Le Rongo-Rongo éternellement indéchiffrable ?

Sur l'île de Pâques, il existe un mystère encore plus profond que les fameuses statues, ce sont les tablettes dites Rongo-Rongo

L’Île de Pâques, Rapa Nui, Easter Island ou encore la Isla de Pascua, quel que ce soit le nom qu’on lui donne, cette île a depuis toujours suscité et entretenu sinon des fantasmes, du moins des mystères qui pour certains restent irrésolus, celui du rongo-rongo n’est pas des moindres.

A jamais mystérieux ?

Si les Moais , ces fameuses statues, ont défié tous les historiens, si ces géants de pierre jouant les sentinelles aux quatre coins de l’île ont fait parfois l’objet d’interprétations les plus farfelues, les tablettes Rongo-Rongo elles continuent à susciter un profond scepticisme auprès des spécialistes. En effet, ils sont nombreux les héritiers de Jean-François Champollion – à s’être penchés sur ces tablettes appelées aussi « tablettes parlantes » sans qu’aucun n’ait pu jusqu’à ce jour dire avec certitude ce que signifient ces suites de pictogrammes.

La fin d’une culture

En 1862, des Péruviens kidnappèrent environ un millier d’habitants dont le roi (maurata), pour travailler dans les gisements de guano du Pérou. Outre le roi et sa famille, ce sont les prêtres et les chantres qui ont été amenés par les péruviens, c'est-à-dire toute une élite qui pouvait être considérée comme les tenants de la culture pascuane, les seuls à pouvoir traduire ce langage si spécifique, le rongo-rongo. Après cette rafle, plus personne sur l’île ne pouvait désormais traduire les tablettes. Qui plus est, les pascuans peu à peu convertis au christianisme jugèrent ces tablettes symbole d’un paganisme révolu et les habitants les considérant désormais inutiles, les détruisirent marquant ainsi la fin d’une civilisation. Les tablettes qui ont survécu restent aujourd'hui encore un mystère car indéchiffrables

Un casse tête…

Et pourtant, ce n’est pas faute pour beaucoup d'avoir essayé de déchiffrer ces hiéroglyphes gravés sur les 26 bâtons ou tablettes restants et répandus à travers la planète. Sculptés dans le bois hau hau, aujourd’hui disparu ou sur des planches d’hibiscus, ce langage est composé d’environ 12000 signes. Le fameux bâton du Museum de Santiago au chili comporte à lui seul 2320 signes. Ceux-ci comptés, il n’en reste pas moins que nul ne peut se targuer de savoir ce que ces signes racontent et restent un des grands défis du décryptage.

La lecture s’effectuait de bas en haut et de gauche à droite, avec les signes inversés une ligne sur deux, probablement pour lire à deux personnes face à face. À la fin de chaque ligne, la planche était retournée et la lecture se poursuivait dans l’autre sens. De cette façon, le scribe ne se perdait jamais et ne sautait jamais de ligne. Américains, russes et autres se sont cassés les dents, écorchés les yeux pour tenter de percer le mystère du rongo-rongo jusqu’à une découverte récente .

…Prêt d’être résolu ?

Chantés pendant les cérémonies religieuses, les textes du Rongo-Rongo expliqueraient le cosmos à la communauté rassemblée et lui rappelait quelle était sa place dans l’ordre naturel des choses. C’est ainsi que le Dr Steven Fischer, directeur de l’Institut des Langues et des Littératures Polynésiennes à Auckland en Nouvelle-Zélande interprète le langage rongo-rongo et les messages qu’il délivre. « Par exemple, dit-il, le signe de l'oiseau apparaît doté d'un phallus, suivi du signe du poisson, puis du signe du soleil. Ce que l'on peut lire comme : l’oiseau s’accouple avec le poisson et donne naissance au soleil. » Ainsi, le rongo-rongo serait la transcription d’une cosmogonie exclusivement dédiée au peuple pascuan.

Cependant, si certains considèrent cette découverte comme essentielle et primordiale dans la quête du déchiffrage du langage Rongo-Rongo, d’autres scientifiques la juge bien trop parcellaire et quelque peu fantaisiste ne pouvant être considérée que comme une interprétation. Aussi, au vu du peu d’unanimité et du peu de certitudes quant au déchiffrage du Rongo-Rongo, celui ci semble encore devoir garder ses mystères pendant un long moment.

Source : Paule et Jean Claude Michelot « L’île de Pâques démystifiée » Ed Perrin, 1979, 254p

Pierre Branche et Yves Gellie « Ile de Pâques » Ed Renaissance du livre, collection Esprit des lieux, 1994, 170p

Lien : http://www.rongo-rongo.com

Sur le même sujet