"The Amen break": l'histoire d'un sample mythique

Ces quelques secondes de break de batterie ont changé l'histoire de la musique à jamais, du rock au rap en passant par la drum n' bass.
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Au XXIe siècle, le beat est roi. Du rap à l’électro, en passant par la plupart des groupes rock à la recherche d’un son contemporain, impossible de se passer d’un lourd et puissant boum boum tchak . Et si la musique est la religion de notre génération, alors le « Amen break » est notre ancien testament. Voire les tables de la loi de nos musiques actuelles - sorti de nulle part afin de nous montrer la voie. L’ Amen Break , coincé sur la face B d’un obscur track soul, a bousculé notre conception du rythme pour devenir une part organique de l’inconscient musical collectif. Rien de moins.

Un sample mythique

De quoi s’agit-il ? Quatre mesures de break up-tempo signé Gregory C. Coleman, batteur des Winstons, groupe funk originaire de Washington, sur une reprise gospel intitulé Amen, Brother , face B de leur unique et modeste tube Color Him Father sorti en 1969. Six secondes de génie qui rythmeront des centaines de titres hip-hop dès la fin des années 90 – notamment le cultissime Straight Outta Compton de N.W.A, pierre angulaire du gangsta rap. Au même moment, les Anglais, en plein trip rave, expérimentent avec la vitesse des beats reggae ragga Jamaïcains, les transformant en hardcore breakbeats en les accélérant à des tempos frénétiques entre 150 et 170 BPM, afin de coller aux battements cardiaques des consommateurs d’ecstasy. L’humble solo de Coleman, déjà plutôt rapide, se prête à merveille à la manipulation, et devient « The Amen Break » pour tout DJ qui se respecte. Ne reste plus qu’à ajouter une sub-bass (ligne de basse modifiée pour atteindre des fréquences anormalement graves) pour donner naissance à la drum & bass et faire de Amen, Brother le morceau le plus samplé de tout les temps. Pour illustrer son importance dans le mouvement rave, disons juste qu’il propulse le Firestarter de Prodigy…

Quand on écoute The Amen Break , on peine à déceler son originalité, tout simplement parce que son influence est si grande que l’on perçoit ce rythme comme naturel, voire intemporel. Ce beat forme la sainte trinité du sample hip-hop old school, en compagnie du Think (about it) de Lyn Collins et du Funky Drummer de James Brown. Mais ce qui fait sa spécificité est sa dilution dans tous les genres – au delà de ceux déjà mentionnés ; du rock d’Oasis ( D’You Know What I Mean ) aux expérimentations électroniques de Squarepusher, en passant par le métal industriel de Nine Inch Nails.

Coleman, homme discret qui joua par la suite pour Curtis Mayfield et Ottis Redding ne toucha pas un centime de royalties sur l’utilisation extensive de son éclair de brillance rythmique. L’homme était connu pour sa classe vestimentaire et son rire. Il mourût dans le quasi anonymat en 2006. Amen, brother.

Pour en savoir plus, jettez une oreille par là : l’histoire et l’importance du Amen Break exposé en 20 minutes (en Anglais).

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