L'Église catholique ébranlée par son excès de religion

Selon un théologien, le déclin de l'Église vient de la suprématie qu'elle attribue au prêtre et à la religion, aux dépens des laïcs et de l'Evangile
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Le déclin de l’Eglise catholique, selon le théologien Joseph Moingt dans l’introduction de son livre, Croire quand même, libres entretiens sur le présent et le futur de l’Église (éd. Temps présent, 2010, 244 pages, 19 €), n’est pas dû à son incapacité à attirer des vocations et à retenir les fidèles, mais à la conception cléricale que l’église a d’elle-même, en décalage avec la mentalité contemporaine. Il ne voit son salut que dans sa conversion à une certaine dose de démocratie.

Le déphasage de l’Église par rapport à la mentalité actuelle ne devrait pas exister.

Le mode de gouvernance catholique, de type monarchique et centré sur le sacré, est en décalage complet avec le caractère démocratique et laïque des sociétés occidentales. Il s’ensuit, selon ce théologien catholique, un certain nombre de conséquences: un fossé se creuse entre l’interprétation «savante» de la Bible, de la part des historiens, exégètes, théologiens, et l’interprétation «dogmatique» de la hiérarchie de l’Église.

Le catholicisme persiste à s’identifier à des obligations cultuelles, à des rites sacrés, à des dogmes, à des règles morales. Or notre monde est, selon la célèbre expression de Marcel Gauchet, «sorti de la religion» ( Le désenchantement du monde , Gallimard, 1985, 303 p.). La conscience individuelle a pris le dessus et l’esprit scientifique s’impose généralement. Or, si notre époque en est arrivée là, c’est en grande partie un résultat du christianisme lui-même qui, selon son inspiration d’origine, a prôné la valeur de la personne, la liberté de conscience, l’autonomie de la raison, la distinction entre pouvoir politique et pouvoir religieux. Il est donc contradictoire que le christianisme catholique en soit venu à enfermer sa foi dans une conception de la religion autoritaire et dogmatique.

Le christianisme, pas une religion au sens habituel du terme

La spécificité de la foi chrétienne, est-il rappelé dans le livre, est de «viser Dieu dans un homme de notre histoire»: Jésus de Nazareth. Cela situe la relation à Dieu dans le cadre des relations humaines, à la différence des religions où la relation à Dieu est d’un autre ordre qu’humain, de l’ordre du sacré et à l’opposé de la vie profane, avec des personnages sacrés, des rites, des interdits.

Dans le christianisme, le religieux devrait être secondaire: «La religion est faite pour l’homme et non l’homme pour la religion». Dieu, selon l’Évangile, est censé ne pas souhaiter autre chose que la fraternité entre les hommes, leur souci les uns des autres, leur recherche de la paix, de la justice. Telle est, selon les experts, la véritable signification du «royaume de Dieu» souhaité par Jésus et qu’il voyait être déjà là en germe. Ce qu’il prêchait n’était pas l’adhésion à une religion.

L'organisation cléricale de l'Eglise: une entrave dans son témoignage de foi

Le facteur principal de rigidité de l’Église, qui nuit à sa communication avec le monde actuel et lui fait perdre son influence, est désigné par notre auteur: c’est le monopole conservé par les clercs dans la gouvernance de l’Église, aux dépens des laïcs, alors que ceux-ci ont, depuis longtemps, acquis dans la société une autonomie individuelle et un pouvoir de décision collective qu’ils n’ont pas dans l’Église.

Et pourtant les laïcs sont en première ligne dans le fonctionnement quotidien de l’Église, en particulier les femmes. Or l’étude des origines du christianisme montre que ce monopole de pouvoir des clercs, entraînant un attachement aux formalités traditionnelles, dogmatiques, rituelles, cultuelles, d’une religion, n’existait pas dans les débuts; c’est donc quelque chose de révisable.

C’est de la base laïque que le changement peut venir

Selon l'auteur, ce n’est pas d’en haut que peut venir le changement, tellement il y aurait de remises en cause à envisager dans un système bien verrouillé. Ce n’est pas, pour des raisons semblables, un nouveau concile qu’il faudrait d’urgence convoquer –où, d’ailleurs les laïcs ne seraient encore pas représentés–, ce ne sont pas non plus des mesures du type mariage des prêtres ou ordination des femmes qui urgeraient –quoique jugées envisageables–, car ce serait renforcer l’idée que la vie de l’Église est suspendue au pouvoir des prêtres.

C’est de la base laïque que l’auteur a l’espoir de voir repartir l’Église dans un style adapté aux «signes des temps». Il s’en explique ainsi:

  1. La mission de l’Église est au service de l’humanité, car l’évangile est un facteur d’humanisation de la société.
  2. C’est une tâche collective, demandant à se réaliser en osmose avec les communautés humaines sécularisées de notre époque.
  3. Des groupes de chrétiens, désireux de s’inspirer de l’esprit de l’Évangile dans cette action au service de la société et prenant l’initiative de se constituer en petites communautés autonomes pour leur ressourcement chrétien, voilà une perspective d’avenir pour l’Église.
  4. Cela suppose que l’institution catholique soit capable d’accueillir en son sein une telle forme de vitalité venant de sa base laïque, comme une poule accueillant des canards dans sa couvée de poussins. Ce serait introduire une certaine forme de démocratie irrigant l’Église d’un sang nouveau.

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