L'Assomption : Rumeur ? Tradition ? C'est un dogme

L'évènement de l'Assomption de Marie désigne sa montée au ciel en son corps en fin de sa vie. Rumeur répandue au V° siècle, durable, devenue dogme en 1950
16 Août

Que la mère du Christ, au moment de la mort, se soit seulement «endormie» (dormition) et ait été élevée au ciel (assomption), l’idée en a germé dans le prolongement de la reconnaissance du caractère divin de Jésus, entraînant la proclamation de Marie «mère de Dieu», au concile d’Éphèse en 431. Mal comprise, cette proclamation a amplifié la rumeur populaire selon laquelle la dignité de «mère de Dieu» lui avait évité la déchéance de la mort. Cette rumeur a prêté à controverses, mais elle s’est finalement imposée en croyance et s’est installée comme une tradition bien établie, puis a été enfin inscrite, au bout d’une quinzaine de siècles, dans le marbre du dogme catholique.

Quel fondement historique?

Cette croyance n’a aucun fondement scripturaire. Pas le moindre indice dans le Nouveau Testament concernant la mort de Marie. Comme le déclarait, au IV° siècle, Épiphane de Salamine : nul ne sait ce qu’il est advenu de Marie à la fin de sa vie.

Épiphane voulait sans doute ramener à la raison toutes les élucubrations qui agitaient le bon peuple chrétien. Mais, le concile d’Éphèse, mal interprété, eut l’effet inverse, car, aux yeux des gens, en appelant Marie «mère de Dieu», il faisait d’elle plus qu’une simple mortelle. Or l’intention des évêques conciliaires était au contraire d’insister sur l’humanité de la mère de Jésus. Ce Concile en effet, voulant contrer Arius (niant la divinité du Christ) et Nestorius (juxtaposant en Jésus divinité et humanité), «a alors proclamé la maternité divine de Marie pour affirmer qu’elle avait engendré son fils selon les lois de la nature humaine» (J. Moingt), c’est-à-dire qu’elle était la mère bien humaine d’un fils, par ailleurs considéré comme incarnation de Dieu.

Une rumeur propagée par des textes apocryphes:

Ce malentendu amplifia la rumeur concernant la mort de Marie: «de nombreux apocryphes [écrits d’authenticité douteuse et non admis par l’Église dans le canon biblique. NDLR] … qui circulent en Orient à la fin du V° siècle, racontent sa mort entourée de prodiges… et son ’’transfert’’ au paradis terrestre» (J. Moingt). Les diverses versions mettent en scène des anges, les apôtres se rameutant des 4 coins du monde, Jésus lui-même réapparaissant et emmenant le corps de sa mère, etc.

Fixation de la rumeur : fête de la Dormition en Orient, de l’Assomption en Occident:

On voit l’empereur byzantin Maurice (fin du VI° siècle) instaurer la fête de la «Dormition de la Vierge Marie» à la date du 15 août. On voit aussi le concile de Mayence, en 813, instituer une fête de «l’Assomption de la Vierge Marie», également le 15 août. Et tout le monde sait que le bon roi Louis XIII, ne voyant pas venir l’héritier du trône dont la France avait besoin, consacra celle-ci à la Vierge Marie en 1638 en demandant de faire une procession dans chaque paroisse tous les 15 août pour implorer la grâce de la naissance désirée. Exaucées, ces processions continuèrent à titre d’actions de grâce et le 15 août devint la fête nationale jusqu’à la fin du second Empire (sauf entre 1814 et 1852). Les processions se perpétuèrent jusqu’à la fin du XX° siècle et on assiste encore à leur résurgence ici ou là.

Justification théologique en Occident:

Grégoire de Tours, à la fin du VI° siècle, prêche «l’Assomption» de Marie

Au XIII° siècle, les théologiens dominicains, de grande dévotion mariale, Albert le Grand, Thomas d’Aquin, Bonaventure, donnent à la foi en l’Assomption de la Vierge Marie, ses lettres de noblesse.

Consolidation de la rumeur en dogme en 1950:

Le pape Pie XII a proclamé le 1er novembre 1950, dans la constitution dogmatique Munificentissimus Deus , que: «la Vierge Marie, après avoir achevé le cours de sa vie terrestre, a été élevée corps et âme à la gloire céleste».

Ce texte est un peu sibyllin. Est-ce avant ou après la mort que Marie aurait été «élevée»? Quelle est cette «gloire céleste» où elle est emmenée ? Est-ce dire qu’elle est simplement élevée à la sainteté, c’est-à-dire canonisée ?

A l’abri des ambiguïtés de sa formulation, le pape restait prudent. Néanmoins il consolidait quand même la rumeur. Pour le peuple catholique, c’était proclamer comme une réalité indubitable la rumeur selon laquelle Marie serait montée au ciel en son corps même.

C’était dans la ligne de la piété mariale du XIX° siècle:

Ce n’était pas la lubie d’un pape. C’était le bourdonnement d’une époque, dans le prolongement de la piété mariale qui a envahi le monde catholique au XIX° siècle et a culminé avec la promulgation, en 1854, du dogme de «l’Immaculée Conception» (à ne pas confondre avec la conception virginale de Jésus, alors qu’il s’agit ici de Marie, conçue sans la tâche du «péché originel»).

Vox populi, vox Dei?

Après 1854, des pétitions furent organisées, qui durèrent un siècle. En 1945, ce sont huit millions de pétitions qui étaient arrivées à Rome. Il s’y ajoutait les demandes dans le même sens de 83.000 prêtres et religieux, ainsi que de 1.332 évêques. Pie XII se crut obligé de tenir compte d’une telle revendication, à laquelle personnellement il n’était pas favorable. Mais il ne décida pas seul, il consulta les évêques du monde entier : 90% se déclarèrent favorables, 10% se montrant dubitatifs.

L’Assomption, une bulle que le concile Vatican II aurait suggéré de crever?

Le concile Vatican II (1962-1965) semble avoir voulu faire, en quelque sorte, « retomber le soufflé » lorsqu’il dit, au chapitre VIII de la constitution dogmatique Lumen Gentium , article 54:

«Le concile… n’a pas l’intention de faire au sujet de Marie un exposé doctrinal complet, ni de trancher les questions que le travail des théologiens n’a pu encore amener à une lumière totale. Par conséquent demeurent légitimes les opinions qui sont librement proposées dans les écoles catholiques au sujet de celle qui occupe dans la sainte église la place la plus élevée au dessous du Christ et nous est toute proche».

Et encore, au § 67: «Le saint Concile… exhorte vivement les théologiens et [les prédicateurs] à s’abstenir avec le plus grand soin, quand la dignité unique de la mère de Dieu est en cause, à la fois de toute fausse exagération, et non moins d’une excessive étroitesse d’esprit».

Sources :

- Théo, Nouvelle Encyclopédie catholique, éd. Droguet et Ardant/ Fayard

- J. Moingt, Dieu qui vient à l’homme, Cerf 2008, II 2, sous-chapitre « Marie » (p. 513 à 533)

- Marie, Groupe des Dombes, Bayard Éditions/Centurion, 1998, tome II, Controverse et conversion

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