Homosexualité et religion : face au Vatican et au catholicisme

Alors que les médias se gargarisent de l'homophobie liée à l'Islam, un retour vers l'homophobie catholique et vaticane semble, hélas, bienvenue.
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Regarder la poutre dans son oeil avant de montrer le brin de paille dans celui du voisin. Ce pourrait être la volonté de cet article. Passage à tabac des "PD" des cités, homophobie de l'Islam ou plutôt de ses pratiquants, voilà qui nourrit les médias, un refrain rôdé. On sait bien que le Vatican et la Gay Pride ne sont pas faits pour s'entendre, soit. Mais la position de l'Eglise Catholique va plus loin que la simple réprobation du défilé dans lequel, d'ailleurs, tous les homosexuels ne se reconnaissent pas, même si l'on peut en comprendre l'idéologie.

Au commencement était le Verbe

La Bible. C'est bien de là que sont, ou devraient être tirées les positions de l'Eglise catholique romaine. Si l'Ancien Testament est fameux pour l'épisode de Sodome et Gomorrhe (1), peu de fidèles comprennent la véritable exégèse de ce passage biblique.

C'est avant toute autre chose, l'absence d'hospitalité, de charité, et la luxure comme seul mode de vie que Dieu punit dans ce texte. La colère du dieu de l'Ancien Testament n'a d'ailleurs pas été réservée aux homosexuels ! Saint Paul à son tour reprendra des versets de l'Ancien Testament en redisant que l'Homme ne doit pas disperser en vain la semence : en terme clairs et plus triviaux, une éjaculation ne doit exister que dans le cadre de la procréation. Comme souvent, que ce soit dans les textes religieux ou les lois des hommes, l'homosexualité féminine n'est que peu ou pas évoquée. Le dogme moderne la rattrapera.

La Sainte Eglise des pêcheurs

Tous des pêcheurs oui, mais pas tous logés à la même enseigne. Concrètement, un croyant et pratiquant homosexuel se voit interdit de Communion. C'est aussi le cas des divorcés d'ailleurs. Selon le dogme catholique, qu'est-ce que cela implique ? Il faut pour cela comprendre et connaitre ce qu'est l'Eucharistie, on ne serait pas dans l'erreur en disant ceci : ne plus avoir le droit de communier, pour un catholique, c'est ne plus avoir le droit de participer à la mort et à la résurrection de Jésus Christ. Autrement dit ne pas participer à la Vie Eternelle. Confession ? Non ! A moins d'aller faire repentance et d'affirmer vouloir abandonner toute pratique homosexuelle. Le Baptême ? Un catéchumène, adulte, vivant son homosexualité et l'assumant se verra refuser le baptême.

Le Cardinal Ratzinger, avant de devenir Benoit XVI, était préfet de La Congrégation pour la Doctrine de la Foi (organe héritier de la Sainte Inquisition) . Dans cette fonction il a travaillé et publié nombre de textes, au nom du Vatican, sur le sujet de l'homosexualité. « La condition homosexuelle a donné lieu à des interprétations excessivement bienveillantes, certaines allant jusqu'à la qualifier d'indifférente ou même de bonne» écrit-il en 1975. Sans contrefaire ou exagérer son propos au cours de son cardinalat, les écrits de Jospeh Ratzinger associent le comportement homosexuel au Mal. C'est là le tour de passe-passe de l'Eglise catholique, différencier le comportement homosexuel de la personne homosexuelle, le premier étant le Mal, la seconde un pêcheur qui doit retrouver le chemin de Dieu : une dualité intenable, car en collant le comportement homosexuel à la porte des églises, ce sont des personnes que l'on en exclut.

Jean-Paul II n'aura guère été plus "ouvert" et remonter dans le temps, que ce soit de Constantin, premier empereur romain chrétien, à Pie X ne révèle pas plus de compréhension, d'acceptation ou de clémence sur le sujet.

Homosexualité hors les murs

Hors des murs du Vatican, il en va de l'homosexualité des fidèles comme de l'ensemble des préceptes moraux liés au dogme catholique. L'abbé Pierre prêchait qu'il ne fallait pas ajouter le crime (de ne pas porter de préservatif) au fait de ne pas savoir vivre la fidélité ou même la sexualité uniquement au sein du mariage. C'est la confrontation entre le dogme et la vie. Le débat théologique et dogmatique devient alors une affaire d'hommes et de femmes qui vivent dans la société. Le discours des prêtres concernant l'homosexualité est variable. Du plus dur au plus ouvert, la rencontre avec les prêtres et les religieux amène, à celui qui les questionne, des réponses bien différentes :

  • Pour les plus radicaux, c'est la ligne morale du Vatican qui s'applique. Celui qui se dit ou se découvre homosexuel s'entendra dire soit qu'il doit guérir, soit que cette tentation de comportement contre nature sera sa Croix sur Terre et qu'il devra toute sa vie lutter contre elle et s'en repentir.
  • Certains évoquent une différence entre l'homosexualité essentielle (ancrée et qui ne peut pas être raisonnée) et l'homosexualité circonstancielle. Il s'agirait de discerner ce qui relève de l'identité ou de la facilité, celle-ci étant pour un individu de se rapprocher de son semblable et de ne pas se confronter à l'altérité de l'autre sexe. Dans le premier cas, on tolère, dans le second on prêchera véritablement la nécessité de guérison.
  • Pour les plus modérés, sans renier la supériorité du couple hétérosexuel, de sa sexualité et de l'enfantement dans le cadre du couple consacré par l'Eglise, l'homosexualité vécue dans la fidélité, sans plus de frasques que dans un couple hétérosexuel, reçoit l'indulgence et l'acceptation. Cette position n'est pas, cependant, la mieux partagée parmi le clergé.

Pourquoi m'as-tu abandonné ?

La question de Jésus sur la Croix, des homosexuels catholiques se la posent. Et s'ils ne la posent pas à Dieu, c'est à l'Eglise qui les rejette qu'ils la soumettent. Devoir choisir entre sa pratique religieuse et sa vie personnelle, amoureuse avant même d'être sexuelle... un dilemme inhumain qui conduit à bien des drames.

Peu de groupes ou d'associations, permettant aux catholiques homosexuels de débattre et se retrouver, existent, l'une d'elle est incontournable : David et Jonathan .

Repentir : c'est la seule voie admise pour voir se ré-ouvrir les portes de son église, de l'Eglise, de saint Pierre et de la Vie éternelle... mais, comment se repentir de son Être et de son bonheur ?

Au printemps, on pouvait lire dans Le Point, que le Vatican, via le cardinal Tarcisio Bertone , numéro deux du palais pontifical, tenait la pédophilie pour "liée à l'homosexualité". Habituée à associer l'homosexualité avec de véritables crimes ou pathologies, l'Eglise semble avoir bel et bien choisi de renier ces personnes aux comportements "intrinsèquement désordonnés".

A lire aussi : Coming-out, quand il se passe bien et Homosexualité féminine ou l'inexistence sociétale

Note : (1) Génèse

Références : Considérations à propos des projets de reconnaissance juridique des unions entre personnes homosexuelles , Joseph Ratzinger

Lettre aux évêques de l'église catholique sur la pastorale à l'égard des personnes homosexuelles , Joseph Ratzinger

Pour le Vatican, il y a une relation entre homosexualité et pédophilie , Le Point, 13 avril 2010

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