Rudolf Brazda, homosexuel déporté, a reçu la légion d'honneur

Victime des nazis, cet ancien détenu de Buchenwald a été décoré après avoir témoigné et travaillé au devoir de mémoire. il s'est éteint le 3 août.

Emprisonné pendant 32 mois au camp de Buchenwald  (camp de concentration nazi créé en juillet 1937) pour cause d’homosexualité, Rudolf Brazda était jusqu'à ce jour sans doute le dernier des triangles roses encore vivant.

Les homosexuels victimes des nazis

Au même titre que les juifs ou encore les tziganes, les homosexuels étaient, pour les nazis, à éliminer de la société. Dans un discours datant de février 1937, Heinrich Himmler déclare: «l'homosexualité fait échouer tout rendement, tout système fondé sur le rendement; elle détruit l'État dans ses fondements. À cela s'ajoute le fait que l'homosexuel est un homme radicalement malade sur le plan psychique. Il est faible et se montre lâche dans tous les cas décisifs...» ou encore «il faut abattre cette peste par la mort ».

C’est dans le cadre de cette politique d’éradication de l'homosexualité que Rudolf Brazda fut envoyé à Buchenwald où il survécut d’août 1942 à avril 1945. Si les homosexuels n’étaient pas systématiquement éliminés comme purent l’être juifs et tziganes, ils n’en subirent pas moins un triste sort dans ces camps. Au même titre que les juifs, qui devaient porter l’étoile jaune, les homosexuels eux, se voyaient affubler d’un triangle rose.

Rudolf ne devra sa survie qu’à un kapo qui le cacha dans une porcherie alors que les Waffen-SS évacuaient le camp de ses prisonniers à marche forcée devant l’arrivée des Alliés.

La légion d’honneur en signe de reconnaissance

Rudolf Brazda est fait chevalier de la légion d’honneur sur recommandation du Premier ministre, François Fillon selon Philippe Couillet président de l’association Les oubliés de la mémoire, qui se bat pour la reconnaissance des souffrances des «triangles roses». Il estime que cette nomination «marque un pas supplémentaire dans la reconnaissance par la nation de la déportation homosexuelle».

Resté dans l’ombre pendant 50 ans, Rudolf Brazda se fait connaître le jour où il entend parler d’un projet de monument à Berlin en mémoire des «triangles roses » dont nul ne pense alors qu’il en reste qui ont survécu. Le 28 juin 2008, en compagnie du maire de Berlin, il assiste à l’inauguration du monument à Berlin. Il a 95 ans. Depuis lors, il assiste à des inaugurations et commémorations de divers monuments en mémoire des homosexuels persécutés par la barbarie nazie. A côté, il fait partager son vécu auprès de divers publics, témoin vivant de cette triste période. A 97 ans, Rudolf Brazda, a reçu l’hommage et la reconnaissance de la France en étant décoré de la légion d'honneur Entre temps, Jean-Luc Schwab lui a consacré un livre. Le 3août, il est mort, selon ses proches, paisiblement dans son sommeil.

A lire :

  • Jean-Luc Schwab, Rudolf Brazda. Itinéraire d'un Triangle rose , Florent Massot, 253 p.

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