ♥♥♥1/2

Bonus ♥♥♥1/2

Achik Kerib, conte d’un poète amoureux

Voici le dernier film de Sergueï Paradjanov. Il date de 1988 et est dédié à la mémoire d’ Andreï Tarkovski, disparu peu avant. Des films, il est celui qui est ouvertement le plus proche de la culture musulmane. L’histoire, encore un fois sous la forme d’un conte, est celle de l’amour absolu qu’Achik Kerib, un jeune poète pauvre, éprouve pour Magoul, la fille d’un riche marchand. Le père refuse qu’ils se marient car sa fille serait déshonorée si elle s’unissait avec ce chanteur qui, s’accompagnant avec son luth, n’est à ses yeux qu’un vagabond. S’il veut épouser sa fille?: il devra faire fortune en mille jours et mille nuits. De très nombreux symboles montrés et évoqués ici échappent à notre compréhension mais s’intègrent parfaitement dans la dimension poétique du film.

Film (74’) – Bonus : Moi, Sergueï Paradjanov de Levon Grigorian (25’)

Film ♥♥♥

Bonus ♥♥♥1/2

Un ensemble cohérent qui nous offre une autre vision de ce que peut être le cinéma et qui nous propose des scènes d’une rare beauté et d’une rare fulgurance. Un coffret qui devrait être dans toute DVDthèque qui se respecte.

Coffret 4 DVD – Collection Montparnasse Classiques - Éditions Montparnasse

* L'Institut national de la cinématographie S.A. Guerassimov ou VGIK

À propos de l'auteur

user_images/133977_fr_cinma.jpg

GÉRARD VICTOR

Je chronique des DVD ou Blu-ray à paraître ou déjà
  • 198

    Articles
  • 1

    Séries
  • 0

    Abonnés
  • 0

    Abonnements

Poursuivez la discussion!